Washington-Moscou

Vers une nouvelle guerre froide ?

Après la défaite des puissances de l’Axe (Berlin-Rome-Tokyo), la fin de la Seconde Guerre mondiale déplace les enjeux : les vainqueurs vont devenir rivaux, puis ennemis. La détention de l’arme nucléaire crée toutefois une limite en-deçà de laquelle se tiendront les deux blocs, le bloc occidental conduit par les États-Unis d’Amérique (USA) et le bloc communiste dirigé par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). L’appellation de « guerre froide » désigne les hostilités conduites par les protagonistes qui évitent l’affrontement militaire direct.

Qu’en était-il vraiment ? La tension internationale actuelle, dont la crise entre l’Occident et la Russie est la manifestation la plus spectaculaire, s’apparente-t-elle à la « guerre froide » qui prévalut entre 1948 et 1989 ?

Une guerre pas si « froide » que cela

Les responsabilités paraissent équilibrées entre les deux blocs dans la naissance de la guerre froide. Le « coup de Prague » soviétique en 1948, l’ingérence chinoise en Corée en 1950 témoignent d’un expansionnisme communiste sur lequel s’appuiera la stratégie de l’endiguement (containment) de la part des Occidentaux.

Certes, la guerre fut « froide » entre Washington, Moscou et leurs principaux alliés comme en rend compte le livre de l’historien suisse Daniele Ganser : Les armées secrètes de l’OTAN, relatif aux réseaux Stay Behind (espionnage, éliminations ciblées, sabotages et terrorisme d’État). Mais elle fut nettement plus chaude, voire brûlante, en d’autres parties du globe.

La guerre de Corée occasionna sans doute jusqu’à quatre à cinq millions de victimes, celles d’Indochine et du Vietnam plus de deux millions, celle du Cambodge, conflit « mixte » de guerre civile et d’ingérences extérieures, quelque 1,5 millions de victimes… Sans parler des coups d’État en Asie, notamment en Indonésie, avec 500 000 à trois millions de victimes, en Amérique latine (Brésil, Argentine, Chili, Bolivie, Uruguay, Paraguay), dans le cadre, notamment, de l’Opération Condor.

Bref, Moscou et Washington se firent des « guerres par procuration » (proxy wars) par leurs obligés et alliés respectifs. La situation était compliquée par l’existence d’un « troisième bloc » disparate, constitué à Bandoeng en 1955 par le Mouvement des non-alignés, issu de la décolonisation. Certains pays se rangeront plus ou moins discrètement dans l’un ou l’autre des deux camps principaux, notamment pour s’approvisionner en armements.

L’année 1973 constitue un année charnière : elle commence par l’entrée du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark dans la CEE (Communauté Economique Européenne). Elle se prolonge avec la mise en place d’un système de changes flottants au sein du Système Monétaire International. Il parachève le coup d’éclat par lequel le Président Nixon avait décidé, le 15 août 1971, l’inconvertibilité du dollar en or, ouvrant la porte aux spéculation monétaires, puis financières.

Viennent ensuite la conférence d’Helsinki de la CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe), la destitution du roi et la proclamation de la République en Afghanistan, la constitution d’une Commission Trilatérale (réplique à la Tricontinentale constituée à la Havane en 1966 et aux mouvements estudiantins et populaires), la conférence des non-alignés réclamant à Alger un Nouvel Ordre Économique Mondial, le renversement du gouvernement d’Allende par la junte du général Pinochet (inaugurant l’ordre néolibéral en économie, avant Thatcher et Reagan),  le lancement par le GATT du Tokyo Round préconisant l’abaissement des barrières douanières non-tarifaires, la guerre du Kippour débouchant sur le quadruplement du prix du pétrole, constituant les pétrodollars et stimulant les débouchés de l’industrie d’armement ; en Chine, l’annonce des « quatre modernisations. »

Les décolonisations sont sabotées par les assassinats de leaders africains, de Patrice Lumumba (1962) à Thomas Sankara (1987) en passant par Mehdi Ben Barka (1965) et Amilcar Cabral (1973).

Présentée comme un affrontement idéologique entre communisme d’Etat et libéralisme capitaliste, la « guerre froide » peut aussi – a fortiori rétrospectivement - être lue comme une confrontation d’empires ou de (groupes de) nations.

Charles de Gaulle parlait de « la Saxe et (de) la Prusse » pour désigner l’ex-République Démocratique Allemande et de « la Russie » pour évoquer l’URSS. En définitive, le vieux Général conservateur avait de l’avance sur l’événement.

Mikhaïl Gorbatchev fut dépassé par le processus de réformes qu’il impulsa, aveuglé au point de ne pas faire consigner par écrit l’engagement des USA de ne pas étendre l’OTAN à l’Est, renversé par Boris Eltsine à la faveur d’un coup d’État. S’ouvrit sous Boris Eltsine, adulé par l’Occident et détesté de ses compatriotes, une période de privatisations spoliatrices où l’économie de marché prit ses traits les plus brutaux, appauvrissant la population sans aucuns filets sociaux et générant les « oligarques ».

Même émaillée de déceptions russes, une brève embellie faite d’espoir, de détente et de baisse des dépenses d’armement se fit jour entre 1988 et 1998. La Russie fut associée à l’OTAN, faute d’y être véritablement intégrée puisque Zbignew Brzezinski avait argué que son admission serait un avantage stratégique mais un risque tactique.

La décennie suivante 1998-2008 va réveiller les motifs de tension. Dans ses mémoires, « Bill » Clinton explique que l’intégration de la Russie dans les cercles économiques internationaux (OMC, G8) fut payée de son acception de l’extension géographique de l’OTAN vers l’Est, extension doublée d’une redéfinition des compétences stratégiques de l’Alliance devenant potentiellement offensive aux motifs de la « sécurité » et tous azimuts, c’est-à-dire cessant d’être bornée à l’Atlantique Nord.

Les nouveaux défis du XXIe siècle

Le Nouvel Ordre Mondial annoncé par le président George Bush pouvait donner lieu à deux lectures : une vision multipolaire  ou une interprétation unipolaire. Les forces favorables à l’unipolarité impériale s’imposèrent, dans les milieux dirigeants étasuniens, dès les crises yougoslaves et irakienne (guerre du Golfe de 1990).

L’éclatement combiné du bloc communiste européen et, corollairement, du Pacte de Varsovie et de l’URSS, marqua la discontinuité principale. Plus discrète mais au moins aussi décisive fut la rapide montée en puissance de la République Populaire de Chine. Un temps, les dirigeants étasuniens caressèrent l’espoir de constituer un condominium avec la Chine, partageant l’influence économique tout en gardant le leadership politico-militaire.

En acquérant un porte-avions ukrainien à l’abandon pour le moderniser et en faire le premier de leur flotte, les Chinois signifièrent clairement leur volonté de devenir une superpuissance à part entière.

Tandis que les États-Unis faisaient tomber dans l’escarcelle de l’OTAN plusieurs anciens pays de l’ex-URSS (Pays-Baltes) ou du Pacte de Varsovie (Pologne, République tchèque, Hongrie…), l’UE les intégrait en son sein, renforçant l’ancrage atlantiste consigné dans le traité de Maastricht, qui fait de l’OTAN le pilier de la défense européenne.

Poutine et Modi à Astana en 2017 (DR)Une minorité de stratèges étasuniens préconisa l’intégration de la Russie dans l’OTAN, en contrepoids à la puissance chinoise émergente. Mais le choix final de ne pas inclure la Russie conduisit les dirigeants de ce pays à se rapprocher de la Chine. La résolution diplomatique du vieux conflit frontalier sur le fleuve Amour fut le premier pas, suivi de la constitution du « Groupe de Shanghai », qui deviendra L’Organisation de Coopération de Shanghai, structure affichée comme économique mais aux dimensions politiques et militaires évidentes. En outre, la Russie se dotait, en 1993 d’un premier cercle d’alliés militaires, l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), comportant la Communauté des États Indépendants (CEI), soit l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie et  le Tadjikistan.

Ses partisans et ses détracteurs soulignent souvent la continuité de la construction européenne en négligeant les discontinuités, les ruptures. La compréhension de ce qu’est l’UE suppose de penser simultanément continuité et discontinuités. La continuité majeure est le poids des États-Unis sur le continent européen mais les modalités ont changé.

En politique étrangère, les faucons étasuniens (démocrates ou républicains), parvenus aux commandes sous la bannière des néoconservateurs, voulurent conforter leur victoire et amoindrir la Russie. Le Royaume-Uni dut céder sa place, en Europe du moins, à l’Allemagne réunifiée comme partenaire privilégié des États-Unis (Margaret Thatcher s’en plaint dans ses Mémoires The Downing Street Years).

À la faveur des crises yougoslaves, un partage du pouvoir s’opéra entre l’Allemagne et les États-Unis, aux termes duquel l’Allemagne se vit sous-traiter la domination sur l’Ouest du continent européen, via la conversion du Deutsche Mark en euro et le contrôle économique de l’Europe centrale. De leur côté, les États-Unis, après avoir saboté la Conférence de Rambouillet en 1999, donnèrent une deuxième vie à une OTAN en attaquant la Serbie et en la faisant accoucher au forceps du Kosovo.

Un temps, la politique allemande parut compatible avec un partenariat fécond avec la Russie et avec la France. En 2003, la commune opposition du président Jacques Chirac, du chancelier Gerhard Schröder et du président Vladimir Poutine à la guerre conduite contre l’Irak par la coalition dirigée par les USA laissa augurer d’un axe Paris-Berlin-Moscou prometteur, dont Henri de Grossouvre se fera le promoteur.

Ce projet tourna court, les dirigeants étasuniens décidant de reprendre la main et de faire leur la feuille de route que détaillera publiquement Zbignew Brezinski dans son maître-livre Le Grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde.  L’ouvrage, souvent cité, peu décortiqué, décline un plan stratégique impérial d’une grande rigueur intellectuelle, actualisant la théorie de Mackinder sur le Heartland.

En résumé, le raisonnement est le suivant :
1. Les États-Unis doivent asseoir une domination durable (se dit leadership),
2. La domination mondiale passe par le contrôle de l’Eurasie,
3. L’Eurasie comporte « cinq acteurs géostratégiques » (France, Allemagne, Russie, Chine, Inde) et « cinq pivots géopolitiques » (Turquie, Iran, Ukraine, Azerbaïdjan, Corée),
4. Le leadership étasunien passe par le renforcement de ses alliés à l’Ouest de l’Eurasie en jouant sur les acteurs géostratégiques acquis à sa cause (France, Allemagne) et en misant sur les « pivots géopolitiques » (Turquie, Iran, Ukraine, Azerbaïdjan, Corée)
5.  Un axe prioritaire consiste à étendre conjointement l’UE et l’OTAN,
6. Il convient de jouer subtilement les cartes allemande et française sans chercher à les opposer grossièrement l’une à l’autre.

Les événements survenus depuis recoupent très largement la feuille de route de Brezinski, qui consacre de substantiels développements à l’Ukraine, charnière décisive entre l’Ouest et l’Est de l’Eurasie. Georges Friedman vient conforter, dans une perspective belliqueuse, dans ses écrits et dans une incroyable vidéo, les vues de Brezinski. Selon Friedman, depuis la Première Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, la préoccupation centrale des USA est de contrer une possible alliance entre l’Allemagne et la Russie. Or l’Ukraine est le point d’application privilégié de cette stratégie, permettant de renforcer l’alliance avec la Pologne et d’entraîner l’Union Européenne.  D’ailleurs, en Europe centrale, tous les États ont effectué un « stage » au sein de l’OTAN, au nom du « partenariat transatlantique », en préalable à leur adhésion à l’Union européenne. Ce alors que le Pacte de Varsovie est démantelé depuis l’implosion de l’URSS.  

Cela signe une différence fondamentale entre l’ancienne et la nouvelle « guerre froide ». Car le véritable adversaire, pour l’Occident et pour les États-Unis d’abord, est désormais la Chine, chef de file des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

La littérature stratégique chinoise vient corroborer cet état de fait.  Les deux colonels (devenus généraux) de l’Armée Populaire de Libération chinoise, Qiao Liang et Wang Xiangsui, ont écrit en 1999 un livre majeur, La guerre hors limites, qui  complète les vues de Brezinski vulgarisées par George Friedman.

Leur thèse est que les guerres du XXIème siècle seront des « opérations de guerre non-militaires », économiques (industrielles, monétaires, financières), culturelles, psychologiques, technologiques. La « guerre de l’information » recoupe à la fois la dimension psychologique et la dimension technologique. Là aussi, la pratique vient conforter la théorie dont elle se nourrit comme on l’a vu en Ukraine où les États-Unis ont allumé un contre-feu en réaction à l’intervention russe en Syrie.

Au Moyen-Orient aussi, la continuité avec la guerre froide est manifeste, par les acteurs et par les méthodes. La crise du canal de Suez, en 1956, avait reconfiguré les rapports entre puissances, signifiant le déclin des empires britannique et français. Israël obtint toutefois de la France l’assistance à l’acquisition de l’arme nucléaire, justification aux tentatives égyptiennes et iraniennes ultérieures.

Une continuité s’exprime avec le « plan [israélien] Oded Ynon » (rendu public en 1982), visant à diviser les pays environnants selon des critères « ethniques », qui sera remanié autant qu’élargi par les États-Unis après le 11 septembre pour devenir en 2003, sous George W. Bush, « le remodelage du grand Moyen-Orient. »

Ce plan fut minutieusement mis en œuvre, de l’Afghanistan à la Syrie en passant par l’Irak et la Libye. Le slogan « Nasser = Hitler » devint « Saddam = Hitler » puis « Bachar = Hitler » (en pire selon Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, qui finira par s’excuser auprès des Juifs mais pas des Syriens) et même, dans la bouche d’Hillary Clinton, qui se rétractera, « Poutine = Hitler ».

Ici aussi, la nouveauté est le rôle, actif et discret, joué par la Chine, y compris en Syrie. Au Moyen-Orient plus encore qu’en Bosnie ou en Tchétchénie, le recours aux islamistes par l’Occident pour déstabiliser des régimes fera fureur. Derrière les terroristes, ce sont des États qui les financent, en premier lieu l’Arabie séoudite, très souvent en association avec l’Occident.

La « guerre contre le terrorisme » (Global War on Terror) est ainsi celle d’un pompier-pyromane. Elle occasionnera 1300000 victimes au total en 12 ans selon le rapport.  Auxquels il faut ajouter les victimes de la première guerre du Golfe en 1991 (200 000) et les quelque 1 700 000 morts causés par l’embargo meurtrier  du programme « Pétrole contre nourriture », dont près de la moitié étaient des enfants. L’estimation d’ensemble de Nafeez Mosaddeq Ahmed est de 4 millions de victimes.

Mais la manipulation a échappé aux manipulateurs et les fanatiques (dénommés « terroristes » quand ils sévissent en Europe et « rebelles » quand ils assistent les Occidentaux dans la déstabilisation des États du Moyen-Orient) ont traversé la Méditerranée...

En Amérique latin, le Venezuela et la Bolivie ont remplacé la Chili et l’Argentine (et quelques autres, dont le Nicaragua) comme enjeux pour les États-Unis, qui jouent désormais sur le soutien financier, la manipulation des médias et le sabotage économique  plutôt  que sur des coups d’État militaires classiques. La « doctrine Monroe » n’est pas morte. L’Afrique a été « recolonisée » par la mainmise des multinationales et la répartition des zones d’influence, les Chinois faisant leur apparition massive. Les « troubles » en Centrafrique, en Côte d’Ivoire, au Nigéria portent la marque d’interventions étrangères plus ou moins tardivement avouées.

Vladimir Poutine survint à la faveur d’une fin de règne de Boris Eltsine, marquée par la crise et la maladie. C’est un déçu de l’Occident, dont il espérait, aux côtés de Dimitri Medvedev, devenir l’allié. Las, la vieille tactique occidentalo-étasunienne a été recyclée contre lui : 1) réduire un État et une nation à son dirigeant, 2) diaboliser le dirigeant 3) détruire l’État et la nation au prétexte de « liquider le dictateur ».

La continuité impériale des États-Unis est moins surprenante que l’alignement européen sur lequel elle a débouché, en France notamment. Ainsi, en 2008, L’Union européenne ignora la main que lui tendait le président Medvedev en proposant un « pacte de sécurité paneuropéen ».

La « nouvelle guerre froide » s’est installée peu à peu dans l’esprit de stratèges occidentaux soucieux de pérenniser leur suprématie en contenant leurs adversaires politiques et rivaux économiques.  Elle n’était pas une fatalité. Le monde aurait pu devenir multipolaire dans la paix, par la confrontation politique et la négociation diplomatique. Les élites financières, industrielles, politiques et militaires occidentales ont préféré s’inscrire dans la dialectique de ce que Claude Serfati appelle « la mondialisation de la guerre ».

Aujourd’hui, les invraisemblables affaires de « gaz chimiques » à Salisbury et en Syrie, imputées aux dirigeants russes et syriens, rappellent les prétextes de la guerre froide, dont la prétendue attaque nord-vietnamienne, le 2 août 1964, contre le destroyer américain USS Maddox, lors des « incidents du Golfe du Tonkin » et, dans « l’entre-deux-guerres-froides », Colin Powell agitant une fiole à l’ONU comme « preuve » que l’Irak détenait des armes de destruction massive. Mais l’information circule plus vite, les centres de pouvoir et de contre-pouvoirs sont plus nombreux au XXIe siècle qu’au XXe siècle.

En résumé, si la situation actuelle rappelle par maints traits la guerre froide, c’est surtout par l’affrontement multiforme entre blocs rivaux. Mais les lieux et les formes ont partiellement changé. Les États-Unis tentent de maintenir par tous les moyens (militaires, monétaires, financiers, technologiques, normatifs) une suprématie contestée. L’Union européenne est entrée dans la servitude volontaire et s’est marginalisée. La composante asiatique du continent eurasiatique s’est affirmée. Mais le Vietnam s’est rapproché des États-Unis par crainte de la superpuissance chinoise, redevenue leur veille menace, selon le « testament » du général Giap. L’Afrique émerge, minée par les interventions économiques et militaires extérieures mais portée par une explosion démographique déstabilisatrice. L’Amérique latine dispute son indépendance. Enfin, le Moyen-Orient est « le tragique laboratoire des nouveaux équilibres du monde », selon l’expression de Caroline Galactéros, où le pétrole, tout en continuant à financer l’achat d’armements à l’Occident, sert à endoctriner, former, armer des groupes terroristes.

L’OTAN élargie, transformée en alliance offensive au nom d’une discutable « sécurité collective », reste la survivance la plus regrettable de la guerre froide. Parallèlement, les Occidentaux s’affranchissent de la légalité internationale selon les règles de l’ONU en invoquant une douteuse « légitimité » au nom de « guerres humanitaires », nouveau nom donné à l’antique « guerre juste » selon saint Augustin et saint Thomas d’Aquin.

Tout cela conduit à redéfinir les notions et les modalités de la guerre et de la paix. La guerre protéiforme (financière, monétaire, technologique, informationnelle, énergétique…) a de l’avance. La paix, combat incessant, se gagnera par des citoyens dûment formés et informés. Ils devront défendre leurs libertés et leurs droits de haute lutte contre des classes dirigeantes peu enclines à la paix. Les « conflits mixtes », guerres civiles nourries de l’extérieur,  peuvent facilement gagner l’Europe ; la France, par son histoire et sa géographie, est particulièrement exposée. L’humanité accouche dans de vives violences d’un monde multipolaire.

Gabriel Galice, président de l’Institut International de Recherches pour la Paix à Genève (GIPRI)
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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