Basile II (958-1025)

Le « tueur de Bulgares »

Héritier de la dynastie macédonienne fondée un siècle plus tôt, Basile II porta Byzance à son apogée en près d'un demi-siècle de règne. Le basileus annexa à l'empire l'Italie du Sud, l'Arménie, une partie de l'Asie mineure... Toutefois, ses succès épuisèrent le Trésor public. De plus, Basile II fit preuve d'une grande brutalité à l'égard des Bulgares, de sorte qu'il resta connu dans la postérité sous le surnom de Basile le Bulgaroctone (en français, le « tueur de Bulgares »).

Pénélope Pélissier

La bataille de la passe de Kleidion, en 1014. Dans la vignette inférieure, les Bulgares aveuglés se présentent devant leur souverain, le tsar Samuel Ier

Deux Basile restaurent l'Empire d'Orient

Cinq siècles après la fondation de Constantinople, l'empire romain d'Orient fait mauvaise figure, malmené par les querelles de palais, les disputes théologiques et les assauts des Bulgares. À l'Ouest, son homologue carolingien, victime des Vikings, ne se porte pas mieux ; au Sud, l'empire abasside de Bagdad est à son apogée mais déjà pointe la menace turque.

Byzance va se relever de façon quasi-miraculeuse grâce à un ancien garçon d'écurie devenu le favori du basileus Michel III l'Ivrogne ! Il fait assassiner celui-ci et prend sa place sur le trône le 23 septembre 867 sous le nom de Basile Ier. Comme le nouvel empereur est né en Macédoine, dans une famille d'origine arménienne, sa dynastie sera dite « macédonienne ».

Basile et ses successeurs consolident l'État et profitent de la faiblesse de leurs voisins pour repousser les frontières de l'empire avec leur armée de mercenaires.

Amours tumultueuses

Le petit-fils de Basile Ier, le basileus Constantin VII Porphyrogénète, qui préfère les études à la politique, délaisse son trône pour le confier à son fils. Il meurt en 959. Le nouvel empereur, Romain II, a épousé en 956 la fille d'un cabaretier, Théophano Sklereina. Elle lui donne deux garçons avant de prendre pour amant le général Nicéphore Phocas. Romain II étant mort en 963, Nicéphore Phocas est hissé sur le trône par l'armée et épouse la veuve de Romain II. Poursuivant l'oeuvre de ses prédécesseurs, il repousse les limites de l'empire jusqu'à Antioche, siège du patriarcat de Syrie.

Mais Théophano prend un nouvel amant, un général qui fait assassiner Nicéphore Phocas et monte à son tour sur le trône en 969 sous le nom de Jean Ier Tzimiscès. Comme le patriarche (l'autorité suprême de l'Église orthodoxe) Polyeucte de Constantinople lui interdit d'épouser sa maîtresse, le général se rabat en 970 sur la soeur de Romain II, Théodora. Jean Ier Tzimiscès, qui est lui aussi un homme à poigne, annexe la Bulgarie orientale et, passant en Asie, reprend aux musulmans la Syrie et presque toute la Palestine à l'exception de Jérusalem.

À sa mort, le 10 janvier 976, les deux fils de Romain II, arrières-petits-fils de Basile Ier, succèdent ensemble à Jean Ier sous les noms de Constantin VIII et Basile II.

Une réputation de férocité

Miniature du psautier de Basile II, 1018En 976, Basile II et Constantin VIII ne sont encore que des enfants, aussi, leur grand-oncle Basile Lécapène assure-t-il la régence. Mais en grandissant, Basile II prend goût au pouvoir et à la politique. En 985, il exile son grand-oncle et écarte son frère. Le voilà seul sur le trône.

Au nord, dans le bassin du Danube, la menace bulgare se fait plus prégnante. Le tsar Samuel Ier pousse ses armées jusqu'en Macédoine. C'en est trop pour Basile II. Le 29 juillet 1014, son armée remporte une victoire magistrale sur les Bulgares dans la passe de Kleidion (actuelle Bulgarie).

Selon la chronique, le basileus aurait alors fait crever les yeux de 15 000 prisonniers bulgares, 150 étant épargnés et «seulement »éborgnés afin qu'ils puissent guider leurs infortunés compagnons jusqu'à leur tsar. Il est dit qu'à leur vue, horrifié, le tsar Samuel serait mort d'une crise cardiaque.

Suite à cet épisode, on surnomma Basile II le « tueur de Bulgares », ou Bulgaroctone.

Alliances matrimoniales stratégiques

Basile II, qui a lu beaucoup de livres sur la guerre, poursuit sa politique expansionniste, sur les traces de Justinien : il acquiert la Géorgie, l'Arménie, une partie du Caucase et des territoires arabes (Syrie).

Basile II représenté en ange, Bibliothèque apostolique vaticaneFin politique, il noue aussi des alliances matrimoniales. Il marie sa soeur Anne Porphyrogénète au grand-prince de Kiev Vladimir le Grand en 988. En échange de quoi celui-ci renonce à ses concubines et surtout se convertit au christianisme. Il invite ses sujets à faire de même. En outre, Vladimir vient en aide à Basile II en 986-989, lorsque des aristocrates byzantins tentent de renverser l'empereur, menés par Bardas Phocas et Bardas Skléros.

L'empereur byzantin s'allie également avec la cité-État de Venise. Il lui accorde un statut commercial et diminue le coût du droit de passage des navires. Enfin, il donne en mariage au fils du Doge une aristocrate byzantine. Cette alliance va asseoir la prospérité de la Sérénissime République.

Basile IIEn matière  de politique intérieure, Basile II met en place l'Église autocéphale de Bulgarie mais il conserve la mainmise sur le choix des patriarches et l'administration des diocèses. 

Basile II veut également contrer le pouvoir des aristocrates. Le 1er janvier 996, il impose la restitution aux petits propriétaires de toutes les terres qui leur ont été confisquées depuis Romain Ier. En 1004, le basileus met en place l'allelengyon, un système innovant de justice sociale. Le principe ? Les aristocrates paient les impôts des petits propriétaires qui ont dû renoncer à leurs terres faute de pouvoir les entretenir. 

Basile II meurt sans héritier le 15 décembre 1025. La dynastie macédonienne s'éteint avec lui et, très vite, l'empire replonge dans les querelles intestines et les coups d'État à répétition, pendant que les Turcs pointent le bout de leurs nez en Asie mineure.

Nomisma en or représentant Basile II et Nicéphore II Phocas

Bibliographie

Olivier Delorme, La Grèce et les Balkans du Ve siècle à nos jours, Tome 1, Folio, 2013.
Jacques Heers, Chute et mort de Constantinople : 1204-1453, Perrin, 2004.


Publié ou mis à jour le : 2021-03-24 08:43:05

 
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