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Monuments du Grand Siècle

Le XVIIe siècle français est à jamais celui de Louis XIV et de la splendeur incarnée par l’incontournable château de Versailles. Cependant, bien d’autres édifices et constructions de cette époque parsèment le territoire et rappellent les transformations profondes du pays durant cette période. Herodote.net vous invite à les redécouvrir et à nous faire part de vos expériences.

Palais du Luxembourg. En agrandissement : le Château de Vaux-le-Vicomte.

On n’oubliera tout d’abord pas que le XVIIe siècle ne commence pas avec Louis XIV : le premier grand monument en est sans doute le palais du Luxembourg, voulu par Marie de Médicis qui en lance les travaux en 1615. Cependant, c’est bien la fin du XVIIe siècle qui marque le plus durablement l’architecture et le paysage français, avec d’abord Vaux-le-Vicomte, fatal à son propriétaire, puis évidemment Versailles. La diminution du nombre de touristes est d’ailleurs l’occasion de le redécouvrir, tant il paraît inabordable en période normale. 

Château de Parentignat. En agrandissement : le Château de Lunéville.Si Versailles a évidemment eu par la suite une influence profonde sur l’architecture, la crainte de subir le sort de Fouquet a fait qu’aucun noble ne s’est lancé dans des constructions rivalisant avec le modèle. Les imitations sont plutôt à chercher à l’étranger, mais on trouve plusieurs « petits Versailles », dont l’appellation est parfois flatteuse, et qui datent en réalité souvent du XVIIIe siècle. C’est le cas par exemple de Parentignat (Puy-de-Dôme), « petit Versailles d’Auvergne » pour l’écrivain Henri Pourrat, ou du « petit Versailles lorrain » de Lunéville, érigé sur les plans de Germain Boffrand, disciple de Jules Hardouin-Mansart pour Léopold Ier, duc de Lorraine.

Mentionnons aussi la petite ville de Valognes, au cœur de la presqu’île du Cotentin, volontiers qualifiée de « Versailles normand » en raison des nombreux hôtels particuliers érigés par la noblesse régionale, soucieuse de se mettre à l’abri des tempêtes côtières. Heureusement, la plupart de ces hôtels ont pu survivre à la tempête de feu déclenchée par le Débarquement du 6 juin 1944.

Forteresse de Condé-sur-l'Escaut. En agrandissement : la forteresse de Briançon.Plus que par les palais, c’est toutefois bien par les forteresses que Louis XIV a laissé sa marque sur tout le territoire, par le biais de Vauban. La liste de ses constructions donne le tournis. Besançon et Briançon font partie des plus fameuses, mais on peut en citer bien d’autres : elles sont bien sûr très nombreuses dans le nord de la France comme à Condé-sur-l’Escaut, Lille (« la reine des citadelles »), Calais, parmi d’autres. Ailleurs, on peut citer Concarneau, la presqu’île de Crozon, Saint-Martin-de-Ré, Blaye. 

Les travaux militaires modèlent parfois complètement le lieu, comme c’est le cas à Mont-Louis (Pyrénées-Orientales), minuscule commune fondée sur les plans de Vauban à l’intérieur d’un rempart situé sur une montagne à 1600 mètres d’altitude, surplombée par une forteresse encore utilisée aujourd’hui pour l’entraînement des commandos.

Plusieurs villes nouvelles sortent de terre au cours du siècle, comme celle de Sète (alors appelée Cette), construite à la demande de Louis XIV et de Colbert, avec Lorient (Morbihan) dont la Seconde guerre mondiale n’a laissé subsister aucun monument à l’exception de la magnifique forteresse de Port-Louis, à l’extrémité de la rade, et surtout Rochefort (Charente-Maritime) et son extraordinaire corderie, un bâtiment de 374 mètres de long ! 

Toujours à propos des villes nouvelles, un bref retour en arrière nous conduit vers une des expériences urbanistiques les plus étonnantes du XVIIe siècle, à savoir la ville de Richelieu (Indre-et-Loire), construite entre 1631 et 1642 à l’instigation du cardinal selon un plan orthogonal, autour de deux places principales. Largement abandonnée à la mort de son concepteur, elle a retrouvé une certaine activité par la suite mais est encore « baignée dans son jus ».

Les Invalides à Paris. En agrandissement : la Vieille Charité à Marseille.

Le XVIIe siècle est aussi celui de ce que Michel Foucault appelait le « Grand enfermement », avec ses asiles et hôpitaux. Deux réalisations se distinguent particulièrement : la plus célèbre est sans aucun doute les Invalides, un hôpital militaire qui, en plein Paris, rappelle la grandeur militaire de la France et le sacrifice de ses soldats. Dans un style différent, à Marseille, la Vieille Charité abritait les mendiants et vagabonds et on peine aujourd’hui, en contemplant ce chef d’œuvre de Pierre Puget transformé en lieu culturel branché, à imaginer les drames de la pauvreté qui ont pu s’y jouer.

On y pense moins, mais le XVIIe siècle fut aussi une époque importante pour l’histoire des transports. Si les routes ont depuis été refaites, les canaux marquent de leur empreinte le territoire et offrent des destinations touristiques de choix. La construction du canal de Briare, qui devait relier la Seine et la Loire et faciliter le ravitaillement des provinces, a été lancée par Sully en 1605 mais achevée seulement en 1642. Longtemps méconnu, il est aujourd’hui progressivement remis en valeur pour le tourisme. 

Canal de Briare. En agrandissement : le canal du Midi.Le canal du Midi, lui, n’a nul besoin de mise en lumière tant il est célèbre pour ses paysages paisibles et bucoliques qui font facilement oublier que sa construction répondait elle aussi à des objectifs économiques : c’est parce qu’il permettait de relier l’Atlantique et la Méditerranée, en privant ainsi les Espagnols des bénéfices de ce commerce, que Pierre-Paul Riquet est parvenu à faire accepter son projet au roi.

La maîtrise de l’eau est aussi une condition sine qua non pour l’une des réalisations les plus spectaculaires du roi soleil : les jardins de Versailles et ceux de Marly. C’est l’occasion de rappeler que le Grand Siècle est aussi celui des jardins : on pense par exemple à la terrasse de Saint-Germain en Laye ainsi qu’à d’autres grandes réalisations comme Chantilly, mais Le Nôtre et ses disciples ont aussi œuvré dans bien d’autres lieux comme le château de Cordès (Puy-de-Dôme) ou les Jardins de l’Evêché à Castres.

À côté de ces monuments, bien d’autres témoignages de l’époque parsèment le territoire, notamment des édifices religieux : le baroque vaut à cet égard mieux que la place réduite que l’histoire de l’art lui réserve, et les splendides églises et chapelles savoyardes ou corses, par exemple, rappellent que le Grand Siècle fut aussi une époque de spiritualité profonde.

Yann Coz

Publié ou mis à jour le : 2020-08-17 15:45:26

 
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