Ordres honorifiques et décorations - Les honneurs et la gloire - Herodote.net

Ordres honorifiques et décorations

Les honneurs et la gloire

La plupart des grands monarques ont eu à coeur, dès la fin du Moyen Âge, de s'assurer à moindre coût, par des distinctions purement honorifiques, le dévouement de leurs serviteurs.

Henri III préside à la fondation de l'Ordre du Saint Esprit le 31 décembre 1578 (musée de la Légion d'Honneur, Paris)
Un substitut à l'allégeance féodale

Aux alentours de l'An Mil, en Europe occidentale, le pouvoir monarchique se structure autour des liens de vassalité par lesquels les guerriers font serment de servir leur suzerain en toute exclusivité. Mais à la fin du Moyen Âge, au XIVe siècle, ces liens s’affaiblissent du fait des allégeances multiples. Certains seigneurs prennent prétexte de ce qu’ils ont prêté serment de vassalité à plusieurs suzerains pour n’obéir ni aux uns ni aux autres.

Pour s'attacher la noblesse, le roi Alphonse X de Castille et Léon crée en 1330 le premier « ordre de chevalerie » : l'ordre de la Bande (aujourd'hui disparu).

Les grands ordres de chevalerie

L'exemple espagnol est très vite repris par les autres souverains qui fondent à leur tour des ordres de chevalerie, avec des rituels et des attributs vestimentaires prestigieux ainsi que des grades, le plus haut étant celui de grand-maître de l'ordre, réservé au souverain, cela va de soi.

Ces ordres précipitent la fin de la féodalité et l'avènement des États modernes, leurs membres, honorés pour leurs mérites, n'ayant plus de motif d'obéir à d'autres suzerains que leur roi.

- L'ordre de la Jarretière :

Le 23 avril 1348, le jour de la Saint Georges, saint patron de l'Angleterre, le roi Édouard III fonde le « nobilissime ordre de la Jarretière » (en anglais : Most Noble Order of the Garter).  C’est le plus ancien ordre de chevalerie qui subsiste aujourd’hui. C’est l’un des ordres les plus fermés du monde avec depuis l’origine 25 titulaires plus le souverain, hors chefs d’État étrangers.

- L'ordre de la Toison d'Or :

Pour manifester son prestige et s'assurer l'allégeance de ses barons, qu'ils soient flamands, bourguignons ou autre, le duc de Bourgogne Philippe le Bon fonde l’ordre de la Toison d’Or le 10 janvier 1430 à Bruges, à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal.

Imité de l’ordre de la Jarretière, l'ordre est limité au début à 25 chevaliers. Depuis le règne de Philippe IV, au XVIIe siècle, il est porté à 61, tous Espagnols, auxquels s'ajoutent des étrangers en nombre restreint (une vingtaine).

Chapitre de l'Ordre de la Toison d'Or, le 30 novembre 1473 à Valenciennes sous la présidence de Charles le Téméraire (miniature médiévale)
- De l'ordre de Saint-Michel à l'ordre de Saint-Louis :

À l'imitation de son rival anglais, le roi de France Jean II le Bon fonde l’ordre de l’Étoile en 1350.

Un siècle plus tard, le 1er août 1469, Louis XI, désireux de rivaliser avec la Toison d'Or, fonde l’ordre et aimable compagnie de monsieur saint Michel. Son effectif est d'abord limité à 36 chevaliers, tous nobles bien entendu. Mais après Henri II, l’ordre se dévalue et devient le « collier à toutes les bêtes »Henri III corrige le tir avec l’ordre du Saint-Esprit.

Excédé par les dérives de l'ordre de Saint-Michel, Louis XIV le réforme en ramenant de plus d’un millier à cent le nombre de ses titulaires, obligatoirement nobles. Et pour la première fois, il réserve l’ordre à des personnes ayant démontré leurs mérites pendant au moins dix ans.

Le 5 avril 1693, à l'initiative de Vauban et du maréchal de Luxembourg, le Roi-Soleil crée aussi une distinction destinée aux militaires. Appelée ordre de Saint-Louis, elle récompense les combattants selon leur vaillance et non selon leur naissance. Son succès va inspirer à Napoléon Bonaparte la création de la Légion d'Honneur.

Première distribution de la Légion d'Honneur aux Invalides le 14 juillet 1804 (Jean-Baptiste Debret, châteaux de Versailles et Trianon)
- La Légion d’Honneur :

La Révolution française entraîne l'abolition des ordres de chevalerie, coupables d'instituer des inégalités entre les citoyens, à l'égal des institutions féodales. 

Mais avec le rétablissement de l'ordre, dix ans plus tard, le Premier Consul Napoléon Bonaparte ressent la nécessité de « hochets ». C'est ainsi qu'il fonde la Légion d'Honneur et remet les premiers insignes, le 14 juillet 1804.

Sous le Premier Empire, 48.000 personnes reçoivent la prestigieuse distinction, parmi lesquels seulement 1400 civils.

La chute de Napoléon et la restauration de la monarchie n'affectent pas la Légion d'Honneur. Victor Hugo la reçoit en 1825 alors qu'il n'a encore que 23 ans. Sous le Second Empire, elle est remise à sept femmes, dont le peintre Rosa Bonheur et plusieurs religieuses...

La Médaille Militaire

Le 22 janvier 1852, moins de deux mois après son coup d'État, le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte crée la Médaille Militaire. Il ne s'agit pas d'un ordre de chevalerie mais d'une simple décoration avec un seul grade.

La Médaille Militaire a été conférée à de grands chefs de guerre, y compris des étrangers comme Churchill ou le général américain Pershing. Elle est aujourd'hui portée par environ 200.000 personnes.

- L'ordre national du Mérite :

Le général de Gaulle crée le 16 novembre 1940, à Brazzaville, l'ordre de la Libération, pour honorer les authentiques combattants et résistants de la France Libre. Les nominations se sont interrompues naturellement à la fin du conflit. L'ordre aura de la sorte compté à peine plus d'un millier de « compagnons » au total.

Quand, plus tard, le général de Gaulle  fonde la Ve République, il s'inquiète de la banalisation de la Légion d'Honneur. Pour y remédier, il crée le 3 décembre 1963 l'ordre national du Mérite. Il remplace 13 décorations ministérielles, n'en laissant subsister que quatre : les Palmes académiques, le Mérite agricole, le Mérite maritime et les Arts et lettres. Aujourd'hui, il compte environ 200.000 titulaires (deux fois plus que de « légionnaires »).

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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