Théodore Rousseau (1812 - 1867)

Le peintre qui parlait aux arbres

Théodore Rousseau fait partie avec son aîné Camille Corot (1796-1875) et son ami Jean-François Millet (1814-1875) des peintres paysagistes qui ont révélé l’âme paysanne et rurale de leur pays, sous la Seconde République et le Second Empire.

En cela, ils ont été précédés et sans doute inspirés par le peintre anglais John Constable (1776-1837) qui a été parmi le premier artiste de l’époque moderne à s’illustrer dans la peinture de paysages.

Théodore Rousseau, Arbre dans la forêt de Fontainebleau, 1840- 1849, huile sur papier marouflé sur toile, 40,4×54,2 cm. Victoria and Albert Museum, Londres, Royaume-Uni.

L'âme de la forêt

Étienne Carjat, Portrait de Rousseau, vers 1865, photographie (épreuve sur papier albuminé à partir d?un négatif verre, contrecollée sur papier Canson), 10,5×6,5 cm. Musée d?Orsay, Paris, France Fils unique d'un tailleur parisien, né le 15 avril 1812, Théodore Rousseau se passionne très jeune pour la peinture de paysage en dessinant des vues de Paris et en copiant les œuvres du paysagiste Pau de Saint-Martin, un cousin de sa mère.

Tournant le dos aux études scientifiques et à la carrière d’ingénieur souhaitée par ses parents, il entre en 1827 dans l’atelier d’un autre peintre de paysages, Charles Rémond. Dans la tradition classique ou néo-classique, son maître ne manquait jamais d’associer ses paysages à des scènes inspirées de l’Antiquité ou de la grande Histoire.

Cela n’est pas du goût du jeune Théodore qui veut peindre les paysages pour eux-mêmes, non comme des supports décoratifs. Il rompt avec son maître dès 1829 et, renonçant à concourir pour le prestigieux Prix de Rome, il part en Auvergne avec son chevalet. Il débute une découverte de la France et de ses paysages tout en se gardant de pousser jusqu’en Italie, sans doute pour éviter d’être rattrapé par les beautés classiques.

Théodore Rousseau, Clairière près du village de Pierrefonds dans la forêt de Compiègne, 1833, huile sur toile, 51,8×73,7 cm. Kunshtalle, Hambourg, Allemagne. P

Le peintre apprend à regarder les « détails de la nature ». Il exécute ses esquisses en plein air, au plus près du motif, puis les retouche longuement dans son atelier. Il met souvent plusieurs années à terminer ses œuvres, poursuivi par le désir de tout à la fois saisir le réel et y mêler son âme !

Pendant ses séjours à Paris, Théodore Rousseau noue des amitiés avec l’avant-garde artistique, aussi bien les peintres Corot et Delacroix, chef de file de l’école romantique, que le poète Gérard de Nerval. Mais la reconnaissance tarde à venir dans la France bourgeoise de Louis-Philippe. La ruralité n’est pas en vogue, à preuve les écrits de Balzac, qui tient les paysans pour peu de chose.

À partir de 1836, Théodore Rousseau se voit régulièrement refusé au Salon officiel de Paris. Il y gagne la réputation de « grand refusé ». Qu’à cela ne tienne, l’artiste se partage entre ses séjours à Barbizon et la bohème parisienne, au milieu de ses amis parmi lesquels le critique Théophile Thoré.

Celui-ci lui écrit en 1844 : « La nature a pour toi des beautés mystiques qui nous échappent […] C’est une domination que tu exerces sur la nature, et de ce mélange amoureux il résulte un être nouveau, une création qui reproduit les éléments du père et de la mère, de la nature et de l’artiste ». En 1847 sera publié le souvenir de leurs promenades communes : « Par monts et par bois ».

Théodore Rousseau, L?abreuvoir, sans date, huile sur bois, 41,7×63,7 cm. Legs Jean-Pierre Lundy, 1887. Musée des Beaux-arts de Reims.

Barbizon et le « célibataire des bois »

Barbizon est dans les années 1830 un modeste village-rue qui a l’avantage de n’être qu’à une dizaine de kilomètres de la gare de Melun et à l’orée de la grande forêt de Fontainebleau. Avant Rousseau, des artistes tels que Jules Coignet et Camille Corot y venaient déjà peindre en plein air.

Ils sont bientôt rejoints par Narcisse Diaz de la Peña, Charles Jacque, Jean-François Millet et des photographes tels Eugène Cuvelier, Charles Bodmer ou encore Gustave Le Gray. Tous se retrouvent dans l’auberge du père Ganne. « Les peintres de Barbizon / Ont des barbes de bisons », dit une chanson composée à l’auberge.

Théodore Rousseau arpente inlassablement la forêt et immortalise les lieux et les arbres remarquables. En 1847, il loue une maison à Barbizon et y installe son atelier.  Son ami Jean-François Millet fera de même deux ans plus tard.

Théodore Rousseau, Sortie de forêt à Fontainebleau, soleil couchant, 1848-1850, huile sur toile, 142×198 cm. Musée du Louvre, Paris, France

Rousseau, tout autant que Corot et Millet, vont enfin voir leur étoile monter au firmament avec l’avènement de la Seconde République. Coïncidence ou pas, c’est le moment où l’on commence à s’intéresser pour de bon au monde paysan et à la ruralité. Cet intérêt ne se démentira pas sous le Second Empire comme le montre la création du premier parc naturel du monde en 1861, à l’initiative de Théodore Rousseau et ses amis.

Théodore Rousseau, Une avenue, forêt de l?Isle Adam, 1849, huile sur toile, 101×81,8 cm. Musée d?Orsay, Paris, FranceLe 1er avril 1848, Alexandre Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur du gouvernement provisoire de la Seconde République, accompagné du directeur des musées nationaux, se rend dans l’atelier de Théodore Rousseau, place Pigalle, et lui passe commande d’un grand paysage destiné au musée du Luxembourg pour la somme mirifique de quatre mille francs.

Cette reconnaissance officielle lui vaut d’être reconnu comme le plus grand peintre de paysage de sa génération. En 1847 déjà, Charles Baudelaire écrivait : « À la tête de l’école moderne du paysage, se place M. Corot. — Si M. Théodore Rousseau voulait exposer, la suprématie serait douteuse, M. Théodore Rousseau unissant à une naïveté, à une originalité au moins égales, un plus grand charme et une plus grande sûreté d’exécution » (Curiosités esthétiques, 1868).

Le peintre mourra dans son atelier-maison de Barbizon le 22 décembre 1867. Apprécié de son vivant, il a connu ensuite une éclipse. Le voilà de retour parmi nous comme avant lui Rosa Bonheur (1822-1899), une autre visionnaire de la nature et de la ruralité.


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Une oeuvre, une époque
Publié ou mis à jour le : 2024-03-20 12:37:00

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