Winston Churchill

Les bons mots du « Vieux Lion »

Né de mère américaine, Winston Churchill est « 50% Américain mais 100% Anglais » par son humour et ses réparties.

Écrivain prolixe, il a bâti sa popularité sur ses talents de journaliste de guerre et bien mérité, en fin de vie, le prix Nobel de littérature. Peu porté sur les études mais doté d'une mémoire aussi phénoménale que sa soif, il a aussi su tirer parti de ses lectures...

Winston Churchill et son cigare (30 novembre 1874, palais de Blenheim -  24 janvier 1965, Londres)

Ainsi, sa formule la plus célèbre : « Je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur » (« I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat »), que l'on retiendrait si l'on ne devait en retenir qu'une, n'est-elle pas de lui ! Il prononça ces mots saisissants devant le Parlement, le 13 mai 1940, trois jours après l'invasion de la France par la Wehrmacht et sa nomination au poste de Premier ministre du Royaume Uni. En fin connaisseur de l'Histoire, il les a empruntés au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi, qui les a prononcés pour la première fois à Rome, le 2 juillet 1849, devant ses Chemises rouges.

Le 4 juin 1940, c'est à Clemenceau que Churchill fait cette fois un emprunt (« Nous nous battrons sur la Loire, nous nous battrons sur la Garonne, dans les Pyrénées, etc. ». Il déclare alors devant les Communes, quand le risque d'une invasion est plus grand que jamais : « Nous combattrons sur les plages, nous combattrons sur les terrains d'atterrissage, nous combattrons dans les champs et dans les rues, nous combattrons dans les montagnes ; nous ne nous rendrons jamais » (« We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills ; we shall never surrender »)...

S'étant assis, Churchill murmure à l'oreille de son voisin de banc : « Et nous nous battrons avec des tessons de bouteille, parce que c’est fichtrement tout ce que nous avons ! »

Mais ce détachement ne dure pas.

Deux semaines après, le 18 juin 1940, alors que la France connaît un désastre inouï et qu'un général français inconnu lance un appel à ses concitoyens sur les ondes de la BBC, le Premier ministre Winston Churchill adresse aux Communes l'un de ses plus beaux discours, un discours mobilisateur dont il a le secret avec cette conclusion : « Ce que le général Weygand a appelé la Bataille de France est fini. C'est maintenant à mon avis la Bataille d'Angleterre qui va commencer. De cette bataille dépend la survie de la civilisation chrétienne. D'elle dépend notre existence de Britanniques et la survie de nos institutions et de notre Empire. Toute la furie de l'ennemi doit bientôt se retourner contre nous. Hitler sait qu'il devra nous écraser sur cette île ou perdre la guerre. Si nous lui résistons, toute l'Europe sera libérée et la vie du monde pourra reprendre son cours vers des horizons radieux. Mais si nous échouons, alors le monde entier, y compris les États-Unis, y compris tout ce que nous avons connu et chéri, sombrera dans les abysses d'un nouvel Âge des Ténèbres rendu plus sinistre, et peut-être plus durable, par les feux d'une science pervertie. Fortifions nos coeurs et faisons en sorte que, si l'Empire britannique et le Commonwealth durent mille ans, les hommes diront néanmoins toujours : Ce fut leur plus belle heure »
(« What General Weygand called the Battle of France is over. I expect that the Battle of Britain is about to begin. Upon this battle depends the survival of Christian civilization. Upon it depends our own British life, and the long continuity of our institutions and our Empire. The whole fury and might of the enemy must very soon be turned on us. Hitler knows that he will have to break us in this Island or lose the war. If we can stand up to him, all Europe may be free and the life of the world may move forward into broad, sunlit uplands. But if we fail, then the whole world, including the United States, including all that we have known and cared for, will sink into the abyss of a new Dark Age made more sinister, and perhaps more protracted, by the lights of perverted science. Let us therefore brace ourselves to our duties, and so bear ourselves that, if the British Empire and its Commonwealth last for a thousand years, men will still say, "This was their finest hour" »).

Enfin, le 20 août 1940, il trouve les mots justes pour remercier la poignée de pilotes de la Royal Air Force qui ont repoussé les attaques de la Luftwaffe allemande et préservé l'Angleterre d'une invasion qui eut été fatale à la liberté en Europe : « Jamais, dans l'histoire des guerres, un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre » (« Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few »).

Le 10 novembre 1942, à la suite de la victoire d'El-Alamein, il déclare : « Ceci n'est pas la fin, ni même le commencement de la fin, mais c'est peut-être la fin du commencement » (« Now this is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning »).

Dans ses Mémoires de guerre, il notera : « Avant Alamein, nous n'eumes jamais de victoire. Après Alamein, nous n'eumes jamais de défaite » (« Before Alamein we never had a victory. After Alamein we never had a defeat »).

À la veille du débarquement de Normandie, Churchill a un entretien orageux avec le général de Gaulle, chef de la France libre. Il lui dit à cette occasion : « Sachez-le, général ! Chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu'il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai Roosevelt ».

Ce principe allait guider les dirigeants britanniques jusqu'à nos jours. Ne soyons pas surpris qu'ils prennent leurs distances à l'égard de l'Europe de Bruxelles, n'adhérant plus que pour la forme à l'Union européenne.

Après la guerre, renvoyé du gouvernement par les électeurs, Churchill ne perd rien de sa verve ni de son sens visionnaire. Au sujet de Clement Attlee, son successeur au poste de Premier ministre, il dit méchamment : « Une voiture vide s'arrête devant Downing Street, et Clement Attlee en descend... ».

Reprenant son bâton de pèlerin, à 72 ans, il met en garde le monde contre le danger d'une confrontation avec l'URSS. Le 5 mars 1946, à Fulton, il prononce un discours célèbre où il emploie pour la première fois en public l'expression « rideau de fer » et appelle à la constitution d'un front des démocraties ; ce sera l'OTAN : « De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent » (« A shadow has fallen upon the scenes so lately lighted by the Allied victory.... From Stettin in the Baltic to Trieste in the Adriatic, an iron curtain has descended across the Continent »).

Le 19 septembre 1946, à l'Université de Zurich, Churchill appelle de ses vœux les États-Unis d'Europe, sur la base d'une réconciliation franco-allemande : « Je vais vous dire une chose qui va vous étonner : la première étape de la reconstitution d’une famille de nations européennes doit être l’avènement d’une entente franco-allemande. C’est seulement ainsi que la France pourra exercer à nouveau son autorité morale sur l’Europe. Et l’Europe ne saurait se reconstituer sans le rayonnement spirituel de la France et de l’Allemagne (...).
Si nous voulons créer les États-Unis d'Europe, ou quelque nom qu'on leur donne, il nous faut commencer maintenant (...).
Il faut que notre but permanent soit d'accroître et de renforcer la puissance de l'Organisation des nations unies. Il nous faut re-créer la famille européenne en la dotant d'une structure régionale placée sous cette organisation mondiale, et cette famille pourra alors s'appeler les États-Unis d'Europe. Le premier pas pratique dans cette voie prendra la forme d'un Conseil de l'Europe. »

Par son intervention, le « Vieux Lion » relance avec éclat le rêve d'Aristide Briand et Gustav Stresemann. Il prône une fédération de l'Europe occidentale non-communiste conduite par la France et l'Allemagne mais se garde d'y associer la Grande-Bretagne. « Nous autres Britanniques, nous avons le Commonwealth », prend-il soin de préciser...

Churchill à Zurich le 19 septembre 1946

Un visionnaire souvent dans l'erreur

On se souvient qu'avant la guerre, en 1938, Churchill avait lancé à la Chambre des Communes, après la signature des accords de Munich, à l'adresse du Premier ministre Neville Chamberlain : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre » (« You were given the choice between war and dishonor. You chose dishonor, and you will have war »).

Mais si visionnaire qu'il fut, il commit aussi maintes erreurs de jugement. Son partenaire américain, le président Franklin D. Rossevelt, l'avait bien entrevu : « Churchill a cent idées par jour, dont quatre seulement sont bonnes... mais il ne sait jamais lesquelles ! ». L'apprenant, le Premier ministre aurait rétorqué, non sans mauvaise foi : « Le Président a tort de dire cela. Lui, il n'en a jamais ».

Lui-même pratiquait (rarement) l'auto-dérision : « On dit de moi que j'ai été le pire ministre des Finances que l'Angleterre ait jamais connu... et on a eu raison », dit-il, faisant allusion à sa malvenue réévaluation de la livre en 1925.

Vétéran des guerres de l'Empire, il ne comprit pas l'évolution des Indes vers l'autonomie, voire l'indépendance. Le 18 mars 1931, au Royal Albert Hall, alors qu'il est dans l'opposition parlementaire, il déclare : « Les Indes sont une abstraction... Les Indes n'ont pas plus de personnalité politique que l'Europe. Les Indes sont une expression géographique. Ce n'est pas plus une nation que l'Équateur » (« India is an abstraction.... India is no more a political personality than Europe. India is a geographical term. It is no more a united nation than the Equator »).

En 1930, alors que le Mahatma Gandhi est reçu par le vice-roi après une campagne de désobéissance civile, Churchill, député de l'opposition, ironise :
« Il est affligeant de voir Mr. Gandhi se donner des airs de fakir et grimper demi-nu les marches du palais du vice-roi, tout en organisant une campagne de désobéissance civile » (« It is alarming and also nauseating to see Mr. Gandhi, a seditious middle temple lawyer, now posing as a fakir of a type well known in the east, striding half-naked up the steps of the viceregal palace, while he is still organizing and conducting a defiant campaign of civil disobedience, to parley on equal terms with the representative of the king-emperor »).

Le descendant des ducs de Marlborough témoigna néanmoins toute sa vie d'une fidélité sans faille aux principes démocratiques... avec un humour très britannique, cela va de soi.

Sur un mode résigné, il sussure dans un discours aux Communes le 11 novembre 1947 : « Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou sage. Il m'est arrivé d'entendre dire que c'est le pire des gouvernements à l'exception de tous ceux qui ont déjà été essayés » (« No one pretends that democracy is perfect or all wise. Indeed, il has been said that democracy is the worst form of government except for all those others that have been tried »).

Mais il dit aussi : « La meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen » (« The best argument against democracy is a five-minute conversation with the average voter »).

À plus de 67 ans enfin, le « Vieux Lion » s'épanouit dans la lutte. À un collaborateur qui, épuisé, sollicite de prendre son dimanche, il s'étonne : « Comment, mais vous n'aimez donc pas cette guerre ? »

Annonçant son intention de bombarder l'Italie, il prend soin de préciser : « Il faudra faire attention de ne pas bombarder le pape, il a des amis influents ».

À propos des Français, lors du débarquement en Afrique du Nord, il note avec condescendance : « Le Tout-Puissant, dans son infinie sagesse, n'a pas jugé bon de créer les Français à l'image des Anglais ».

Affaires privées

Winston Churchill vers 1921 Winston Churchill n'est encore qu'un ministre débutant quand il déclare en 1906 à la jeune Violet Asquith à laquelle il fait la cour : « Nous sommes tous des vers... Mais je crois que moi, je suis un ver luisant ! » Dans le même esprit, il aurait plus tard observé : « Ce n'est que quand il fait nuit que les étoiles brillent... » (en d'autres termes : C'est au cœur des difficultés que l'on reconnaît les grands hommes ; suivez mon regard).

Sa galanterie atteint très vite ses limites, surtout quand il a affaire à des femmes politiques comme Nancy Astor, première femme à siéger aux Communes en 1919.
- Lady Astor : « Monsieur Churchill, si j’étais votre femme, je verserais du poison dans votre café ! »
- Churchill : « Et moi Madame, si j’étais votre mari, je le boirais ! » Il se pourrait toutefois que la paternité de ce bon mot revienne à un autre ténor de la politique, David Lloyd George. 

Après la guerre, en sortant de la buvette du Parlement, Churchill heurte la députée travailliste de Liverpool Bessie Braddock :
- Mrs Braddock : « Monsieur, vous êtes soûl. »
- Churchill : « Madame, vous êtes laide. Et moi, demain, je serai sobre ! »

Ses collègues masculins des Communes craignent tout autant ses saillies. C'est l'un des nombreux points communs qu'il partage avec son aîné, le Français Georges Clemenceau.

Un député en séance : « Je vois l'honorable Churchill hocher la tête pendant que je parle. Mais je lui ferai remarquer que je ne fais qu'exprimer mon opinion personnelle » Churchill : « Et moi, Monsieur, je ne fais que hocher ma tête personnelle ».

Au Parlement, en novembre 1937 : « J'ai cru comprendre que nous n'avions rien fait en matière de défense aérienne, par peur d'effrayer la population. Eh bien ! Il vaut beaucoup mieux être effrayé maintenant que tué plus tard ! ».

Un député : « Monsieur Churchill serait-il en train de dormir pendant que je parle ? » Churchill : « Si seulement ! »

Aux Chequers, le 2 novembre 1940, après avoir annoncé son intention de bombarder l'Italie : « Il faudra faire attention de ne pas bombarder le pape : il a des amis influents ! »

À lord Beaverbrook, en 1940 : « Le champagne est nécessaire en temps de défaite, et obligatoire en temps de victoire ! ».

En 1941, à son club : « Je ne déteste personne et je ne crois pas avoir d’ennemis – à l’exception de Hitler, et encore, c’est professionnel ». Cela ne l'empêche pas d'être cinglant à l'égard de ses adversaires et même de ses partenaires.

Au début de la guerre, il confie à un proche, à propos du général de Gaulle : « Il ressemble à un lama femelle surpris dans son bain ».

À propos du travailliste Clement Attlee qui lui succéda au poste de Premier ministre en 1945 : « Un taxi vide s’arrêta devant le 10 Downing Street et quand on ouvrit la portière, Attlee en descendit… »

À l'auteur dramatique George Bernard Shaw, qui lui avait envoyé deux billets pour la première de sa prochaine pièce, accompagnés de ces simples mots : « Voici un billet pour vous, et pour un ami - si vous en avez un... », Churchill répond : « Ayant déjà contracté d'autres engagements, je regrette de ne pouvoir assister à la première de votre pièce. Merci de m'envoyer deux billets pour la représentation suivante - s'il y en a une... ».

Laissons à Churchill le mot de la fin à propos de ses réparties. À Lord Mountbatten : « Les Romains m'ont volé mes meilleures... Et pour qu'on leur en reconnaisse la paternité, ils les ont écrites en latin ! ».

Encore un mot (on ne prête qu'aux riches) : « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées ».

André Larané

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• 30 novembre 1874 : naissance au château de Blenheim, à Woodstock
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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