Marie Leszczynska (1703 - 1768)

Reine digne, épouse compréhensive

Roi déchu de Pologne, Stanislas Leszczynski a dû accepter en compensation le duché de Lorraine.

Son épouse Catherine Opalinska et lui ont la surprise un jour, dans leur retraite de Wissembourg, de recevoir une demande en mariage du jeune et prestigieux roi de France Louis XV (15 ans) avec leur fille Marie (22 ans). On imagine la surprise des deux exilés.

Cela dit, le choix du duc de Bourbon, qui gouverne la France au nom du jeune roi, va se révéler pertinent. La princesse Marie a été élevée avec soin. Outre le polonais, elle maîtrise le français, l'allemand et le latin, performance rare, même dans les familles aristocratiques de l'époque. Elle fera une excellente reine de France... 

Marie Leszczinska, Jean-Marc Nattier, 1748, Château de Versailles.

Mission accomplie pour la reine

Le Régent Philippe d'Orléans avait projeté dès 1721 de marier le roi à sa cousine, l'infante Marie Anne Victoire, fille de Philippe V d'Espagne, alors âgée de 3 ans. Si le roi venait à mourir avant d'avoir engendré un héritier, la couronne reviendrait à la branche collatérale des Orléans.

Marie Leszczyńska, Alexis Simon Belle, 1726, Château de Versailles. Agrandissement : Marie Leszczyńska, reine de France, Charles Van Loo, 1747, Château de Versailles.Quand meurt le Régent en 1723, cette perspective déplaît au duc de Bourbon qui le remplace à la tête du gouvernement. Il rompt les fiançailles sans attendre et se met en quête d'une fiancée de rechange. C'est ainsi qu'est choisie Marie Leszczynska  malgré son absence de fortune et grâce à la défection de plusieurs candidates mieux placées.

Le mariage est célébré le 4 septembre 1725. Louis XV, bel adolescent, épris de chasse et timide, se montre sincèrement amoureux de sa jolie épouse, de sept ans plus âgée, et dès le 14 août 1727, Marie accouche de deux jumelles, Élisabeth et Henriette.

Là-dessus, après Marie-Louise, qui mourra à 3 ans, elle donne le jour à deux garçons, Louis Alexandre (1729-1765) et Philippe (1730-1733). Le second décédera à son tour à trois ans mais l'aîné va quant à lui atteindre l'âge adulte. 

Cajolé par ses parents et son entourage, l'unique garçon du couple témoigne d'un tempérament tyrannique et arrogant. Scandalisé par les liaisons de son père, il se confine en dévoterie et multiplie les chausse-trappes à l'encontre des ministres et des favorites, à la grande consternation de Louis XV.

Marié à 16 ans à une infante espagnole, le Dauphin a la douleur de la perdre un an plus tard. Il est aussitôt remarié en 1747 à Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767), fille du roi de Pologne et nièce du maréchal de Saxe, vainqueur glorieux de la bataille de Fontenoy.

Le couple aura huit enfants dont quatre garçons.

Louis de France, duc de Bourgogne ( 4 septembre 1729, Versailles ; 20 décembre 1765, Fontainebleau), par Anne-Baptiste Nivelon (1764, château de Versailles) Le premier, le duc de Bourgogne (1751-1761), bénéficie de toute l'attention de ses parents au détriment de ses cadets et en particulier du second, le duc de Berry, qui souffre d'être délaissé. Mais son mort prématurée à 9 ans précède de peu celles de ses parents.

Le duc de Berry devient ainsi Dauphin en titre sans y avoir été préparé. Il règnera sous le nom de Louis XVI et ses frères cadets le comte de Provence et le comte d'Artois règneront à leur tour bien plus tard, après la Révolution, sous les noms de Louis XVIII et Charles X.

Par ailleurs, sur les sept filles de Louis XV qui survécurent à la petite enfance, les quatre plus jeunes furent éduquées à l'abbaye de Fontevraud, loin des vices de la Cour... et par souci d'économie. Pour aménager des appartements à ses quatre filles restées célibataires, le roi fit abattre dans son palais de Versailles un fameux escalier dit « escalier des Ambassadeurs ». La dernière, Louise de France, dite « Madame Septième », entre en 1770 au Carmel de Saint-Denis dont elle devient une prieure très respectée.  

Louis XV est resté pleinement fidèle à sa femme pendant sept ans... ce qui constitue une prouesse, considérant le milieu délétère de la Cour à cette époque.

En 1732, le cardinal de Fleury réussit à attacher le souverain à une première maîtresse, Louise-Julie de Nesles, comtesse de Mailly. L'année suivante, la sérénité du ménage royal est plus sévèrement affectée par la mort en bas âge de leur deuxième garçon, Philippe, duc d'Anjou.

Tout en virevoltant d'une maîtresse à l'autre, le jeune roi conserve néanmoins de l'amour à Marie Leszczynska jusqu'à la naissance de leur dixième et dernier enfant, dans la dixième année de leur mariage...

Mais la reine, dont la santé a été mise à mal par son dernier accouchement, doit temporairement se refuser à son époux. Timide autant que son époux, elle n'ose lui avouer ses raisons. Louis XV s'offusque de ce refus et s'éloigne d'elle.

La reine, épuisée par ses dix accouchements et plusieurs fausses couches, et lassée par les assiduités de son époux, s'accommode sans mal de cette séparation de fait... même si elle ne s'est jamais permis l'exclamation apocryphe qu'on lui prête : « Eh quoi, toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher » !

Le temps des favorites

Marie-Anne de Mailly-Nesle, marquise de La Tournelle, duchesse de Châteauroux (Paris, 5 octobre 1717 ; 8 décembre 1744), par Jean-Marc Nattier (1740, palais de Versailles)Dès lors se succèdent maintes favorites dans la couche du roi. Ce sont d'abord les quatre soeurs Mailly, issues de la bonne noblesse. Mais en 1744, à Metz, voilà que le jeune roi tombe gravement malade. Son confesseur en profite pour lui faire entrevoir les flammes de l'enfer.

Il consent à chasser sa maîtresse Marie-Anne de Mailly-Nesle, duchesse de Châteauroux, et se résout à une humiliante séance de repentir en public. Il promet qui plus est de construire en cas de guérison une église dédiée à sainte Geneviève... Ce sera le Panthéon

La guérison lui vaut un surcroît de popularité et le surnom de « Bien-Aimé ». Mais le roi n'en oublie pas moins ses promesses. Poussé par le désir de la chair et plus encore par le besoin d'une confidente, il tisse dès l'année suivante une liaison étroite avec la fille d'un financier, Jeanne Poisson.

Le scandale est d'autant plus grand à la Cour que la nouvelle élue est une roturière sans ascendance noble. Son royal amant lui octroiera le marquisat de Pompadour et elle usera de toute son intelligence pour rallier au roi le parti des « philosophes ». Elle soutiendra aussi le ministère Choiseul.

Maria Leszczyńska, d’après Jean-Baptiste van Loo, XVIIIe siècle, Stockholm, Nationalmuseum.Enfin, éloignée du lit royal par une méchante maladie dès 1750, elle pourvoiera le roi en jeunes filles faciles et de bonne famille dans l'hôtel particulier du Parc-aux-cerfs, à Versailles.

Peu après sa mort en 1764, le roi trouvera à se consoler avec une jeune femme délicate et fine issue des milieux interlopes et dont il fera la comtesse du Barry, qui fit tomber le même Choiseul.

La reine, morte le 24 juin 1768, n'aura pas eu à connaître les dernières frasques de son royal époux.


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Le Siècle des Lumières
Publié ou mis à jour le : 2022-10-15 16:04:15

 
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