1914-1918

Les femmes au travail dans la Grande Guerre

Si les femmes ont toujours travaillé, en tout cas à la campagne et dans les milieux populaires, le premier conflit mondial constitue néanmoins un moment particulier dans l’histoire du travail féminin : entre 1914 et 1918 en effet, les femmes ont remplacé « sur le champ du travail » les hommes partis combattre sur le front. Elles ont investi des domaines jusque-là majoritairement, voire exclusivement masculins, notamment les industries d’armement qui voient alors apparaître la célèbre figure de la munitionnette.

Ces remplaçantes fascinent tout autant qu’elles inquiètent : si cette main-d’œuvre féminine contribue au bon fonctionnement de l’arrière et se révèle donc indispensable à l’effort de guerre, ne faut-il pas avoir peur de l’inversion des rôles sexués qui semble s’opérer à la faveur de ce remplacement ? Cette crainte se renforce au cours des grandes grèves féminines du printemps 1917 : en cessant de fabriquer des obus, c’est tout le destin du pays que les ouvrières tiennent entre leurs mains.

Catherine Valenti

Affiche publiée en 1917 : le ramassage des pommes de terre dans le département de l'Oise. En agrandissement, des ouvrières peignent des obus de 75 mm dans un atelier de la fabrique, 31 mai 1917, Fort d’Aubervilliers, Seine-Saint-Denis, Ministère des Armées.

Femmes au travail pendant la guerre : des remplaçantes

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Rien qu'en France, plus de 3,7 millions d’hommes vont être appelés sous les drapeaux dès ce premier mois de guerre, désorganisant totalement l’économie : avec les nombreuses fermetures d’ateliers et de boutiques, ce sont 60% des emplois qui disparaissent du jour au lendemain.

La situation dans les campagnes est tout aussi critique, car les hommes sont mobilisés juste au début des moissons, moment le plus crucial de l’année dans cette France de petits exploitants agricoles, où 56% de la population est encore rurale en 1914, et où l’agriculture reste la principale activité économique.

Femmes aux champs en Auvergne pendant la Grande Guerre, carte postale. En agrandissement, femmes s'occupant des labours, Paris, BnF, Gallica.

Dès le 6 août 1914, deux jours seulement après que le président de la République Raymond Poincaré a enjoint les Français à mettre leurs divisions de côté pour se rassembler dans une « Union sacrée » indispensable à la victoire future, le président du Conseil René Viviani lance un appel solennel aux femmes françaises, les invitant à « remplacer sur le champ du travail ceux qui sont partis sur le champ de bataille ».

Appel aux Femmes Françaises lancé par le gouvernement de René Viviani le 6 août 1914 afin de mobiliser les femmes des campagnes pour assurer les moissons et les vendanges.Ce faisant, Viviani inaugure dès les premiers jours du conflit la mobilisation des femmes, parallèle à celle des hommes, différente par sa nature mais tout aussi nécessaire à l’effort de guerre. L’appel de Viviani s’adresse d’abord et avant tout aux paysannes : les hommes ayant massivement rejoint le front dès le 3 août, c’est aux femmes qu’il appartient de mener à bien la tâche cruciale de la moisson.

« Le départ pour l’armée de tous ceux qui peuvent porter les armes laisse les travaux des champs interrompus », s’inquiète Viviani ; la moisson est inachevée, alors que déjà se profile le temps des vendanges. Même si la guerre est censée être courte – on pense alors qu’elle durera quelques semaines tout au plus –, il faut rassurer les hommes partis combattre : « Préparez-vous à leur montrer demain la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! »

Répondant à l’appel du président du Conseil, les paysannes s’attellent dès le début du mois d’août 1914 aux corvées traditionnellement dévolues aux hommes, sortant ainsi de leur « domaine réservé », celui de la ferme et de tout ce qui s’y attache : entretien de la maison, nourriture des hommes et des animaux de basse-cour.

Le labeur des paysannes est rendu d’autant plus difficile que les animaux ont été réquisitionnés au même titre que les hommes : les quelques photos d’époque qui témoignent de cette moisson si particulière de l’été 1914 montrent ainsi des femmes directement attelées à la charrue, remplaçant non seulement les hommes, mais aussi les animaux de trait.

Les moissons sans animaux, cartes postales.

Les premières lettres des soldats font état de leur inquiétude : les femmes sauront-elles mener à bien ces lourds travaux qui nécessitent de la force physique dont elles sont en théorie dépourvue ? Les femmes s’y attellent sans regimber, conscientes que leur investissement participe de l’effort patriotique : René Viviani n’a-t-il pas affirmé qu’en ces heures graves où la patrie est menacée, il n’y a pas « de labeur infime », et que « tout est grand qui sert le pays » ?

La Française en temps de guerre, affiche de G. Capon, Washington, Library of Congress. En agrandissement, conductrice de tramway à Toulouse en 1914-1918, Paris, BnF.Mais l’absence des hommes ne se fait pas seulement sentir à la campagne : c’est aussi tout le secteur du commerce et des services qui pâtit de la mobilisation masculine. Tout comme les paysannes, les femmes de petits commerçants et artisans prennent elles aussi le relais de leurs maris, s’initiant à des missions autres que celles qui leur étaient habituellement dévolues – essentiellement la vente, éventuellement la comptabilité – pour faire tourner la petite entreprise familiale.

À l’arrière, de façon générale, les emplois désertés par les hommes, bien malgré eux, sont progressivement investis par les femmes, qui deviennent ainsi factrices, livreuses, gardes-champêtres, boulangères – fabricant le pain et ne se contentant plus de le vendre – ou encore conductrices de tramways : dans un article du 14 mai 1916, Le Figaro, évoquant « la conduite par des femmes de nos tramways parisiens », s’extasie devant « la souplesse avec laquelle nos femmes françaises s’ingénient à suppléer à la main-d’œuvre masculine si atteinte par les nécessités de la guerre ».

Le rôle des femmes pendant la Grande Guerre, Carte postale de 1915. Agrandissement : Le 1er juin 1917, dans le 10ème arrondissement de Paris, les premières factrices sortent du bureau de poste pour aller distribuer le courrier, Paris, BnF, Gallica.

Dans l’enseignement, les institutrices remplacent les instituteurs, dont la moitié sont mobilisés, tandis que pour la première fois, des femmes vont professer dans des lycées de garçons.

Le petit Journal illusré, 26 novembre 1916. En agrandissement, Mesure des obus, dessin de Tony Minartz, 1916, musée de Reims.Il est un domaine cependant où cette inversion des rôles traditionnels est perçue comme une véritable révolution : celui des industries d’armement. Les femmes françaises n’ont pas tout de suite été sollicitées pour venir travailler dans les usines de guerre : dans les premiers mois de conflit, on espère encore que la guerre sera courte et que l’industrie française produira suffisamment de canons et d’obus pour venir facilement à bout de l’ennemi.

C’est quand la guerre s’installe dans la durée, à partir de fin de 1914 et du début de l’année 1915, que se fait jour la nécessité de mobiliser toute l’économie et de faire tourner à plein régime les usines de métallurgie et d’armement. Le recours aux femmes n’est pas immédiat toutefois, car il implique une transgression des genres : il y a traditionnellement dans l’industrie des secteurs « masculins » – justement la métallurgie et l’armement – et des secteurs « féminins » tels le textile ou l’agro-alimentaire.

Dans un premier temps, des ouvriers donc sont mobilisés « sur place », secondés par des travailleurs coloniaux – en particulier des Indochinois, considérés comme peu aptes au combat et donc employés à l’arrière plutôt qu’au front. Mais cela ne suffit pas ; aussi en 1915 paraissent les premières circulaires ministérielles incitant les industriels à recourir à de la main-d’œuvre féminine : ainsi est née la « munitionnette ».

La fabrication de masques à gaz Michelin (1915), bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole.

Indispensable à l’effort de guerre, le travail des munitionnettes est particulièrement pénible, ainsi que le soulignent alors nombre d’observateurs. L’ouvrière qui travaille dans les usines d’armement étant une figure nouvelle, elle intrigue et suscite la curiosité, et de nombreux reportages lui sont consacrés.

La munitionnette est donc une manière d’héroïne – le général Joffre lui-même n’a-t-il pas déclaré dès 1915 que « si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre » ? Mais si on admire en général ces ouvrières, on a pu aussi en avoir peur, notamment au moment des grandes grèves de mai-juin 1917.

Chaque jour, soulever 5 000 fois 7 kilos

Entre novembre 1917 et janvier 1918, la journaliste féministe Marcelle Capy se fait embaucher anonymement dans une usine d’armement, et en ramène un reportage paru dans le magazine La Voix des femmes où elle raconte le quotidien des munitionnettes :
Munitionnettes fabricant des obus, Le travail des femmes autrefois, Roger Colombier, éd. l'Harmattan, 2012.« L'ouvrière, toujours debout, saisit l'obus, le porte sur l'appareil dont elle soulève la partie supérieure. L'engin en place, elle abaisse cette partie, vérifie les dimensions (c'est le but de l'opération), relève la cloche, prend l'obus et le dépose à gauche. Chaque obus pèse 7 kg. En temps de production normale, 2 500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg. Au bout de ¾ d'heure, je me suis avouée vaincue. J'ai vu ma compagne toute frêle, toute jeune, toute gentille dans son grand tablier noir, poursuivre sa besogne. Elle est à la cloche depuis un an. 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a donc soulevé un fardeau de 7 millions de kilos. Arrivée fraîche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée. Je la regarde avec stupeur et ces mots résonnent dans ma tête : 35 000 kg. »

Munitionnettes fabricant des obus, Le travail des femmes autrefois, Roger Colombier, éd. l'Harmattan, 2012.

Ouvrières en grève : le tournant de 1917

Certains contemporains n’ont pas manqué de s’effrayer de l’apparente féminisation de l’arrière, voire de l’inversion des rôles sexués dont elle paraissait témoigner. Le travail féminin, et notamment le remplacement des hommes dans certains secteurs qui n’étaient pas ou peu féminisés avant la guerre, est donc un facteur d’angoisse. Aussi cherche-t-on à tout prix à se rassurer, et la presse en particulier s’efforce de minimiser le bouleversement que constitue la figure de l’ouvrière employée en usine de guerre.

Les munitionnettes à la Une de l'Excelsior.Le terme même de « munitionnette », inventé pendant le conflit, est un mot qui se veut rassurant, avec son suffixe diminutif qui renvoie à la féminité. La façon dont les journaux de l’époque décrivent ces ouvrières d’un genre particulier est également significative : les munitionnettes « tricotent des munitions », elles « enfilent les obus comme des perles », etc. : ce sont là autant de métaphores qui renvoient les femmes à leurs activités traditionnelles, comme les travaux de couture, ou à leurs attributs spécifiques, avec l’assimilation des armes à des bijoux.

Conscientes de leur importance stratégique dans l’effort de guerre, les munitionnettes se sentent en position de force pour faire valoir leurs droits, face à des patrons qui souvent déduisent de leurs salaires les coûts engagés pour adapter les usines à la production massive d’obus et de munitions.

Si des mouvements de mauvaise humeur se manifestent de façon sporadique au cours de l’hiver 1916-1917, c’est au printemps 1917 qu’éclate un mouvement social de grande ampleur, mené principalement par des femmes. Celles-ci, en première ligne, ont sans doute moins à perdre que leurs homologues masculins. Les hommes qui travaillent dans les usines de guerre sont en effet des « affectés spéciaux », ouvriers mobilisés sur place qui échappent ainsi à l’enfer des tranchées : plus souvent qu’à leur tour qualifiés d’embusqués, ils ont tout intérêt à rester discrets.

Les grèves de la première moitié de l’année 1917 sont ainsi surprenantes à plus d’un titre : essentiellement féminines, elles n’ont absolument pas été anticipées par les syndicats, traditionnellement peu enclins à soutenir les revendications portées par les femmes ouvrières, ces dernières étant par ailleurs beaucoup moins syndiquées que les hommes.

Les Midinettes : Une du journal Les Hommes du jour, 26 mai 1917. En agrandissement, la une Sur le Vif, 2 juin 1917.De plus, la CGT, principal syndicat français, s’est ralliée en 1914 à l’Union sacrée, et son secrétaire général Léon Jouhaux travaille en bonne entente avec le ministre de l’Intérieur Louis-Jean Malvy afin de maintenir la paix sociale tant que durera la guerre.

Gouvernement et syndicats sont donc pris au dépourvu par ces grèves de femmes, qui surgissent dans un contexte bien particulier, celui de la flambée des prix qui se produit au printemps 1917 : la « vie chère » devient la principale préoccupation des classes populaires, et en particulier des femmes qui en tant que mères de famille sont concernées au premier chef par l’augmentation du prix des produits de première nécessité.

Le mouvement social qui éclate au mois de mai 1917 est donc totalement spontané et n’a été précédé par aucun signe avant-coureur : aussi n’a-t-il pas été possible de le désamorcer en amont, comme cela avait été le cas jusque-là.

Les grèves toutefois ne débutent pas dans le milieu des munitionnettes, mais dans celui des « midinettes », ces ouvrières de la couture qui peinent à subsister avec leur maigre salaire : les petites apprenties couturières gagnent à peine un franc par jour, ce qui en 1917 leur offre seulement la possibilité d’acheter un litre de lait ; les ouvrières plus aguerries ne sont guère mieux loties, le salaire des plus anciennes culminant à 5 francs par jour à peine.

La grève des midinettes : devant et à l'intérieur de la Bourse du Travail, Agence Meurisse, Paris, BnF, Gallica.

Le débrayage qui débute le 11 mai 1917 dans l’atelier Jenny à Paris – un atelier de couture situé sur les Champs-Elysées – est donc essentiellement motivé par des revendications salariales ; les couturières réclament également l’adoption de la « semaine anglaise », c’est-à-dire le samedi après-midi chômé mais avec maintien de la rémunération, comme cela existe en Grande-Bretagne.

Quand les midinettes de chez Jenny, particulièrement élégantes avec leurs grands chapeaux et leurs belles robes noires, descendent dans la rue, elles suscitent aussitôt la sympathie des passants. Le mouvement fait rapidement tache d’huile, et d’autres maisons de couture de la capitale rejoignent les ouvrières de l’atelier Jenny.

Les midinettes en grève, Agence Rol, Gallica. En agrandissement, la Maison Paquin gardée par la police, Agence Meurisse, Paris, BnF, Gallica.

Dans les jours qui suivent, la province est touchée à son tour, et d’autres secteurs entrent dans la danse : dans la seconde moitié du mois de mai, ce ne sont pas moins de soixante-treize secteurs d’activité qui sont concernés, tous liés dans un premier temps au secteur de l’habillement, pour un total de près de 100 000 grévistes à Paris, 300 000 en province, essentiellement des femmes.

Les cessations de travail ne durent souvent que quelques jours, mais quand certaines ouvrières reprennent le travail, d’autres débrayent à leur tour : ainsi, si la grève n’est pas générale, elle est en tout cas généralisée à l’échelle du pays tout entier. Presque entièrement féminins, les cortèges sont joyeux, les femmes chantent en se tenant par le bras ; même si la police est présente, l’ambiance reste bon enfant dans ces défilés rythmés par les slogans des ouvrières : « On s’en fout/On aura la semaine anglaise/On s’en fout/ On aura nos vingt sous ! »

Isaac Israëls, Couturière de la maison Paquin, vers 1904. En agrandissement, les employées de la Société Générale réunies place de l’Opéra avant de se diriger vers la Bourse du Travail, l'Excelsior, 26 mai 1917.

Dans l’œil de la presse

Les grèves de midinettes sont d’abord accueillies avec une certaine indulgence. Au départ, en effet, l’opinion est plutôt favorable aux femmes, même si ce soutien ne manque sans doute pas d’une certaine condescendance.
L’élégance des grévistes est en général louée, ainsi dans le journal L’Éclair qui souligne « la grâce et le chic » des ouvrières en grève, tandis que Le Journal du peuple salue leurs sourires et leur charme : pour être des manifestantes, les midinettes n’en restent pas moins des femmes. Certains journalistes vont même jusqu’à reconnaître la justesse de leur cause. « Il ne faut pas médire des midinettes », enjoint ainsi le 26 mai 1917 un article de L’Ouest-Éclair, car ce n’est pas parce qu’elles sont fraîches et pimpantes que leur vie est pour autant facile : « Rire et chanter ne les préserve pas de souffrir, d’avoir faim et de se courber, parfois, sous la peine. Il ne faut pas médire de leur grève. »

Ces jeunes femmes avenantes, employées dans le domaine de la couture et du vêtement, ne transgressent pas l’appartenance de genre même quand elles cessent le travail. Mais tout bascule brusquement à la toute fin du mois de mai 1917, plus précisément le 29 mai, au moment où les ouvrières des usines de guerre rejoignent le mouvement.

Avec l’arrivée des munitionnettes en effet, les grèves prennent une tout autre tournure. L’opinion publique comme la presse s’effraient dorénavant de ce qui apparaît comme « un coup de poignard dans le dos » vis-à-vis des hommes qui se battent : comment les pauvres poilus pourront-ils poursuivre le combat si à l’arrière les femmes ne travaillent plus et cessent de fabriquer les indispensables obus et munitions ?

D’autant plus qu’avec l’entrée en lice des munitionnettes, l’atmosphère des cortèges féminins ne tarde pas à changer. Des drapeaux rouges surgissent, tandis que les slogans se politisent nettement : les manifestantes ne réclament pas seulement des augmentations de salaires, mais crient aussi « À bas la guerre ! », « Vive la grève ! » ou encore « Rendez-nous nos maris ! », autant de slogans faisant écho à ceux des mutineries qui éclatent au même moment sur le front.

Confection pour l’armée, atelier de couture à la machine, 1917, Gallica. En agrandissement, grèves des ouvrières le 18 mai 1917, Agence Rol, Paris, BnF, Gallica.

L’année 1917 est en effet une année charnière du premier conflit mondial, au cours de laquelle le pacifisme, longtemps étouffé par les nécessités de l’effort de guerre et de la défense de la patrie, manifeste les premiers signes de sa renaissance.

Les pouvoirs publics se doivent de réagir pour juguler l’incendie naissant. Dans le courant du mois de mai, au moment des grèves de midinettes, le ministre de l’Intérieur avait déjà poussé le président de la Chambre syndicale de la couture à engager des négociations. Le 19 mai, celui-ci avait accepté une augmentation salariale de 0,75 franc pour toutes les employées de son secteur, ainsi que le principe de la fameuse « semaine anglaise », mais il avait été désavoué par ses collègues.

À partir de l’entrée en grève des munitionnettes, le gouvernement prend directement les choses en main : le 11 juin 1917, le ministre de l’Intérieur Malvy publie un décret qui permet l’instauration de délégués du personnel dans chaque entreprise, tandis que le même jour, la Chambre des députés adopte la « semaine anglaise » dans le secteur des industries du vêtement.

Dans les jours qui suivent, une série de mesures vient améliorer les conditions de travail des munitionnettes, avec notamment la mise en place dans les usines de « chambres d’allaitement » où les jeunes travailleuses peuvent laisser leurs nourrissons pendant la journée, ainsi que de coopératives où les ouvrières pourront acheter à bas prix des produits de première nécessité ; par ailleurs, des conventions collectives sont votées, qui prévoient l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes.

Ces mesures permettent de ramener rapidement la paix sociale. Le retour au travail est effectif dès la mi-juin, y compris dans les usines d’armement qui se remettent à tourner à plein régime. L’orage semble passé, et la population ouvrière féminine à nouveau mobilisée pour soutenir le dur combat des poilus.

Parmi les minoritaires pacifistes de la CGT, quelques-uns sont déçus de ce retour à la normale, et du fait que les femmes grévistes soient aussi rapidement rentrées dans le rang. « Ces dames, après avoir abandonné les obus pour la poudre de riz sont retournées aux obus », déplore un syndicaliste, tandis que Raymond Péricat, membre de la CGT, stigmatise la courte vue des ouvrières, trop focalisées selon lui sur les revendications salariales : « Comment effacer ces mots avilissants pour notre syndicalisme de guerre : Salaires ! Salaires ! Salaires ! »

Après la flambée sociale du printemps 1917, les ouvrières rentrent dans le rang et poursuivent leur participation à l’effort de guerre, jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918 qui les renverra dans leurs foyers.

[Lire la suite : Après l'Armistice, les femmes vont-elles rentrer à la maison ?]

Publié ou mis à jour le : 2021-03-07 12:34:59

 
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