L'imbroglio palestinien

Une même terre pour juifs et Arabes de Palestine

La Palestine désigne depuis 1923 la région géographique comprise entre le Jourdain et la Méditerranée. Avant cette date, elle incluait la rive orientale du Jourdain, qui forme aujourd'hui le royaume hachémite de Jordanie.

Elle est partagée entre l'État d'Israël, qui inclut la plaine littorale, la plaine de Galilée, Jérusalem et le désert du Néguev, et les territoires relevant de l'Autorité palestinienne et du Hamas (les montagnes de Judée-Samarie et la bande littorale de Gaza).

Avec quinze millions d'habitants (2021) sur 28 000 km2, cette région est au total à peine plus étendue que la Bretagne mais cinq fois plus peuplée, avec une population très diverse, jeune, en forte croissance et partagée à peu près en parts égales entre juifs et musulmans ! Autant dire que sa gouvernance relève d'une mission impossible... ou d'un miracle divin.

André Larané

Origines du drame palestinien

Le nom de Palestine (une déformation de « Pays des Philistins ») apparaît pour la première fois dans les écrits d'Hérodote, au Ve siècle av. J.-C. pour désigner la région du Levant qui borde l'Égypte. Il est repris longtemps après par les Romains qui ont voulu effacer jusqu'au souvenir des juifs après la deuxième guerre juive (133-135 après J.-C.).

De fait, après cette guerre et jusqu'à l'effondrement de l'empire ottoman en 1920, ce territoire n'a plus jamais été qu'un morceau d'empire rattaché à la province ottomane de Damas. Il n'a jamais constitué un État ou une nation, si l'on met à part le bref épisode des croisades.

En 1947, suite à l'installation de quelques centaines de milliers de colons juifs sur le littoral, les États membres de l'ONU, y compris l'Union soviétique et bien sûr les États-Unis, s'entendirent pour diviser la Palestine sous mandat britannique en deux États : l'État d'Israël et l'État palestinien. La région comptait alors 650 000 juifs et 1 305 000 Arabes. La majorité de ces derniers vivaient dans les limites territoriales octroyées à Israël par l'ONU.

Mais les États arabes limitrophes, eux-mêmes libérés de la tutelle coloniale depuis deux ans tout au plus, refusèrent avec force la création d'un État juif et lancèrent leurs armées contre celui-ci. Sous l'effet des combats ou de la peur, 600 000 résidents arabes, pour la plupart musulmans, fuyèrent la région côtière pour un improbable asile en Cisjordanie, dans la bande de Gaza ou dans les pays limitrophes (Liban et Transjordanie). Cette fuite, qui allait devenir définitive, a été qualifiée plus tard de Nakba (« catastrophe » en arabe) :
• Une bonne partie de ceux qui ont fui le nouvel État d'Israël étaient des travailleurs immigrés venus s'employer dans les fermes et les usines sionistes du littoral méditerranéen avant la Seconde Guerre mondiale.
• La plupart des habitants des montagnes de Cisjordanie, d'antique souche palestinienne, étaient restés quant à eux sur place.
• En sens inverse, 800 000 juifs ont été chassés des pays arabes dans les mois qui ont suivi le conflit et se sont établis en Israël.

Les réfugiés de Palestine ont été immédiatement cantonnés par l'ONU dans des camps et un organisme, l'UNRWA, a été fondé pour leur venir en aide et les prendre en charge ad vitam aeternam ainsi que leurs descendants ! Empêchés de refaire leur vie dans un autre pays arabe ou en Occident, ceux-ci vivent dans le dénuement et le ressentiment, dans l'espoir d'un hypothétique retour.

Bien qu'en manque de main-d'oeuvre, notamment dans la région pétrolifère du Golfe, les pays arabes ont refusé d'accueillir et d'intégrer ces réfugiés de guerre, les seuls qui soient condamnés à végéter dans des camps.

Hormis une minorité de privilégiés qui bénéficie d'un visa, les exilés palestiniens et leurs descendants sont aussi aujourd'hui les seuls êtres de toute la Terre à ne pouvoir s'installer dans les pays occidentaux, alors que ceux-ci accueillent généreusement des migrants illégaux de toute l'Afrique et des réfugiés de guerre syriens, afghans, érythréens, rohingyas, arméniens, ukrainiens, etc.

Il s'ensuit qu'en ce début du XXIe siècle, on recense au Levant environ sept millions d'Arabes palestiniens, musulmans (ou chrétiens), soit autant sinon plus que d'Israéliens juifs. Ils se répartissent entre Israël, la Cisjordanie, Gaza, le Liban et la Jordanie et vivent dans un dénuement extrême, sans perspective d'avenir autre que la violence (1% environ sont des survivants de l'exode de 1948).  

Deux territoires palestiniens que tout oppose

Outre ceux vivant en Israël ou dans des pays étrangers, les Arabes de Palestine habitent dans deux territoire très contrastés tant sur le plan politique que sur le plan démographique :

• La Cisjordanie (Judée-Samarie), 5 640 km2, y compris Jérusalem-Est (67 km2), avait été officiellement incorporée en 1948 au royaume hachémite de Transjordanie, donnant naissance au royaume de Jordanie.

À l'issue de la guerre des Six Jours de juin 1967, Israël a annexé Jérusalem-Est et réunifié la ville. L'État hébreu a aussi occupé la Cisjordanie. Depuis lors, la Jordanie, peu soucieuse de s'encombrer de nouveaux réfugiés palestiniens, se garde de revendiquer ce territoire.

Une partie de ses habitants a fui l'occupation israélienne, notamment vers la Jordanie et le Liban. Mais depuis 1970, la population croît très vite en raison d'une meilleure hygiène et d'une forte fécondité. Elle a été multipliée par cinq en cinquante ans, de 0,69 million d'habitants à 3,3 millions d'habitants en 2020.

• La bande de Gaza (380 km2), séparée de la Cisjordanie par le désert du Néguev, a été placée en 1948 à titre provisoire sous administration égyptienne. Occupée par Israël lors de la guerre de 1967, elle a été confiée  à l'Autorité palestinienne dans le cadre des accords d'Oslo (1992). Mais celle-ci en a été chassée en 2008 par le mouvement terroriste Hamas des Frères musulmans, soutenu par la République islamique d'Iran.

La croissance démographique de la bande de Gaza supplante celle de Cisjordanie malgré une espérance de vie à la naissance de seulement 70,8 ans en 2010 (dix ans de moins qu'en Israël) et un taux de mortalité infantile de 20 pour mille naissances (dix fois plus élevé qu'en Israël). Son indice de fécondité reste très élevé : 6,6 enfants/femme en 2000, 4,5 en 2010. Gaza est donc, plus encore que la Cisjordanie, une exception démographique avec une population qui a augmenté de 245 000 habitants en 1950 à 2 000 000 en 2020.

Comme on le voit dans le tableau ci-dessous, la divergence est grande entre Gaza, dont la densité atteint 6 000 habitants/km2, autrement dit celle d'une agglomération urbaine, et la Cisjordanie, dont la densité avoisine 590 habitants/km2, soit un chiffre guère supérieur à celui d'Israël (430 habitants/km2).

Répartition des populations en 2020 :

 
Israël
Gaza
Cisjordanie
superficie en km2
20 620
380
5 640
densité (hab/km2)
430
6 000
590
population totale
9 600 000
2 000 000
3 300 000
dont juifs
6 800 000
   

 
Demeurent en suspens la question des réfugiés palestiniens établis en Jordanie, au Liban ou plus généralement dans le Moyen-Orient ainsi que la question des colonies juives den Cisjordanie. Selon les chiffres de 2017, l'UNRWA a ainsi enregistré environ 500 000 réfugiés au Liban, autant en Syrie et deux millions en Jordanie. Ces trois millions de réfugiés viennent s'ajouter aux neuf millions de Palestiniens vivant entre le Jourdain et la Méditerranée.

L'Exodus amène illégalement des juifs en Palestine en 1947

Les vagues migratoires du sionisme

En ce qui concerne Israël, soulignons que la grande majorité des habitants se concentrent dans l'étroite bande côtière où se trouve la principale agglomération du pays, Tel-Aviv-Jaffa (450 000 habitants en 2020), tandis que le désert du Néguev, au sud du pays, est très peu peuplé. L'autre grande ville, Jérusalem, compte 900 000 habitants en 2020 dont 60% de juifs et près de 40% de musulmans, ces derniers résidant essentiellement à Jérusalem-Est.

Portée par une forte croissance naturelle remarquable, la population d'Israël a été dynamisée par d'importantes vagues migratoires.

•  La première vague, très antérieure à la création de l'État d'Israël, correspond à l'espoir caressé par les juifs de la diaspora (dico) depuis la destruction de Jérusalem par Titus en 70 : « L'an prochain à Jérusalem ». Cet espoir prit forme à la fin du XIXe siècle avec une première émigration vers le Levant, concomitamment à la publication de L'État juif en 1896, livre dans lequel Theodor Herzl affirmait l'existence d'une nation juive et la nécessité pour celle-ci de retrouver une patrie.

•  En 1905, Chaïm Weizmann, qui deviendra en 1949 le premier président de l'État d'Israël, créa le Fonds national juif pour acheter des terres en Palestine. L'émigration de retour s'amplifia et enregistra une deuxième vague migratoire après la déclaration Balfour de novembre 1917, promettant la création d'un « Foyer national juif ».

Les juifs de ces deux premières vagues étaient des ashkénazes. Originaires des pays germaniques et slaves, ils représentent aujourd'hui, avec leurs descendants, environ un tiers de la population juive d'Israël.

Population de la « Palestine mandataire » (1922-1947, populations en milliers, source) :

  Arabes juifs Total % juifs
1922 668 84 752 11,2
1931 858 175 1033 16,9
1937 997 386 1383 27,9
1945 1238 608 1846 32,9
1947 1305 650 1955 33,2

 
•  Une troisième vague migratoire a suivi la création de l'État d'Israël le 14 mai 1948. Elle fut surtout le fait de juifs originaires des pays méditerranéens et orientaux, soit selon les estimations pour la période 1948-1975 : 250 000 du Maroc, 130 000 de l'Iran, 75 000 de l'Égypte, 60 000 de l'Irak, 56 000 de la Tunisie, 35 000 de la Libye, 26 000 de la Syrie, 25 000 de la Turquie, 15 000 de l'Algérie, 7 000 d'Aden, et 6 000 du Liban. D'autres juifs vinrent des différents pays d'Europe, les chiffres les plus élevés concernant la Roumanie, 270 000, et la Pologne, 156 000.

Ces juifs séfarades représentent aujourd'hui environ un autre tiers de la population juive d'Israël. Mais en dehors des pays communistes où, jusqu'à la chute de l'Union soviétique, l'émigration était étroitement contrôlée, le reste du monde participa également à ce mouvement. Cette diversité des pays de départ reste occultée car la censure israélienne interdit de nommer le pays de départ des bénéficiaires de la « Loi du retour » dans les statistiques de l'immigration.

La fin du XXe siècle a connu encore trois vagues migratoires de moindre ampleur : celle des juifs d'URSS (avant 1989), celle des Falashas, juifs originaires d'Éthiopie, puis celle des juifs de l'ex-URSS :
• L'État d'Israël ayant conservé de facto d'étroites relations diplomatiques avec Moscou, qui avait voté sa création à l'ONU, il obtint dans les années 1970 d'accueillir environ 150 000 juifs soviétiques.
• Puis, dans les années 1980, des troubles civils en Éthiopie mirent en danger une population disant descendre de juifs établis depuis très longtemps dans ce pays. Israël organisa la fuite par voie aérienne de ces Falashas dont un certain nombre se révélèrent être des musulmans ou des chrétiens (le film Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu illustre les drames humains liés à ce déracinement).
• Enfin, en 1990, Mikhaïl Gorbatchev ouvrit largement aux juifs soviétiques les vannes de l'émigration. Pour faire face à la soudaineté de cet afflux, le grand rabbin autorisa les vols de la compagnie nationale israélienne El Al les jours de sabbat et des fêtes juives et à l'aéroport de Lod, une banderole portant la mention « Exodus 90 », accueillait les arrivants. Il se trouva néanmoins un certain nombre d'émigrants pour fausser compagnie à leurs coreligionnaires lors de l'escale obligée à Budapest et bifurquer vers les États-Unis. Quant aux sept cent mille juifs ex-soviétiques qui débarquèrent en Israël dans les années 1990, ils se révélèrent beaucoup moins religieux que leurs prédécesseurs, voire tout à fait laïcisés. Une enquête réalisée à l'automne 1994 montra également que près d'un tiers d'entre eux ne répondaient pas aux critères officiels de judéïté (au moins un grand-parent juif).

L'État d'Israël et la « guerre des berceaux »

75 ans après sa fondation, l'État d'Israël a vu sa population totale multipliée par sept à huit sous l'effet tout à la fois de la natalité et des flux migratoires. Son territoire de 20 620 km2 compte près de dix millions d'habitants en 2020, dont 3/4 de juifs (les autres sont des Arabes de citoyenneté israélienne, très majoritairement musulmans mais aussi chrétiens et Druzes). 

Le pays bénéficie d'un faible taux de mortalité infantile de 8 pour mille naissances et d'une espérance de vie à la naissance de 78,6 ans. Ces indicateurs de bien-être dénotent un système sanitaire globalement performant, similaire à celui des pays développés d'Occident et d'Asie.

Mais à la grande différence de ces pays, Israël affiche un indice de fécondité (dico) de l'ordre de 3 enfants/femme en 2020, très au-dessus du seuil de remplacement des générations et environ deux fois plus élevé que celui des autres pays développés. Cette vitalité tient au défi géopolitique qui donne lieu à une « guerre des berceaux » entre juifs et musulmans.

La fécondité des femmes juives en est ainsi venue à dépasser en 2016 la fécondité des femmes arabes (source). Toutes catégories confondues, la population juive a une fécondité de 3,13 naissances par femme désormais supérieure à celle de la population arabe de citoyenneté israélienne. La fécondité de la population israélo-arabe est de 2,85 enfants par femme, avec un avantage aux musulmans, à 3,01 enfants par femme, sur les Druzes et les chrétiens.

Au sein même de la population juive, la fécondité varie selon le niveau de religiosité :
• Les « ultra-orthodoxes » ou haredi : ils sont 1,28 million, soit 13,5% de la population totale du pays, avec un indice de fécondité de l'ordre de 6 enfants par femme !
• Les « orthodoxes » constituent 18% de la population juive.
• Les « laïcs et religieux modérés» forment la grande majorité de la population juive (75%) avec une fécondité plus basse mais néanmoins nettement supérieure au seuil de renouvellement de la population.

De ce fait, la population d'Israël connaît encore et toujours une forte croissance, le plus souvent supérieure à 2% par an depuis 1950.

D'après Gérard-François Dumont in : Les populations du monde, Paris, Éditions Armand Colin, deuxième édition, 2004.
Publié ou mis à jour le : 2024-07-14 20:23:03

Voir les 6 commentaires sur cet article

liwer (14-07-2024 17:22:00)

Explications sobres. Manque la précision "en milliers" dans le tableau "Population de la « Palestine mandataire » (1922-1947)"

Jonas (07-07-2024 15:45:56)

A monsieur Larané avec tous mes respects et l'intérêt que je porte a votre site. Est-il possible , que vous puissiez un jour , si la providence vous prête vie , d'aborder , la situation des ré... Lire la suite

Bougeluk (26-06-2024 11:58:07)

C'est clair : vous les Français portez toujours la honte Pétain. Vous essayez de dissimuler votre contribution majeure à l’Holocauste en falsifiant l’histoire. Vous avez vous-même contribué ... Lire la suite

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net