Les jardins - Pour le plaisir des dieux, des rois et des hommes - Herodote.net

Les jardins

Pour le plaisir des dieux, des rois et des hommes

Le Potager, Pier de Crescenzi, Livre des prouffitz champestres et ruraulx, vers 1480-1485, Flandre (Bruges), BnF, Paris.« Il faut cultiver notre jardin », nous a enseigné Voltaire. Depuis des siècles, l'homme s'y emploie.

À la fois omniprésents et éphémères, sauvages et soumis, les jardins sont vite devenus une source d'agrément, voire de réflexion et d'expression artistique.

À l'heure où les zones construites ne cessent de s'étendre au détriment de la nature, remontons les siècles pour relire la riche histoire des jardins et comprendre l'amour que nous portons à ces coins de terre qui demandent tant de soins.

Isabelle Grégor
Des religions très fleuries

Intermédiaire entre la Terre et le ciel, symbole de la fertilité, le jardin est au cœur de nombre de mythes et religions. Création des dieux avant d'être celle des hommes, il est le chaos transformé en refuge, un lieu béni dédié au repos et au bonheur : c'est ainsi que le calme de l'enclos d'Alkinoos et de la roseraie du roi Midas permirent respectivement à Ulysse et Silène de retrouver quelques forces.

Mais le jardin est aussi un espace secret dont les coins et recoins peuvent dissimuler un trésor. L'envie est forcément grande d'aller y voir d'un peu plus près ! Et voici donc Héraclès parti explorer le verger des Hespérides pour s'emparer des fameuses pommes d'or. L'aventure se finira bien pour le héros, mieux en tout cas que pour Adam et Eve, également soumis à la tentation face à l'arbre de la Connaissance.

Dans la Genèse, l'Eden, le « Pays des Délices », est le lieu du commencement, auquel répond dans le Nouveau Testament le mont des Oliviers où Jésus se recueillit dans le domaine de Gethsémané avant son arrestation. Par la suite, la symbolique des fleurs poussera souvent les peintres à représenter la Vierge au cœur de splendides enclos.

Lucas Cranach l'Ancien, L'Âge d'or, vers 1530, Oslo, National Museum of Art.

La septième merveille du monde

Les Anciens ne s'y sont pas trompés lorsqu'ils ont inclus dans leur liste des merveilles de leur temps un bout de terre mésopotamien transformé en chef-d’œuvre : les jardins suspendus de Babylone, voulus au Ve s. av. J.-C. par Nabuchodonosor II pour son épouse, nostalgique de ses montagnes natales. Cette réalisation n'avait été rendue possible que grâce à une parfaite maîtrise de l'irrigation permettant de monter les eaux de l'Euphrate aux différentes terrasses.

Quinze siècles auparavant déjà, grâce au Nil, lotus et anémones étaient cultivés pour agrémenter les parcelles géométriques s'étendant aux abords des palais royaux. Faire éclore la vie et les couleurs dans des zones désertiques a toujours semblé un miracle, la création d'un monde plus beau, plus accueillant : le mot « paradis » ne vient-il pas d'ailleurs du persan Pairi-daeza utilisé pour désigner un lieu protégé par des murs ?

Alexandre le Grand se montra malheureusement peu sensible à ce charme lorsqu'il détruisit en grande partie les célèbres jardins de Persépolis où l'ennemi juré des Grecs, Darius Ier, aimait à chasser. Mais le conquérant ne put anéantir l'image du paradis ombragé qui allait rester dans les imaginaires.

Jardin, fresque de la tombe de Nebamun, Thèbes, 1400 av. J.-C.

Académie, vasques et pergolas

Dans la Grèce antique au sol aride, on préfère planter des oliveraies qui se transforment parfois en bois sacrés. C'est dans ce type de sanctuaires, renvoyés aux limites de la ville faute de place, que philosophes et savants aimaient à s'entretenir, sous les arbres de l'Académie de Platon ou du Lycée d'Aristote.

Les Romains s'emparent de l'idée du jardin public tout en développant les espaces privés fleuris, notamment grâce à l'arrivée de plantes orientales. Ils y multiplient les éléments décoratifs comme ces vasques destinées à attirer les oiseaux, incarnations des âmes des disparus. Mais les jardins n'étaient pas seulement dédiés à la contemplation et aux messages allégoriques : les puissants avaient bien compris qu'ils tenaient là un symbole de pouvoir politique.

À la suite de Lucullus, ils créent de magnifiques jardins qu'ils n'hésitent pas, comme César, à offrir au peuple. Néron, sur les ruines de Rome incendiée, puis Hadrien, dans sa magnifique villa de Tivoli, cherchèrent ainsi à recréer le locus amoenus (« lieu charmant ») si cher aux poètes...


Publié ou mis à jour le : 2016-04-29 22:35:49

 
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