12 juin 2025. Année après année, les instituts spécialisés annoncent de nouveaux « records » en matière de température atmosphérique, incendies de forêts, fontes de glaciers, submersions marines, etc. Ces « records » sont entrés dans la routine médiatique et le réchauffement climatique ne donne plus lieu à de grands débats politiques. Greta Thunberg elle-même ne tient plus cet enjeu pour prioritaire et rallie les opposants à la guerre à Gaza en attendant d’autres causes de circonstance.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a établi qu’en 2024, la température moyenne à la surface du globe a dépassé de 1,55 °C la moyenne de la période 1850-1900 (avec une marge d’incertitude de ±0,13°C).
Les dix dernières années ont été les plus chaudes depuis les premiers relevés climatiques, avec des effets inattendus comme le voile opaque qui a recouvert les sommets alpins dans les premiers jours de juin : il venait de l’arrivée à haute altitude des fumées épaisses induites par des incendies de forêts cataclysmiques… à l’extrême-ouest du Canada !
Qui se souvient que la jeune Suédoise avait en 2018-2019 jeté des millions de lycéens dans la rue en dénonçant l’inaction des États ? Aujourd’hui, la classe politique se défend d’être restée inactive et se tient pour satisfaite de ses premiers résultats en la matière.
Dans un rapport publié le 28 mai 2025, la Commission européenne écrit : « L'UE a déjà démontré que compétitivité, transition énergétique et action climatique peuvent aller de pair. En 2023, les émissions nettes de gaz à effet de serre étaient inférieures de 37 % à celles de 1990, tandis que le PIB de l'UE a progressé de 68 % sur la même période. Cette croissance est due à l'amélioration constante de l'efficacité énergétique, au déploiement des énergies renouvelables, aux nouvelles technologies et aux procédés industriels innovants. »
En France comme dans les autres États de l’Union européenne, la priorité est désormais donnée à l’amélioration du cadre de vie dans les métropoles : chasse aux particules fines, verdissement de la voirie, etc.
Atteints par une crise multifactorielle (industrie, agriculture, santé, éducation, sécurité, etc.), les citoyens commencent pour leur part à se lasser des contraintes coûteuses et anxiogènes liées à l’écologie et à la lutte contre le réchauffement climatique.
En quelques jours, du 26 au 30 mai, de nombreuses décisions freinant la transition écologique ont été ainsi actées par les députés français :
• Suppression des Zones à faibles émissions (ZFE) destinées à écarter des grandes villes les véhicules jugés trop polluants,
• Recul sur l'objectif « Zéro artificialisation nette », destiné à limiter la destruction de terres arables et de zones naturelles,
• Obstruction du débat sur la proposition de loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur dite loi Duplomb et réintroduction temporaire d’un néonicotinoïde banni depuis 2020,
• Relance du chantier de l'A69 (Castres-Toulouse) et des projets de méga-bassines, présumés « d’intérêt public majeur ».
Le gouvernement a également suspendu les aides à la rénovation des logements (MaPrimeRénov’), très coûteuses pour les finances publiques, avec des abus manifestes et des résultats qui restent à démontrer en matière de gains énergétiques. De son côté, la Cour des Comptes a mis sérieusement en doute les diagnostics de performance énergétique (DTE), aléatoires et en partie responsables de l’effondrement du marché immobilier.
Enfin, l'écrivain Alexandre Jardin, chef de file des #Gueux, appelle ce 12 juin 2025 à un débat parlementaire sur la 3e programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), un programme de construction d'éoliennes et parc photovoltaïques d'un montant de 300 milliards d'euros que le gouvernement se disposait à imposer en catimini, par décret.
Faut-il privilégier le pouvoir d’achat ou le bien-être de chacun ?
La majorité des Français demeurent néanmoins convaincus de l’utilité de préserver l’environnement, d’améliorer le cadre de vie ainsi que de lutter contre le réchauffement climatique ou du moins d’en prévenir les effets.
Simplement, la plupart doutent de la cohérence de l’action politique :
• L’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires tout en achetant massivement du gaz à la Russie pour pallier le fonctionnement intermittent de ses éoliennes,
• La Commission européenne a sommé les constructeurs automobiles européens de passer à l’électrique d’ici 2035 sans s’assurer de leur capacité à résister à la concurrence débridée de la Chine (note),
• Le gouvernement français a engagé de très coûteux programmes de rénovation énergétique des logements sans s’assurer de la pertinence des résultats au regard des frais engagés,
• Plus gravement, le même gouvernement envisage avec la 3e Programmation pluriannuelle de l'énergie (PP3) de financer l'importation et l'installation d'éoliennes et panneaux photovoltaïques au prix d'un doublement des factures d'électricité des ménages alors que la France a déjà une électricité très largement décarbonée grâce au nucléaire et aux barrages,
• Northvolt, pionnier européen des batteries électriques, a bénéficié d’investissements colossaux avant de faire faillite en mars 2025 faute d’avoir pu recruter assez d’ingénieurs et ouvriers pour satisfaire les commandes de ses clients ! financé par un doublement des factures mensuelles d'électricité ! Il rappelle avec justesse que la France n'a aucun besoin de cette PPE du fait d'une production d'électricité déjà entièrement décarbonée (nucléaire et hydroélectricité)...
Les résultats affichés par l’Union européenne en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent moins au développement des énergies renouvelables qu’à la désindustrialisation du Vieux Continent, à la délocalisation des productions manufacturières et aux efforts des entreprises pour limiter leurs dépenses d’énergie en 2022-2023, lors du pic d’inflation causé par la guerre en Ukraine.
Selon la base EDGAR, l’Union européenne (27 membres) fait partie des six plus gros émetteurs de gaz à effet de serre avec la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie et le Brésil. Au sein de cet ensemble, elle seule voit ses émissions se réduire d’année en année : elles constituaient 15% du total mondial en 1990 et seulement 6% en 2023 (environ 3 milliards de tonnes de CO? sur un total de 40 milliards).
La combustion de charbon continue de croître, même en Chine, en dépit des investissements colossaux de ce pays dans l’électrification et les énergies renouvelables… au mépris de l’environnement et de la santé.
De fait, les émissions mondiales de CO? liées aux énergies fossiles poursuivent leur croissance du fait de l’entrée année après année de nouvelles populations dans le mode de vie consumériste inauguré par les États-Unis il y a un siècle et diffusé dans toute la planète.
Il n’est pas sûr dans ces conditions que les efforts fiscaux et réglementaires demandés aux Européens aient une grande incidence sur le réchauffement climatique !
La « transition énergétique » comme l’envisagent les gouvernants et partis européens est vouée à l’échec dès lors qu’elle est subordonnée à des orientations en sens contraire, au prétexte d’augmenter le « pouvoir d’achat » et favoriser la « baisse des coûts » :
• Encourager par tous les moyens possibles (publicité, influenceurs, commerce en ligne, etc.) les ventes de biens futiles produits aux antipodes (fast fashion, gadgets, etc.),
• Privilégier les grandes structures (hypermarchés, métropoles) au détriment du commerce de proximité et des petites villes,
• Rendre la voiture indispensable à chacun et encourager les voyages aériens plutôt que favoriser la proximité,
• Subventionner l’agriculture intensive et industrielle au détriment d’une agriculture raisonnée économe en produits phytosanitaires,
• etc.
Ces orientations néfastes à l’environnement et au bien-être de chacun remontent peu ou prou à la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand, par une vision biaisée des théories de l’économiste John Maynard Keynes, on se convainquit que la prospérité nécessitait d’encourager la consommation de toutes les manières possibles.
On peut en voir les prémices dans la convention de Chicago du 7 décembre 1944 : les constructeurs d’avions américains, qui appréhendaient la baisse des commandes militaires avec la fin de la guerre, obtinrent une détaxation générale du kérosène afin de rendre les voyages en avion accessibles au plus grand nombre et sécuriser ainsi leurs profits.
Dans la dernière partie de mon essai : Le Climat et la vie, Manifeste pour une écologie globale, sous le titre « Embellir la vie », je développe très largement les alternatives au consumérisme qui ruine nos sociétés et nos existences à seule fin de faire remonter un maximum de profit vers une minorité de possédants.
Ces alternatives passent par des incitations fiscales et des mesures strictement libérales et non contraignantes : promotion de petites unités urbaines, standardisation de récipients consignés, concurrence équitable entre paysans et agro-industriels, etc. Y sommes-nous disposés ? Je n’en suis pas sûr tant sont séduisants les néons de la ville néolibérale.













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Voir les 13 commentaires sur cet article
Peko (16-11-2025 20:01:19)
Le seul gros inconvénient du CO2 pour le contribuable et pour les états c'est qu'il est taxable ! ceux qui encaissent les subventions écolos se frottent les mains.
DE RUNZ (16-11-2025 19:04:08)
article intéressant. On peut dialoguer à merci des profits, mais sans profits, aucune action. Je constate que la France avec son industrie nucléaire était en position de favoriser ses entreprises ... Lire la suite
Fran (16-11-2025 15:37:34)
Vous commencez à sérieusement me casser les pieds avec votre CO2. Ni polluant, ni "gaz à effet de serre". Renseignez-vous, si c'est encore possible de nos jours.