Les Pupilles de la Nation

Un héritage de la Grande Guerre

Connaissez-vous les Pupilles de la Nation ? Non ? Ce statut, créé en 1917, concerne les enfants dont les parents sont morts pour la France ou ont été gravement blessés en servant la Nation. À travers ce statut, l’État reconnaît leur sacrifice et leur accorde une protection morale et matérielle spécifique. Comme le disait Georges Clemenceau : « La République a le devoir de protéger ceux qui ont perdu un père au service de la patrie. »

Yeo Bobin

Un dispositif né de la Première Guerre mondiale

Affiche pour la Journée des Orphelins par Charles H. Foerster, 1916, Paris, BnF, Gallica. Agrandissement : Palais du Trocadéro. Grande matinée de bienfaisance au bénéfices des veuves et des orphelins, Lucien Jonas, 1917, Washington, Library of Congress.La loi du 27 juillet 1917 instaura la qualité de Pupille de la Nation afin de venir en aide aux orphelins de guerre. Face aux ravages du conflit, près d’un million d’enfants se retrouvèrent sans père. La République, soucieuse de leur assurer un avenir digne, s’engagea à les soutenir pour qu’ils puissent grandir et s’épanouir malgré le drame qu’ils avaient vécu.

Ce dispositif vit le jour dans un contexte de tensions entre l’État laïc et les institutions cléricales, qui avaient pris en charge de nombreux orphelins dès le début de la guerre. En instituant cette reconnaissance officielle, le gouvernement voulait affirmer que la République ne les abandonnait pas et qu’elle pouvait aussi leur garantir un avenir.

Le terme « Pupille de la Nation » ne fait pas référence aux yeux de la Nation, comme on pourrait le croire à première vue. Il provient du latin pupillus, qui signifie « mineur ». De manière symbolique, ces enfants devenaient donc ceux que la République prend sous sa protection.

Un engagement durable et évolutif

La France est l’un des rares pays à avoir mis en place un tel dispositif pour les orphelins de guerre, alors même que la Première Guerre mondiale a endeuillé toute l’Europe.

Mise en application de la loi du 27 juillet 1917, Archives départementales du Pas-de-Calais. Agrandissement : Affiche imprimée en faveur des Pupilles de la Nation à l?occasion de Noël 1918, bibliothèque municipale de Lyon.En 1929, les Pupilles de la Nation représentaient environ 1,8 % de la population française, un chiffre considérable.

Dès le départ, l’objectif était d’assurer à ces enfants une éducation de qualité. Des écoles spécialisées furent créées, comme le centre d’apprentissage horticole des Pressoirs du Roy à Champagne-sur-Seine, en Seine-et-Marne. Ces établissements offraient aux jeunes Pupilles des formations leur permettant d’accéder à un emploi et de s’intégrer pleinement dans la société.

Le dispositif, d’abord géré par l’Office national des Pupilles de la Nation, fut confié en 1946 à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), qui veille encore aujourd’hui à l’accompagnement de ces enfants jusqu’à l'âge de 21 ans.

Un statut qui s’étend au fil de l’Histoire

Initialement réservé aux orphelins de la Grande Guerre, le statut de Pupille de la Nation s’élargit progressivement. Après la Seconde Guerre mondiale, près de 300 000 enfants furent reconnus Pupilles, y compris ceux dont les parents furent victimes des bombardements, déportés ou tués dans la Résistance. La guerre d’Algérie ajouta encore 18 000 enfants à cette liste.

Avec le temps, d’autres catégories ont été intégrées :

- Les enfants de gendarmes, CRS, magistrats ou pompiers morts en service.

- Les enfants des victimes du terrorisme, depuis 1990, grâce au combat de la juriste Françoise Rudetzki.

- Les enfants de soignants, après le meurtre d’une infirmière en hôpital psychiatrique en 2005.

- Les enfants des fonctionnaires de l’État et des forces de l’ordre tués en mission après les attentats de 2015.

Une reconnaissance et une protection pérennes

Contrairement aux Pupilles de l’État, pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, les Pupilles de la Nation restent sous la responsabilité de leur famille ou de leur tuteur légal.

Aux Pupilles de la Nation, 1919, Fédération nationale autonome des Pupilles de la Nation et des orphelins de guerre.L’adoption par la Nation, prononcée par un tribunal, leur ouvre cependant des droits particuliers : aides financières, soutien scolaire, facilités d’accès à l’emploi, ou encore exonérations fiscales en cas de besoin.

Plus d'un siècle plus tard, ce dispositif demeure et continue d’évoluer face aux tragédies nationales successives. Aujourd’hui, plus de 30 000 personnes bénéficient encore de ce statut, dont une majorité d’adultes ayant été reconnus Pupilles dans leur jeunesse. Parmi ces bénéficiaires, on compte environ 8 000 mineurs et plus de 22 000 adultes.

Ce modèle français inspire d’ailleurs d’autres pays. En Belgique, un statut de Pupille de la Nation a été proposé par un député pour les enfants victimes du terrorisme, après les attentats de Bruxelles en 2016. Le Maroc a récemment adopté un statut similaire pour les enfants victimes du séisme d’Al Haouz de 2023, leur accordant des aides spécifiques pour assurer leur avenir.

L’État français réfléchit aujourd'hui à élargir ce dispositif aux enfants des soignants décédés à cause du Covid-19, après la perte de nombreux personnels médicaux en première ligne durant la pandémie.

Les critiques et détracteurs du statut de Pupille de la Nation

Malgré ses avantages, le statut de Pupille de la Nation fait l'objet de critiques. Certains estiment qu'il crée une distinction injuste entre les orphelins de guerre et ceux touchés par d'autres drames, qui ne bénéficient pas du même soutien.

D'autres pointent la complexité administrative du dispositif, jugée lente et parfois décourageante. Enfin, l'élargissement du statut, notamment aux enfants des victimes du terrorisme ou du Covid-19, suscite des débats sur la dilution de la signification même du terme « Pupille de la Nation ».

Cependant, malgré ces critiques, la majorité de l'opinion publique reste favorable à ce dispositif. Les anciens Pupilles y sont particulièrement attachés et remercient l'État pour cette aide précieuse, qui leur a permis de se reconstruire et de réussir.

Témoignage

Jean, ancien Pupille de la Nation, se souvient : « Mon père est mort durant la guerre d’Algérie. Être reconnu Pupille de la Nation a été une grande aide. J'ai eu une éducation de qualité, et l'État m'a soutenu jusque dans mes études. Ce statut m’a permis de surmonter une épreuve terrible en m'offrant un avenir. »


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Publié ou mis à jour le : 2025-09-09 18:19:21
Jean Desmarès (10-09-2025 14:45:59)

Merci pour cette belle évocation ! JEAN DESMARES orphelin de guerre en 1940 - Pupille de la Nation Président honoraire de la Fédération nationale des Fils et Filles des Morts pour la France - ... Lire la suite

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