Périclès (vers 494 à 429 av. J.-C.)

Le scénographe de la grandeur d'Athènes

Périclès domine la vie politique d’Athènes au milieu du Ve av. J.-C. et hisse la cité à son apogée. Si la cité, ses institutions, ses penseurs, ses artistes et ses bâtisseurs suscitent encore autant d’admiration, c’est en bonne partie à son action que nous le devons.

Olivier Delorme

Périclès et Aspasie dans l'atelier de Phidias, Louis Hector Leroux, XIXe siècle. Phidias dévoile sa statue chryséléphantine qui sera installée au Parthénon en 438 av J.-C.

Le fils d’un héros

Né autour de 494 av. J.-C., Périclès est encore un enfant quand une expédition perse vient échouer sur le rivage de Marathon en 490 et il n’a pas encore l’âge de se battre lors de la deuxième guerre médique qui voit la flotte perse sombrer devant l’île de Salamine, en 480. Mais à la tête d’une escadre athénienne, son père, Xanthippe, a été l’un des artisans de la victoire du cap Mycale (août/septembre 479) qui sonna le glas de la domination perse sur la mer Égée.

Ostrakon athénien du père de Périclès, Xanthippe. (Pièce de poterie portant le nom d'un homme politique proposé à l'exil par le vote populaire). Ici, Xanthippos, qui fut soumis au vote en 484 av. J.-C. musée de l'Agora antique à Athènes.Xanthippe ne s’en tint pas là. Il convainquit les Spartiates de gagner avec lui les Détroits. À Abydos, sur la rive asiatique des Dardanelles, les Grecs détruisirent les bateaux qui, arrimés entre eux par des câbles, avaient permis à l’infanterie de Xerxès de passer en Europe à pied sec. Tandis que les Spartiates rentrèrent chez eux, Xanthippe et les Grecs d’Ionie mirent encore le siège devant Sestos, sur la rive européenne, où étaient entreposés les câbles. Ces câbles furent exposés sous un portique, à Delphes, parmi les trophées destinés à rappeler la contribution décisive des Athéniens à la victoire sur les Perses.

Buste de Clisthène, Anna Christoforidis, 2004, Columbus, Ohio Statehouse. Agrandissement : Buste de Pisistrate, Copenhague, Galerie nationale du Danemark.Par sa mère, Agaristè, Périclès est apparenté à l’une des lignées les plus illustres d’Athènes, les Alcméonides. Il est ainsi le petit-neveu de Clisthène, lequel, après la chute des Pisistratides (510) et l’échec d’une tentative oligarchique patronnée par Sparte, avait élargi le corps civique et remodelé les institutions léguées par Solon. Mais cette lignée est aussi entachée par un sacrilège : 150 ans plus tôt, après avoir échoué à établir la tyrannie, un ancien champion olympique du nom de Cylon  s'était réfugié avec ses partisans sur l’Acropole, se plaçant ainsi sous la sauvegarde d’Athéna. Mais, alors que la vie sauve leur avait été promise, ils furent massacrés selon Hérodote à l’instigation des Alcméonides !

De surcroît, le père de Clisthène avait épousé une fille du tyran de Sicyone et marié la sienne au tyran d’Athénes, Pisistrate. La sœur de Clisthène fut donc la mère de deux tyrans, Hipparque et Hippias, fils et successeurs de Pisistrate. Et si Clisthène fut exilé par son neveu Hippias avant d’être l’un des acteurs de sa chute, les Alcméonides furent soupçonnés d’avoir voulu ouvrir les portes de la ville aux Perses lors de l’expédition de 490 qui devait restaurer Hippias – lequel trouva la mort à Marathon.

Vue de l'Acropole depuis la Pnyx (colline du centre d’Athènes, à l'ouest de l'Acropole et surplombant l'ancienne Agora), Rudolph Müller, 1863.

Riche et démocrate

Périclès bénéficia pour sa carrière politique d’une fortune confortable que, selon Plutarque, il gérait avec grande prudence. Si riche qu’il fut, son père Xanthippe mit en œuvre avec Thémistocle une réforme substituant le tirage au sort à l’élection comme mode de désignation des archontes, magistrats alors les plus importants de la cité. Il s'agissait de limiter l’influence des grandes familles capables de « faire » une élection en mobilisant fortune et clientèle ! Ce père était devenu si gênant pour certains qu’il fut ostracisé en 484 – jusqu’à ce que Thémistocle, en 480, fasse rappeler tous les ostracisés afin de renforcer l’unité de la cité face à l’invasion perse.

Buste de Périclès portant un caque corinthien, Vatican, musée Chiaramonti. Agrandissement : Ostraka portant les noms de Pericles, Cimon.Si le rapport des Alcméonides à la tyrannie est donc ambigu, Périclès est bien, par Clisthène comme par Xanthippe, l’héritier d’une tradition familiale liée à l’accroissement des pouvoirs du peuple. Il sait aussi ce qu’il peut en coûter d’occuper les premières places dans la vie politique et prendra soin d’éviter de vivre trop fastueusement, d’intervenir trop souvent à l’Assemblée ou de participer, nous dit Thucydide, à des banquets qui sont à la fois un lieu de convivialité mais aussi d’intrigues et de complots.

C’est à 22 ans que Périclès apparaît dans la vie publique : une stèle indique qu’il est le chorège d’Eschyle pour les quatre pièces – dont Les Perses – qui remportent le concours dramatique des Grandes Dionysies de 472. Xanthippe était mort de maladie en 475.  Thémistocle, le vainqueur de la bataille de Salamine évoquée dans Les Perses, sera ostracisé en 471.

La chorégie est une liturgie coûteuse : le chorège défraye les musiciens, le maître de chœur et les citoyens qui le composent, il finance l’entretien de la troupe durant les répétitions, les costumes, les masques… Mais si les pièces qu’il a financées emportent la victoire, le chorège est honoré à l’égal de l’auteur. Ce succès permit donc au jeune homme de se faire connaître.

Il faut ensuite attendre 463 av. J.-C. pour voir Périclès reparaître dans nos sources : il intente un procès à Cimon qui, depuis l’ostracisme de Thémistocle dont il fut le principal artisan, couvre de sa gloire militaire le gouvernement de l’Aréopage. Ce tribunal composé des archontes sortis de charge, en majorité issus des grandes familles hostiles à l’extension de la démocratie, s’est arrogé des pouvoirs qui lui permettent de s’ériger en véritable arbitre de la vie politique.

Buste de Cimon sur la plage de Larnaca, à Chypre.Deux ans plus tôt, Cimon avait été envoyé réduire l’île de Thasos qui prétendait quitter la Ligue de Délos. Profitant du refus spartiate de garantir la sécurité des cités grecques de l'Egée contre le danger perse, Athènes avait coalisé les cités grecques de l’archipel, d’Asie Mineure et de Propontide dans cette alliance défensive fondée en 477.

À l’exception de Chios, Samos et Lesbos qui avaient choisi de fournir navires et équipages, les cités membres de la Ligue ont préféré payer un tribut annuel, renonçant ainsi à leur capacité de se défendre tandis que le tribut permit à Athènes de financer le développement de sa flotte.

De défensive, l’alliance était ainsi progressivement devenue l’instrument d’un impérialisme athénien que Périclès allait porter au maximum de sa puissance, un impérialisme encore en devenir en 465 lorsque les Thasiens tentèrent de s’en dégager. Mais le siège traîna et le stratège Cimon fut soupçonné de ne pas faire le nécessaire pour emporter la victoire. À l’occasion de la reddition des comptes à laquelle tout magistrat est astreint chaque année, Périclès l’accusa de s’être laissé acheter par le roi de Macédoine, voisin des Thasiens.

Cimon prend le commandement de la flotte grecque, illustration de Hutchinson's History of the Nations, A. C. Weatherstone, 1915.

Ainsi Périclès suivait-il les traces de son père Xanthippe qui avait débuté sa carrière par un procès contre Miltiade, le vainqueur de Marathon et le père de Cimon, l'accusant de s’être laissé acheter par les habitants de Paros que les Athéniens voulaient châtier pour leur soutien à l’expédition perse. Mais si Xanthippe avait obtenu la condamnation de Miltiade, l’Aréopage acquitta Cimon. Périclès avait perdu mais il atteignait les 30 ans, l’âge où l’on accède aux principales fonctions publiques, et s’affirmait comme un adversaire de Cimon et du gouvernement de l’Aréopage.

Représentation d'un hoplite, ve siècle av. J.-C.. Agrandissement : Hoplitodromos, céramique représentant des hoplites, 550 av. J.-C., Munich, Collections d'État d'antiquités.Affaiblie en 464 par un tremblement de terre meurtrier, Sparte devait affronter une révolte de ses hilotes (paysans attachés à la terre qu'ils travaillent pour les Spartiates). Elle sollicita l’aide des Athéniens et Cimon, admirateur des institutions lacédémoniennes, obtint de l'Ekklésia (Assemblée du peuple) l’envoi d’un contingent d’hoplites qu’il commanderait. Mais ce faisant, il dépeupla l’Ekklésia des citoyens les plus aisés, seuls capables de payer un équipement de cavalier ou d’hoplite, qui étaient aussi ses principaux soutiens.

Un homme nommé Éphialte, dont on se sait rien sinon qu’il avait remporté comme stratège une victoire navale contre les Perses, en profita pour accuser de corruption plusieurs membres de l’Aréopage. Puis il fit adopter en 463 par l’Ekklésia plusieurs décrets qui, semble-t-il, dépouillèrent l’Aréopage de compétences qu’il s’était arrogées, au profit de la Boulê, du tribunal populaire de l’Héliée ou de magistrats ad hoc. De la sorte, l'Aréopage vit probablement certaines de  ses actions judiciaires conditionnées à une saisine de l’Ekklésia, et certains de ses verdicts soumis à la validation de l’Héliée. Son rôle se trouva pour l’essentiel ramené à ses compétences traditionnelles en matière de crimes de sang..

Si certaines sources prétendent qu’Éphialte était soit l’homme de paille de Thémistocle alors en exil, soit celui de Périclès, rien ne confirme ces allégations ; quant à sa disparition peu après – peut-être fut-il assassiné –, elle ne fut probablement pas étrangère aux haines soulevées par son action, brève mais déterminante. Une action qui en outre avait scellé le sort de Cimon, lequel fut ostracisé en 461 après avoir échoué à faire abroger les réformes d’Éphialte. La voie était libre pour Périclès (note).

Athènes et son empire

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À la Grèce classique de Périclès, Phidias, Eschyle, Platon, Aristote... nous devons les bases de notre culture et de nos institutions politiques. Suite à ses victoires sur les puissants Perses, l'une des cités grecques, Athènes, a réuni la plupart des autres cités au sein d'une alliance, la Ligue de Délos, dont elle a très vite assumé la direction avec autorité.


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La Grèce moderne
Publié ou mis à jour le : 2021-12-04 18:18:44

 
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