Xi Jinping (1953 - )

Le restaurateur de l'empire chinois

Même les observateurs les plus avertis ont été surpris à l'automne 2017 quand s'est profilée l'éventualité d'une reconduction à vie du Président de la République Populaire de Chine, Xi Jinping. Cette éventualité a pris forme le 5 mars 2018 avec un amendement constitutionnel qui lui permet de se représenter indéfiniment. Ainsi un homme d'appareil très classique est-il en passe de se métamorphoser en Empereur Han...

Fort du spectaculaire bond en avant de la Chine en ce début du XXIe siècle, Xi Jinping a rompu avec la prudente politique de son prédécesseur Hu Jintao. Il a mis en chantier les « Nouvelles routes de la Soie », déployé sa flotte de guerre dans la mer de Chine, entrepris une offensive de charme en Afrique en vue de faire main basse sur les ressources naturelles du continent, enfin lancé une guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump. Tout cela fait beaucoup. Il s'ensuit aujourd'hui une levée de boucliers tant en Afrique qu'en Occident et même en Inde où l'on reproche aux autorités chinoises de n'avoir pas prévenu à temps la pandémie de coronavirus...

André Larané

Un homme du sérail

Xi Jinping, 1 juin 1953 à PékinNé le 15 juin 1953, Xi Jinping est le fils d'un ancien vice-premier ministre et compagnon de route de Mao Zedong, écarté du pouvoir en 1962 et réhabilité par Deng Xiaoping.

Après la révolution culturelle, il est envoyé à la campagne comme beaucoup d'anciens gardes rouges et va végéter pendant sept ans dans un village troglodyte avant de pouvoir entamer des études d'ingénieur.

La mort de Mao et le retour en grâce de son père vont très vite le ramener dans le sérail. Son diplôme en poche, il accède à des responsabilités au Hebei (la province au nord du Fleuve Jaune)... puis devient en 1999 le gouverneur du Fujian, en face de Taiwan.

L'élection, le 22 octobre 2007, au Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois lui ouvre les portes du pouvoir suprême. Cet organe compte neuf membres surnommés les « sept empereurs » (sept depuis 2012). C'est parmi eux qu'est désigné le Président de la République.

C'est ce qui arrive à Xi Jinping. Le 14 mars 2013, l'Assemblée nationale populaire, réunie en session annuelle dans le Grand Palais du peuple, place Tiananmen à Pékin, le porte à la présidence de la République pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, en remplacement de Hu Jintao. Le vote a lieu sans surprise, conformément à un système de cooptation bien rodé des élites dirigeantes.

Grand nettoyage

Malgré son adolescence chahutée, Xi Jinping est défini comme un « taizi » ou « prince héritier ». Ce privilège donné à l'hérédité rappelle le passé impérial de la Chine et n'est pas pour plaire à tout le monde. Mais il rassure les classes modestes qui y voient une garantie de stabilité pour le régime.

Marié en secondes noces à une chanteuse très populaire, Xi Jinping serait attiré par le bouddhisme et, dit-on, non corrompu (une exception qui reste à vérifier, sa famille ayant la réputation d'être riche de plusieurs centaines de millions de dollars).

Le nouveau président n'a pas moins réussi à briser les oppositions internes en prenant prétexte de la lutte contre la corruption pour éliminer certains opposants comme Shou Yongkang, un ancien membre du Comité permanent condamné en 2014 à la prison à vie ! Il a aussi intensifié la censure sur le réseau internet. Google, Facebook et le New York Times sont par exemple quasi-inaccessibles en Chine.

Xi Jinping ne craint d'ailleurs pas d'exprimer son mépris de l'Occident et de ses principes. C'est ainsi qu'en 2015, son ministre de l'Éducation a engagé la chasse aux manuels qui font « la promotion des valeurs occidentales ».

Xi Jiping, président de la République chinoise (DR)

Realpolitik

Adepte de la Realpolitik, Xi Jinping a relancé les revendications chinoises sur la mer de Chine en remettant au goût du jour la « diplomatie de la canonnière » tant appréciée des Anglais au XIXe siècle.

Xi Jinping tient d'une main ferme l'économie chinoise et dicte ses grandes orientations, l'État étant actionnaire de toutes les grandes entreprises du pays, qu'il s'agisse des banques, d'Alibaba (l'homologue d'Amazon) ou de Dongfeg, actionnaire du groupe français PSA depuis 2014.

C'est ainsi qu'il a engagé un ambitieux programme d'infrastructures ferroviaires, routières et maritimes sous le nom de « Nouvelles routes de la Soie » en vue d'intensifier les exportations vers le Vieux Continent. Il a aussi pris la place des Occidentaux en Afrique subsaharienne, en vue d'exploiter ses immenses ressources naturelles (achats de terres agricoles et d'exploitations minières) avec la complicité des kleptocraties locales.

Adieu à la démocratie !

Au terme d'un premier mandat très actif, Xi Jinping pu renforcer ses pouvoirs au point d'obtenir le 26 octobre 2016 le titre de « leader central » du Parti.

Mieux encore, le 24 mars 2017, le XIXe Congrès du PCC (Parti communiste chinois) a inscrit la « pensée Xi Jinping » dans la Charte du Parti, un honneur jusque-là réservé à Mao et Deng Xiaoping. Il n'a pas non plus prévu de successeur à l'actuel président...

Et le 5 mars 2018, l'Assemblée nationale populaire (le Parlement chinois) a modifié la Constitution et supprimé la limitation à deux mandats présidentiels, ce qui donne à penser que Xi Jinping envisage un troisième mandat en 2022 et pourquoi pas ? une présidence à vie !

La Chine tourne ainsi le dos aux canons démocratiques occidentaux et renoue avec ses traditions millénaires... Mais cela, pas plus que ses violations répétées des règles du libre-échange, ne saurait remettre en cause sa place dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Les affairistes occidentaux y sont très attachés car elle leur permet de réaliser de fructueuses affaires en s'approvisionnant dans l'Empire du Milieu à des prix asiatiques et en revendant dans l'Union européenne à des prix européens.

Xi Jinping prend rang parmi les grands chefs autoritaires et nationalistes qui ont émergé en ce début du XXIe siècle en Eurasie : Poutine en Russie, Erdogan en Turquie, Modi en Inde... Notons que, tous réunis, ils rassemblent près de 50% de la population mondiale tandis que les démocraties de type occidental en représentent environ 15% (au lieu d'un peu plus d'un tiers avant la Première Guerre mondiale). Le reste du monde relève de régimes purement autocratiques.


Publié ou mis à jour le : 2020-04-23 15:00:56

 
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