Les migrations en Europe

Jean-Paul Gourévitch (Acropole,  2007)

Les migrations en Europe

Les migrations en Europe (Acropole) est un ouvrage de référence bienvenu sur un sujet qui interpelle les historiens autant que les acteurs politiques. L'auteur, Jean-Paul Gourévitch nous offre un état des lieux très documenté, sans complaisance ni parti-pris. Il souligne d'abord la confusion liée au vocabulaire employé pour désigner les migrants et leurs descendants à une ou plusieurs générations: immigré/grant, étranger, Français par acquisition, Français de 1ère, nième génération...

Il souligne aussi et surtout les imprécisions souvent volontaires sur les statistiques et le refus persistant, en France, de tout recensement «ethnique» comme au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Contre-productive, la pudibonderie des responsables politiques à l'endroit de tout ce qui concerne les migrations nourrit les peurs et les extrémismes plutôt qu'elle ne les combat.

Il souligne enfin la diversité des motivations des émigrants : recherche d'un travail, regroupement familial, asile politique... et, de plus en plus, migration «de charme» de migrations étudiantes.

Dans l'accueil d'étudiants étrangers, «la France constitue un cas particulier, car si elle maintient son rang quantitativement depuis quelques années, elle accueille une majorité d'étudiants africains souvent peu qualifiés et manque de spécialistes de haut niveau venant des autres continents», écrit Jean-Paul Gourévitch (page 79). Ce mouvement migratoire touche l'Europe et l'Amérique du Nord (à peine 15% de la population mondiale) à l'exclusion du reste du monde, si l'on met à part quelques trafics de main-d'oeuvre dans les émirats du Golfe et des déplacements forcés en Afrique.

Comme le rappelle fort justement l'auteur, il prend son origine dans la brutale dépression démographique qui affecte l'Europe depuis un siècle : «Au début du XXe siècle, l'Europe représentait 25,4% de la population mondiale, juste derrière la Chine (26,8%). Au début du XXIe siècle, sa part est tombée à 11,9%, dépassée par la Chine (21,1%), l'Inde (16,8%), l'Asie musulmane (13,6%) et l'Afrique (13,1%). Les prévisions indiquent qu'à l'horizon 2025, elle se situera aux alentours de 9%, loin derrière quatre concentrations de population sensiblement équivalentes, l'Afrique,l'Inde, la Chine et l'Asie occidentale musulmane.»

Confrontés au problème de l'insertion des étrangers dans leur communauté, la plupart des pays d'accueil hésitent entre le modèle assimilationniste, longtemps considéré comme le seul vraiment républicain, et le principe du droit à la différence. Le terme d'intégration se veut un dépassement de cette alternative.

Jean-Paul Gourévitch ne craint pas d'aborder les coûts des migrations, un sujet explosif, embrouillé par des données lacunaires et parfois contradictoires, et conclut sur les défis à relever par les pays européens. Il nous rappelle cette formule du général de Gaulle : «De tous les investissements, ceux qui visent à accroître le nombre des enfants nous sont les plus nécessaires» (Mémoires de guerre).

Sa pertinence est démontrée par la corrélation que l'on observe encore aujourd'hui en Europe entre l'indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) et les dépenses sociales affectées à la famille.

Population et Avenir 681 Notons un numéro du bimestriel Population & Avenir sur L'Europe en 2030 avec ou sans migration ? et les statistiques ethniques du Royaume-Uni.

Se penchant sur l'Europe de 2030, Serge Feld (Université de Liège) compare deux scénarios selon que les migrations continuent au rythme actuel ou qu'elles cessent.

Il montre que les différences en terme de vieillissement seraient bien moins marquées qu'on ne le pense généralement.

Population & Avenir fait aussi état des premières statistiques «ethniques» en Grande-Bretagne, fondées sur pas moins de 16 catégories. D'où il apparaîtrait que le pays compterait 85,8% de «Blancs britanniques», 4,1% d'«autres Blancs»...

Dans le même numéro, le recteur Gérard-François Dumont, fondateur de la revue, montre que les budgets consacrés en Europe à la politique familiale expliquent - en partie du moins - les écarts de fécondité (jusqu'à 40%). Il confirme l'analyse ci-dessus de Jean-Paul Gourévitch.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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