D'où venons-nous ?

Les grandes aires génétiques dans le monde

Après avoir parcouru la grande histoire génétique de l’humanité,  nous nous proposons de passer en revue les grandes aires génétiques dans le monde. Ce survol apporte un éclairage inédit sur les grands mouvements de population depuis l’apparition de notre espèce il y a 300 000 ans. Il vient aussi confirmer les enseignements de l’Histoire : expansions démographiques, extinctions de populations, migrations et conquêtes.

Nous allons nous appuyer sur :
• L’ADN mitochondrial transmis uniquement par les femmes.
• L’ADN Y transmis uniquement par les hommes. Ceux-ci possèdent des groupes de gènes qu’on appelle des haplogroupes dont le niveau de mutation permet de remonter dans le temps pour déterminer l’origine de ces populations.
• L’ADN autosomal (commun aux deux sexes) viendra confirmer ou affiner ces constats sur les aires génétiques.

La mosaïque européenne

Commençons par l’Europe. Celle-ci est caractérisée par une aire mitochondriale assez homogène due essentiellement à deux migrations féminines : une première arrivée d’Homo Sapiens il y a 45000 ans a apporté l’haplogroupe U, puis l’expansion des premiers agriculteurs depuis le Proche Orient en 6000 avant J.-C.  a apporté l’haplogroupe H, devenu peu à peu majoritaire.

Cette homogénéité ne se retrouve pas sur l’ADN Y apporté par les hommes. Celui-ci témoigne d’une grande variété de peuplement.

L’Europe de l’Ouest :

Commençons par ce que j’appelle le « pôle occidental » qui couvre toute l’Europe de l’Ouest. Il est caractérisé par la prévalence de l’haplogroupe R1b apporté par les premiers Indo-Européens venus des steppes vers 2500 avant J.-C.   Sa proportion augmente d’est en ouest jusqu’à être maximale en Irlande.

La vigueur de ce pôle occidental depuis les Grandes Découvertes a contribué à diffuser le R1b dans de nombreux endroits du monde, notamment en Amérique, Australie, Nouvelle-Zélande, et Afrique du Sud.

Familles islandaises, vers 1900.

La Scandinavie :

La Scandinavie constitue un pôle génétique à part caractérisé par une forte présence de l’haplogroupe I venu des Balkans à la fin du paroxysme glaciaire, il y a 18000 ans. Celui-ci se mélange aux R1b et R1a qui correspondent tous deux à l’arrivée des Indo-Européens vers 2000 avant J.-C. , respectivement par le sud et par l’est.

Notons que les Islandais sont originaires d’Écosse et d’Irlande à près de 60% alors même qu’ils ont toujours fait partie du monde scandinave.

Le pôle « thraco-illyrien » :

Il existe un autre endroit où le vieil haplogroupe I entrevu en Scandinavie est resté majoritaire : c’est ce que j’ai appelé le « pôle thraco-illyrien » qui inclut les Slaves du Sud, les Hongrois et les Roumains.

Il se caractérise par un marqueur I2 distinct du marqueur I1 scandinave, ce qui confirme que ces deux pôles sont restés largement séparés depuis 18000 ans.

Ce marqueur est également bien implanté en Sardaigne qui forme comme une relique en Méditerranée Occidentale. Cet ensemble n’en reste pas moins hétérogène et se comporte comme un carrefour des haplogroupes.

Le pôle grec :

Le « pôle grec », qui s’étend aussi sur l’Albanie et le sud de l’Italie, se comporte aussi comme un carrefour.

Il est caractérisé par l’importance de l’haplogroupe E1b1b apporté par les premiers agriculteurs de la côte levantine vers 6500 avant J.-C. Il s’y ajoute l’haplogroupe J2 venu d’Anatolie vers 2000 avant J.-C. .

Le pôle « slave » :

Remontons plus au nord. La majeure partie de l’Europe Orientale correspond à ce que j’ai appelé le « pôle slave », même si les langues slaves y sont apparues bien plus tard.

Il correspond à la prévalence de l’haplogroupe R1a apparu vers la Biélorussie autour de 16000 avant J.-C. , combiné à de forts taux de l’haplogroupe I qui est tout aussi ancien.

Les langues indo-européennes ne se sont greffées à ce groupe que bien plus tard, vers 2500 avant J.-C. Cet événement a ensuite entraîné une expansion de ce groupe vers l’ouest et le sud. Beaucoup plus tard, l’expansion des Cosaques a étendu ce pôle génétique tout le long de la route transsibérienne à partir du XVIe siècle.

Famille Sami vers 1900. Les Samis sont un peuple autochtone d'une zone couvrant le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie(ou Laponie).  Agrandissement : Membres de l'ethnie Komi, peuple finno-ougrien de Russie.

Le pôle finno-ougrien :

Plus au nord se trouve le « pôle finno-ougrien » qui couvre le nord de la Russie, la Finlande et l’Estonie.

Ce pôle est, pour des raisons encore inconnues, caractérisé par la prévalence de l’haplogroupe N. Les porteurs de celui-ci sont venus vers 2000 avant J.-C.  du nord de l’Altaï, une grande chaîne de montagnes au cœur de l’Asie, entre Russie, Mongolie, Chine et Kazakhstan.  

L’haplogroupe N se combine au I et au R1a préexistants dans des proportions variables. Il est aussi caractéristique des Lapons qui subsistent dans le nord de la Scandinavie. Ceux-ci ont la particularité de porter l’haplogroupe mitochondrial V au lieu du H, originaire lui aussi du Proche-Orient, ce qui en fait un peuple singulier aux marges de l’aire européenne.

Le Croissant fertile et ses prolongements

L’Europe mais aussi l’Asie de l’Ouest et l’Afrique du Nord font partie d’une aire mitochondriale élargie intégrant tous les sous-clades (subdivisions) de l’haplogroupe R (dont le H et le U européens).

Cette aire est intimement liée à l’expansion démographique qui a suivi l’émergence de l’agriculture dans le Croissant fertile au Néolithique.

Arméniens dans leurs costumes nationaux en l'honneur de la visite du diplomate Fridtjof Nansen en Arménie, 1925. Agrandissement : Femmes kachkaï dans la province de Fars en Iran. Le kachkaï, une langue turque méridionale. Agrandissement :

Le pôle « turco-iranien » :

L ’unité féminine de l’Europe, attestée par l’ADN mitochondrial,  inclut l’ouest de la Turquie. Mais pour ce qui concerne l’ADN Y, cette région fait partie d’un vaste ensemble qui englobe l’Iran.

Le pôle « turco-iranien » est caractérisé par l’omniprésence de l’haplogroupe J2 originaire du sud des plateaux arméniens, qui s’est diffusé vers l’est et vers l’ouest lors de l’expansion des premiers éleveurs vers 6000 avant J.-C.

Ca englobe de nouveaux pôles sur l’ADN Y :
• Chez les Arméniens, l’haplogroupe R1b apporté par l’expansion indo-européenne est majoritaire aux côtés du J2.
• Chez les Géorgiens, c’est l’haplogroupe G venu du Croissant fertile qui côtoie le J2. C’est d’ailleurs le seul endroit du monde où le G subsiste de façon importante.

La péninsule arabique :

On va maintenant passer dans la péninsule arabique. Celle-ci est caractérisée par l’omniprésence de l’haplogroupe J1. C’est le cousin méridional du J2, apparu comme lui au nord-est du Croissant fertile, et lié lui aussi à l’expansion des premiers éleveurs. Il s’est ensuite diffusé vers le nord de l’Éthiopie où l’on parle également des langues sémitiques, puis beaucoup plus tard vers le Soudan lors de l’expansion de l’islam.

L’Afrique du nord :

Cela nous amène en Afrique du Nord où subsiste un pôle immense, celui du E1b1b originaire de l’Éthiopie. Il a descendu le Nil à la fin du paroxysme glaciaire vers 18 000 avant J.-C.  et correspond notamment à la racine des langues berbères et couchitiques. La langue berbère y est toutefois devenue marginale devant l’arabe suite à l’expansion de l’islam à partir du VIIe siècle.

L’Asie centrale :

Pour compléter notre aire génétique du Croissant fertile, il ne reste plus qu’à aller en Asie Centrale. Commençons par les Baloutches qui constituent un peuple à part avec un haplogroupe L dominant. Celui-ci est très ancien puisqu’il remonte sans doute à plus de 35 000 ans, et il est peut-être né sur place.

Près de la Caspienne, les Turkmènes forment un autre peuple singulier puisqu’ils portent majoritairement l’haplogroupe Q, sans doute venu de l’Altaï à la fin du paroxysme glaciaire vers 18000 avant J.-C.

Beaucoup plus massive est la vague indo-européenne venue du sud de l’Oural vers 2000 avant J.-C. , qui a apporté l’haplogroupe R1a dans une bonne part de l’Asie Centrale et de l’Inde. Il s’agit donc du même haplogroupe majoritaire qu’en Europe Orientale, mais il n’est pas associé à l’haplogroupe I typiquement européen.

Homme baloutche au Pakistan. Agrandissement : Enfants tamouls au Sri Lanka.En Inde notamment, l’haplogroupe R1a côtoie l’haplogroupe H né sur place il y a très longtemps, sans doute plus de 50 000 ans. Cet haplogroupe H est d’ailleurs majoritaire chez les Dravidiens (Télougous, Tamouls, etc.) qui sont des peuples bien antérieurs à l’arrivée des Indo-Européens.

Finalement, l’aire très vaste du R1a se divise naturellement en trois grands pôles. Ce que j’ai appelé le « pôle central » inclut les Pakistanais, les Afghans, les Tadjiks et les Ouzbeks, les Kirghizes et les Ouighours.

Plus au nord se trouvent les steppes immenses du Kazakhstan. Celles-ci sont dominées par l’haplogroupe C2 venu récemment de Mongolie à l’occasion de la grande migration turco-mongole amorcée par les Huns au IVe siècle de notre ère. Si on prend en compte les apports masculins et féminins, on voit que toute l’Asie Centrale se trouve à cheval entre l’influence génétique de l’Europe et celle de l’Asie.

Plus à l’est, l’héritage du Croissant Fertile disparaît complètement, ce qui explique que la génétique mitochondriale y est beaucoup plus variée.

En définitive, l’aire européenne est incluse dans l’aire du Croissant fertile qui est elle-même incluse dans une aire beaucoup plus vaste caractérisée par les macrogroupes M et N. Elle couvre le monde entier, sauf l’Afrique Subsaharienne qui est à part.

C’est lié au fait que toutes les populations d’Eurasie, d’Amérique et d’Océanie sont issues d’une sortie d’Afrique survenue il y a environ 70 000 ans. Ce goulot d’étranglement a créé une distinction nette entre ces deux grands groupes de population, qui se retrouve d’ailleurs au niveau de l’héritage de Néandertal : l’Humanité possède des gènes néandertaliens à des taux de 1 à 5% à l’exception notable des peuples subsahariens qui en sont démunis.

La césure d’il y a 70 000 ans environ nous conduit donc à distinguer deux grandes aires génétiques dans l’Ancien Monde : l’Afrique subsaharienne et l’Eurasie.

L’Asie de l’Est

On va maintenant poursuivre en Asie de l’Est en se concentrant sur l’ADN Y. La majeure partie de la région est couverte par l’haplogroupe O né en Chine il y a longtemps, sans doute près de 40 000 ans. Il s’agit d’une homogénéité remarquable qui illustre à la fois de profonds mélanges internes et un relatif isolement vis-à-vis du reste du continent.

Deux peuples se trouvent toutefois un peu à l’écart, les Japonais et les Tibétains. L’haplogroupe O s’y combine avec l’haplogroupe D qui est très ancien puisqu’il provient directement de la deuxième sortie d’Afrique, il y a 70 000 ans, et est arrivé il y a 65000 ans.

À l’inverse, le O y est assez récent, en lien avec l’influence chinoise : au Japon, cet apport génétique est survenu essentiellement au IIIe siècle depuis la Corée du Sud.

genetique-aire-tongouze-chinois.jpgPlus au nord, on retrouve un pôle « turco-mongol » basé sur l’haplogroupe C. Comme le D, il s’agit d’un haplogroupe arrivé en Mongolie il y a 65 000 ans peu après la sortie d’Afrique, avant de se rediffuser beaucoup plus tard vers le Kazakhstan. Il s’étendait autrefois jusque chez les Toungouses de Mandchourie avant que la colonisation des Chinois sous la dynastie Qing ne finisse par les remplacer largement.

La colonisation russe a eu le même effet sur toute une bande qui s’étend jusqu’au Pacifique. Les anciens autochtones de Sibérie ne subsistent plus qu’au nord dans des régions pratiquement inhabitées. C’est le cas des Evenks et des Evènes d’origine toungouse, mais aussi des Iakoutes qui correspondent à un pôle génétique à part : ils portent l’haplogroupe N venu de l’Altaï à une époque relativement récente, peut-être au XIIIe siècle.

Des Sibériens aux Précolombiens :

Avant l’arrivée des Russes, des Iakoutes et des Toungouses, les anciens peuples de Sibérie formaient un pôle génétique à part basé sur l’haplogroupe Q, venu de l’Altaï il y a plus de 24000 ans. Ce pôle est capital car c’est lui a engendré la quasi-totalité des Précolombiens en deux phases : franchissement du détroit de Béring il y a 24000 ans, puis fonte de la calotte qui a ouvert le reste du continent américain vers 14000 avant J.-C.  C’est là l’origine de la remarquable unité génétique des Précolombiens ou Amérindiens, et ce malgré la présence d’un peuplement plus ancien dont il ne reste aucune trace génétique.

Beaucoup plus tard, les Toungouses de Sibérie ont entraîné une deuxième vague à l’origine des peuples Na-Dene caractérisés par un mélange d’haplogroupes C et Q et encore présents en Alaska et dans le nord-ouest canadien.

La colonisation européenne à partir du XVIe siècle, couplée à l’effondrement démographique des Précolombiens, a toutefois remplacé l’haplogroupe Q par le R1b dans une grande partie de l’Amérique, sauf dans les Andes péruviennes, au sud du Mexique, dans l’extrême nord du Canada et au Groenland.

L’Australasie :

Le remplacement massif par les Européens a concerné aussi l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Avant leur arrivée, il y avait trois grands pôles génétiques en Océanie :
• En premier lieu celui des Austronésiens qui ont conquis les îles entre 1300 avant J.-C.  et 1200 après J.-C.  correspond à l’haplogroupe O typique de l’Asie. Il concerne la Nouvelle-Zélande, mais aussi les îles Hawai, la Polynésie et la Mélanésie.
• Il y a ensuite le pôle génétique des Papous, très particulier puisqu’il correspond à un mélange des haplogroupes M et S. Ils sont nés sur place à partir d’une vague venue d’Iran il y a environ 42000 ans et n’ont jamais quitté l’île.
• Il y a enfin les aborigènes d’Australie qui porte un mélange d’haplogroupes C1 et K. Le C1 est peut-être arrivé il y a 48000 ans à l’occasion de la première vague d’Homo Sapiens. Le K est à peine plus tardif et semble correspondre à la même vague que celle des Papous.

Le R1b de l’Europe Occidentale a remplacé ces anciens gènes en Australie et en Nouvelle-Zélande au cours des deux derniers siècles. La Nouvelle-Guinée reste le principal vestige des tout premiers peuplements.

Portraits asiatiques : illustration publiée dans Le Nordisk familjebok, encyclopédie suédoise, entre 1876 et 1957.

L’Afrique subsaharienne

Il reste à terminer par l’Afrique subsaharienne. Ses populations correspondent à une aire génétique distincte par la voie féminine, car elles sont antérieures à la deuxième sortie d’Afrique, il y a 70000 ans.

 Le macrogroupe L peut se subdiviser en un L0 très ancien qui domine toute l’Afrique australe, et d’autres sous-clades qui semblent avoir trouvé leur essor depuis le Cameroun il y a peut-être 100 000 ans.  C’est le sous-clade L3 de l’Éthiopie qui donnera naissance aux macrogroupes M et N sortis d’Afrique il y a 70 000 ans.

Passons maintenant à l’ADN Y transmis par les hommes. Les pôles génétiques y sont nettement plus récents, sauf à deux endroits : chez les Nilotiques du Sud-Soudan et chez les Khoïsans de l’Afrique Australe. Ces deux pôles sont marqués par l’haplogroupe A originaire du Cameroun et arrivé dans ces régions il y a peut-être 100 000 ans.

Autrefois, le A recouvrait toute l’Afrique, mais il a été largement écrasé par les migrations ultérieures, à commencer par des populations venues des Balkans qui se sont installées autour du lac Tchad peut-être vers 6500 avant J.-C.  Ce pôle tchadique est caractérisé par l’haplogroupe R1b comme l’Europe Occidentale, mais il s’agit d’un sous-clade très différent et largement antérieur à celui des Indo-Européens.

La majeure partie de l’Afrique subsaharienne est dominée par un autre haplogroupe, le E1b1a. Il est issu d’un groupe originaire de l’Éthiopie, mais qui s’est développé au niveau de l’Afrique Occidentale à partir de 35000 avant J.-C.

Beaucoup plus tard, la migration des Bantous liée à l’introduction de l’agriculture a fini par le transporter jusqu’en Afrique du Sud au cours du premier millénaire. C’est à cette époque que les Austronésiens venus d’Indonésie ont découvert Madagascar et entrepris son peuplement. Ils ont importé une abondante main d’œuvre africaine, ce qui a créé sur l’île un pôle très singulier basé sur un mélange du O asiatique et du E1b1a africain.

Finalement, l’arrivée des Européens à la pointe de l’Afrique à partir de la fin du XVIIe siècle a donné naissance à un dernier pôle où l’haplogroupe R1b occidental est majoritaire. On en arrive à la situation actuelle de l’Afrique Subsaharienne où prédomine un pôle génétique assez récent par la voie masculine combiné à un macrogroupe très ancien par la voie féminine.

Ainsi les apports récents de la génétique viennent-ils compléter ou valider les enseignements de l’Histoire.  Mais rien n’est heureusement figé et nous pouvons nous attendre à de nouvelles révélations dans les prochaines années et les prochaines décennies.

Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2023-10-27 16:44:56

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