Histoire de la natation

Tous à l'eau !

Plouf ! Aujourd'hui, sous nos latitudes, se jeter à l'eau sans blêmir est à la portée de tous. Nos élèves doivent d'ailleurs être capables de «  se déplacer de façon autonome dans un milieu aquatique profond standardisé  » pour répondre aux vœux du Conseil supérieur des Programmes.

Qu'en est-il des jeunes d'autrefois ? Étaient-ils déjà incités à faire le grand saut ou suivaient-ils l'exemple de leurs parents en gardant les pieds bien au sec ? Plongeons-nous dans le passé et voyons comment la natation est devenu une obligation - ou simplement un plaisir...

Isabelle Grégor

Image du film Something's got to give de George Cukor avec Marilyn Monroe, 1962

Et l'homme flotta...

Certes, la méthode ne semble pas très au point, mais la représentation laisse peu de place au doute : 5 000 av. J.-C., un artiste néolithique admiratif a bien croqué les silhouettes de trois nageurs sur les parois d'une grotte égyptienne.

Grotte des nageurs, Wadi Sura, 5 000 av. J.-C., Égypte

Quelques siècles plus tard la technique a largement gagné en élégance si l'on en croit la position allongée adoptée par la jeune fille de la célèbre cuiller de fard conservée au Louvre. Cet objet porte-bonheur, retrouvé en plusieurs exemplaires, témoigne de la familiarité que les Égyptiens, hommes et femmes, avaient déjà avec l'eau.

Cuiller à fard : jeune fille nageant, vers 1550 av. J.-C., Paris, musée du Louvre

Ils avaient d'ailleurs conçu un hiéroglyphe pour évoquer la nage, hiéroglyphe représentant bien sûr un nageur. Si on lui pardonne ses pieds, un peu trop crochus, on peut admettre que le personnage nous fait une belle démonstration de crawl !

Du côté de l'Assyrie, les audacieux ont un atout supplémentaire : après une rapide étude des bas-relief du palais de Nimroud, on découvre que nos nageurs de combat soufflent dans des sortes d'outres pour en faire des bouées. La plongée sous-marine n'est pas loin !

Nageurs, bas-relief du palais de Nimrud, 1ère moitié du IXe siècle av. J.-C, Londres, British Museum

Tout corps plongé dans un liquide...

Le geste est assuré, la position est sans faute et l'homme semble heureux de s'envoler : la fresque de «  la tombe du plongeur  » de Paestum est bien l'un des plus beaux hommages à l'art du plongeon.

Il faut dire que pour les Grecs, nager est indispensable et fait partie du savoir-faire rudimentaire de tout homme bien élevé.

Fresque de la Tombe du plongeur, Paestum, Italie, vers 500 av. J.-C., Musée archéologique national de Paestum

Dans cette civilisation où la mer est reine, la nage est avant tout une activité populaire comme le montrent les fêtes nautiques organisées régulièrement pour célébrer le dieu Poséidon et ses Néréides ; mais c'est aussi une source de revenus pour les pêcheurs de coquillages ou d'éponges, activité que l'on trouve pratiquée également pour la récolte des perles par les femmes japonaises Ama depuis 2000 ans.

Hokusai, Sangi takamura, pêcheuses d'ormeaux, XIXe s., Paris, musée Guimet

Même si, en Grèce, la nage ne faisait pas encore partie des épreuves olympiques, elle joua un rôle important dans l'histoire du pays lors des grandes batailles : c'est ainsi que beaucoup de victimes perses des guerres médiques périrent noyées alors que leurs ennemis, grâce à leur maîtrise de l'élément humide, parvenaient à échapper à la mort. Il n'est finalement pas étonnant que le plus grand savant de l'époque, Archimède, ait rédigé un Traité des corps flottants (IIIe s. av. J.-C.).

Nager ou lire, il ne faut pas choisir

À Rome, on le sait, tout le monde aime faire trempette. On se précipite aux bains, on s'y donne rendez-vous, on y passe des heures. Froide ou chaude, qu'importe la température de l'eau !

Comme les Grecs, les Romains ne conçoivent pas qu'un homme de bonne famille n'apprécie pas la baignade. Dire de quelqu'un qu'il ne sait «  ni lire ni nager  » revient d'ailleurs à le traiter d'idiot... Il est donc normal que Suétone, relatant la vie de l'empereur Caligula, s'étonne : «  Cet homme, qui apprenait si aisément tant de choses, ne savait pas nager !  » (Vie des Douze Césars, 121 ap. J.-C.).

Scène de pêche, Casa di Menandro, Pompéi, Ie s.

Pourtant les méthodes d'apprentissage étaient au point comme le montre cette allusion du poète Horace : «  L'heure viendra, mon enfant, où ton corps s'étant formé et ton esprit s'étant mûri, tu nageras, sans liège, en pleine eau  » (Satire 4, Ie s. av. J.-C.). Autour de Rome, certains Barbares se sont aussi fait remarquer par la qualité de leur nage (du terme latin navis : le navire) comme nous l'apprend l'historien Sidoine Apollinaire : «  Les Hérules triomphent à la course, les Huns quand il s'agit de lancer le javelot, les Francs à la nage  » (Ve s.).

Quelques siècles plus tard, c'est au tour du prophète Mahomet de souhaiter que les parents enseignent à leur progéniture non seulement comment tirer à l'arc, monter à cheval mais aussi à ne pas se noyer. Les Croisés eurent d'ailleurs fort à faire avec les nageurs de combat musulmans qui sabotèrent leurs navires.

Léandre, nageur amoureux

Toutes les nuits, Léandre tente de rejoindre à la nage sa chère Héro, de l'autre côté de l'Hellespont... «  Ton amant d'Abydos t'envoie le salut qu'il aimerait mieux te porter, fille de Sestos, si le courroux des mers s'apaisait. […] Bientôt, déposant mes vêtements, et toute crainte avec eux, j'agitais lentement mes bras dans l'humide élément. […] Nul autre son, nul autre bruit ne frappait mes oreilles, que celui de l'eau séparée par mon corps. […] Soudain mes bras fatigués recouvrent leurs forces, et l'onde me paraît plus molle qu'auparavant, je ne sens point les glaces du froid abîme grâce à l'amour qui embrase mon ardente poitrine. Plus j'avance, plus le rivage est proche, moins est grand l'espace qui m'en sépare encore, et plus je me hâte de le franchir. Mais, quand je puis enfin être aperçu de toi, ta présence ajoute aussitôt à mon courage et me fait trouver de l'énergie. Alors aussi je m'efforce en nageant de plaire à ma maîtresse, et, je montre à tes yeux la vigueur de mes bras. […] Si, lorsque je vais vers toi, je suis un nageur, il me semble, quand je reviens, que je suis un naufragé. Si tu m'en crois encore, la route, à mon départ, me paraît facile ; elle oppose à mon retour comme une montagne d'eau stagnante. […] Souvent, à force de se mouvoir, mes bras viennent à languir ; fatigués, ils se traînent à peine dans l'immensité des eaux. Si je leur dis : ''Le prix de votre peine est beau ; bientôt je vous livrerai, pour appui, le cou de ma maîtresse'', ils retrouvent aussitôt des forces, et tendent vers la récompense qui leur est promise, comme un prompt coursier de l'Élide qui a franchi la barrière  ». (Ovide, Les Héroïdes, épître 18)

Dans le même bain

« Jeunes gens apprenant à nager dans les fossés d’une ville », Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, BelgiqueAu Moyen Âge l'arrivée du christianisme ne met pas fin à la bonne habitude de patauger. Au contraire ! Une bonne séance de nage est attendue avec impatience après une journée de travail.

Mais attention, le but n'est pas seulement de se délasser, cette récréation a aussi une dimension sociale : plus que l'activité sportive, on apprécie surtout l'occasion de se rassembler pour papoter et profiter d'un bon moment entre amis.

Ce loisir était particulièrement prisé par Charlemagne qui, dit-on, aurait choisi Aix-la-Chapelle comme résidence pour pouvoir continuer à barboter dans sa piscine avec ses preux. Être à l'aise dans l'eau fait en effet partie des compétences indispensables à tout chevalier, compétence que n'ont par la suite pas reniée les humanistes.

L'Art de nager démontré par figures, avec des avis pour se baigner utilement, par M. Thevenot, 1696, Paris, BnF

Voici par exemple comment François Rabelais envisage l'éducation de son Gargantua : «  Il nageait en profonde eau, à l’endroit, à l’envers, de côté, de tout le corps, des seuls pieds ; une main en l’air, en laquelle il tenait un livre, traversait toute la rivière de Seine sans le mouiller, et tirant son manteau par les dents, comme faisait Jules César ; puis d’une main, entrait par grande force dans un bateau ; se jetait derechef en l’eau, la tête la première.  » (La Vie très horrifique du grand Gargantua..., 1534).

Pour passer de la théorie à la pratique, des manuels sont publiés, comme le fameux Art de nager de Melchisédech Thévenot (1696). Se sont donc adonnés à cette activité jugée noble la plupart de nos souverains, comme Henri IV qui aurait initié le futur Louis XIII  sous le pont Neuf, ou encore le grand sportif Louis XIV.

Pour les femmes, les séjours dans l'eau se résument souvent à de simples bains qui vont continuer longtemps à faire le délice des peintres. N'oublions pas cependant que pour tous, nager en mer est impensable...

Louis XIV, «  un beau Neptune au milieu de ses flots  »

«  Tantôt, quand pour jouir de la fraîcheur liquide
Vers son ample canal sa volonté le guide -
Mais en ce cher moment, à peine il coupe l'onde -
Il bat l'eau qui l'embrasse, il bat l'eau qui le choque ;
Il s'y fait un sentier de ses bras vigoureux,
Le sentier en écume, et bouillonne sur eux ;
Ses mains, ses belles mains l'agitent et le percent,
Tandis que ses beaux pieds le poussent, le renversent,
Et qu'en l'émotion qui s'approche et s'enfuit
Un murmure ondoyant le devance et le suit.
D'autres autour de lui s'efforcent et s'étendent,
Leurs membres allongés écartent ce qu'ils fendent ;
Il en souffre d'abord, tout monarque qu'il est,
Et dans ce noble jeu la dispute lui plaît.
Mais autant qu'il les passe en mérite, en noblesse,
Autant leur montre-t-il qu'il les passe en adresse,
Il s'élève, il se plonge, et, d'un air déployé,
Il sauve, et fait revoir ce qu'il avait noyé.
On revoit à l'instant sa précieuse tête,
Le cristal en dégoutte, il respire, il s'arrête,
Il se fait adorer en cet humide enclos,
Et semble un beau Neptune au milieu de ses flots  »
.
Saint-Amant, «  La Lune parlante  » (1661)

«  Comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde  » (Charles Baudelaire, Élévation)

Pendant ce temps, à l'autre bout du monde, l'empereur japonais décrète en 1603 que la pratique de la nage fera désormais partie intégrante de l'éducation scolaire. La natation, sœur sportive de la nage, commence enfin à prendre son envol. Mais en Europe ce n'est qu'au début du XIXe s. que le public accepte de regarder les flots d'un œil nouveau. L'Angleterre inaugure en 1830 les premiers bassins couverts qui vont permettre l'organisation de clubs puis de compétitions.

Benjamin Botham, Membres du club de natation de Brighton en 1863

Dans le même temps, à côté de la natation de type professionnel, la pratique de la nage continue à se développer, portée par la mode des bains de mer et du canotage, si chère à Maupassant, et par les efforts des gouvernants pour populariser l'éducation physique. En 1879, son apprentissage devient obligatoire, à l'armée comme à l'école.

Honoré Daumier, « La Leçon à sec », Le Charivari 30-31 mai 1841, Paris, Maison de BalzacL'époque est en effet à la promotion de l'hygiène du corps, et les nouvelles générations ne doivent pas y échapper.

Mais comme tout le monde ne vit pas à côté d'un bassin ou d'une rivière, on voit apparaître dans les cours d'école des scènes étranges : les élèves sont invités à apprendre la brasse «  à sec  », en équilibre sur un tabouret !

Lord Byron, le romantique aquatique

À la fois prétentieux et excentrique, le poète George Byron ne s'est pas contenté de laisser une trace dans l'histoire de la littérature et de la Grèce, où il mourut en héros pendant la guerre d'indépendance (1824). Non, il lui fallait aussi se faire remarquer par des exploits physiques. Alors que ses collègues romantiques célèbrent la nature dans leurs vers, lui va mettre en pratique cette attirance en multipliant les tentatives spectaculaires de traversées à la nage.

Le voici en 1810 qui plonge pour imiter le légendaire Léandre et franchir l'Hellespont. Pari gagné en 1 heure 10 ! Il n'en est d'ailleurs pas peu fier : «  Je le fais pour vous [sa mère] inspirer le respect qui convient pour moi, auteur de cette performance, car je m'en glorifie plus que de toute autre sorte de gloire, politique, poétique ou oratoire  ». Et qu'importe qu'un de ses amis soit arrivé avant lui... En 1816, ce sont les Vénitiens du Grand Canal qui le voient passer sous leurs fenêtres. Le port du Pirée, le golfe de La Spezia... Toute occasion est bonne pour prendre un petit bain : «  Je nage et traverse le Tage tout d'une haleine ; je monte un âne, parfois même une mule ; je jure en portugais ; j'ai la diarrhée et suis mordu des moustiques. Mais qu'importe ! Les gens qui vont à la recherche du plaisir ne doivent pas s'attendre à avoir toutes leurs aises  » (Lord Byron, Mémoires, 1830). Vraiment, la vie d'aventurier n'est pas de tout repos !

Rapides comme Tarzan

Affiche du film Tarzan and the Mermaids (Tarzan et les Sirènes) de Robert Florey, 1948Pour les plus endurants, il est désormais possible de se présenter à des compétitions. Et pourquoi pas les Jeux Olympiques ? En 1900, la 2e édition a justement lieu à Paris.

C'est l'occasion pour les meilleurs de se confronter lors d'épreuves originales : nager 60 mètres sous l'eau, plonger sous des barques qui servent d'obstacles à la course des 200 mètres...

Les techniques évoluent également : si, en loisir, on privilégie encore les positions qui évitent d'avoir la tête sous l'eau, les spécialistes à la recherche de vitesse préfèrent le crawl (du verbe anglais «  ramper  ») popularisé vers 1910 par l'Hawaïen Duke Kahanamoku, par ailleurs grand vulgarisateur du surf.

C'est une future star qui parvient en 1922 à nager 100 mètres en moins d'une minute : Johnny Weissmuller, 5 fois champion olympique, saura par la suite recycler son talent et sa plastique sur les écrans dans le rôle de Tarzan. Dans la même lignée, le charme cinématographique d'Esther Williams et de ses sirènes d'un nouveau genre n'est pas étranger au succès des ballets nautiques.

Parmi les grandes figures de la natation, citons les noms de Mark Spitz (7 victoires aux Jeux de 1972), Michael Phelps, le sportif le plus médaillé aux Jeux avec ses 22 récompenses, «  la torpille  » Ian Thorpe ou encore Alexander «  la fusée russe  » Popov qui a remporté 11 médailles aux Championnats du monde.

Image du film Million Dollar Mermaid (La Première sirène)  de Mervyn LeRoy, avec Esther Williams, 1952

Côté français, les athlètes ne cessent d'être présents sur les podiums à la suite de Jean Boiteux (unique médaille d'or française en 1952), notamment grâce à la famille Manaudou (Laure et son frère Florent) et à la réussite du Club des nageurs de Marseille. L'élan donné par la première société de natation française fondée en 1873, «  Les Nageurs du Havre  », a porté ses fruits.

Quand les marins coulaient à pic

Il semble évident que pour être marin, il faut savoir nager. Mais ce ne fut pas toujours le cas, loin de là ! À cela, une raison simple : pour le matelot d'autrefois, pas question de tomber à l'eau ! Le temps d'arrêter un navire sous voiles, de faire demi-tour, de tirer des bords et de retrouver le malheureux... ce n'est même pas la peine d'essayer. Par ailleurs il ne faut pas oublier que beaucoup de volontaires ou d'enrôlés de force étaient originaires de l'intérieur des terres et n'avaient jamais mis le pied dans l'eau salée. Du côté des officiers, le bilan n'est guère meilleur : on compte au XVIIe s. à peine 2 % de spécialistes de la brasse. Notons que, s'il faut attendre 1774 pour que l'apprentissage de la natation devienne obligatoire à l'École royale de Marine de Rouen, les officiers ne pouvaient pas échapper aux cours... de danse ! On estimait en effet qu'ils avaient plus de chances de devoir représenter le pays dans les bals organisés aux escales, que de passer par-dessus bord.

L'Everest de la natation

Photographie de Matthew Webb, vers 1875Il est une traversée qui a longtemps fait rêver les apprentis dauphins : celle de la Manche. On dit que c'est un grognard de Napoléon 1er, Jean Salati, qui réussit le premier l'exploit pour fuir les bagnes flottants anglais.

Mais l'Histoire a surtout gardé le nom de Matthew Webb qui, à sa deuxième tentative en 1875, nu et enduit d'huile de marsouin, est parvenu à aller de Douvres à Calais en moins de 22 heures. Cette victoire fut cependant suivie d'une défaite puisque 9 ans plus tard, le «  capitaine Webb  » disparut dans les chutes du Niagara.

Il faudra attendre 1912 pour que le marathon aquatique trans-manche soit de nouveau réussi, et 1926 pour que la première femme, l'américaine Gertrude Ederle, s'y illustre.

Ils auraient dû savoir mieux nager...

Passons sur toutes les victimes du déluge biblique qui, même si elles savaient parfaitement nager, étaient de toutes façons condamnées... Et arrêtons-nous sur la première noyée supposée : il s'agirait de la petite Lucy, notre ancêtre australopithèque, dont le corps fut découvert dans un ancien lit de rivière en Éthiopie.

Plus près de nous de plusieurs millions d'années, il faut faire une place d'honneur à l'empereur Barberousse qui, ont prétendu les mauvaises langues, aurait voulu prendre un bon bain sans enlever son armure (1190). D'autres cas relèvent du mystère : faut-il mettre les noyades de l'actrice Natalie Wood (1981) et de Robert Maxwell (1991), magnat de la presse britannique, sur le compte de la simple maladresse ?

On peut aussi accuser la malchance qui mit fin à la carrière d'écrivain et d'exploratrice d'Isabelle Eberhardt : elle perdit la vie dans les terribles inondations d'Aïn Sefra (1904), ville d'Algérie où elle était arrivée la veille.

C'est par contre en toute connaissance de cause que la romancière anglaise Virginia Woolf remplit ses poches de pierres avant de se jeter dans une rivière (1941). Elle rejoignait ainsi une des plus célèbres noyées de la littérature, la jeune Ophélie, amoureuse de Hamlet :

Sir John Everett Millais, Ophelia, 1851, Londres, Tate Britain
«  La reine :
Au-dessus du ruisseau penche un saule, il reflète
dans la vitre des eaux ses feuilles d’argent
Et elle les tressait en d’étranges guirlandes
Avec l’ortie, avec le bouton d’or,
Avec la marguerite et la longue fleur pourpre
Que les hardis bergers nomment d’un nom obscène
Mais que la chaste vierge appelle doigt des morts.
Oh, voulut-elle alors aux branches qui pendaient
Grimper pour attacher sa couronne florale ?
Un des rameaux, perfide, se rompit
Et elle et ses trophées agrestes sont tombés
Dans le ruisseau en pleurs. Sa robe s’étendit
Et telle une sirène un moment la soutint,
Tandis qu’elle chantait des bribes de vieux airs,
Comme insensible à sa détresse
Ou comme un être fait pour cette vie de l’eau.
Mais que pouvait durer ce moment ? Alourdis
Par ce qu’ils avaient bu, ses vêtements
Prirent au chant mélodieux l’infortunée,
Ils l’ont donnée à sa fangeuse mort.
Laërte :
Hélas, elle est noyée ?
La reine :
Noyée, noyée  »
.
(William Shakespeare, Hamlet, 1603)

Démodée, la piscine publique ?

Les piscines, qui avaient à l'origine une vocation religieuse ainsi que nous l'avons vu, sont devenues dès les Grecs un lieu de loisir faisant partie des réjouissances offertes par les thermes... Mais ce n'est qu'au XIXe s., avec la volonté gouvernementale de faire pratiquer la natation à tous, que les piscines publiques se sont imposées dans toutes les villes, jusqu'à atteindre les bourgades dans les années 1970.

Depuis lors, la mode des piscines privées a frappé l'Europe occidentale grâce à la baisse des coûts et au développement du temps libre. Soucieuses de relever le défi, nombre de communes se sont alors offert des centres aquatiques destinés à séduire les familles. Et cela marche ! On se précipite aux séances d'aquagym et aux jeux d'eau en tous genres en délaissant les longueurs de bassin à la brasse ou au crawl.

Les vieux bassins, dépourvus de bulles et autres toboggans, sont fermés et vendus aux plus offrants pour être détruits.

Certaines piscines, véritables joyaux architecturaux, s'en sortent mieux comme la piscine de Roubaix ou la piscine Molitor à Paris : l'une est désormais un musée d'art et la seconde un hôtel de luxe. Mais face à l'invasion des centres aquatiques, on peut s'inquiéter de l'avenir de la natation en France où encore un habitant sur cinq ne sait pas nager. Habitués à patauger dans des bassins miniatures à remous, les jeunes vont-ils continuer à voir l'intérêt de maîtriser réellement la nage ? Se pourrait-il que l'eau redevienne cet environnement hostile que l'Homme a eu tant de mérite à vaincre !

La Piscine (musée d'art de Roubaix), DR

Sources bibliographiques

Pierre Gruneberg, La Natation, 1978, Hachette.

Patrick Pelayo, «  De l’Art de nager à la science de la natation  », La Revue pour l’histoire du CNRS, n°26, 2010.

Publié ou mis à jour le : 2020-01-23 08:59:10

 
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