Taizong (597 - 649)

Le « Charlemagne chinois »

L'une des figures les plus marquantes de l'histoire de la Chine classique, l'empereur Taizong le Grand, s'empare du pouvoir à une période où l'empire est sur le point de se disloquer, sous la pression conjointe des royaumes turcs et du peuple qui ne supporte plus le poids des corvées et des devoirs militaires.

Le jeune Li Shimin - qui se fera appeler Taizong une fois empereur - réussit à se présenter comme l'homme providentiel de l'empire et à fonder une dynastie qui règnera sur la Chine pendant trois siècles, celle des Tang.

Béatrice Roman-Amat
Un chef militaire audacieux...

La dynastie Sui règne à Chang'an (aujourd'hui Si'ngan-fou), capitale de la Chine classique, depuis 581.

Au début du VIIe siècle, elle est déjà sur le déclin, rongée par la corruption, la débauche et les ambitions antagonistes des généraux. Des expéditions contre la Corée tournent au désastre et ajoutent au chaos qui règne dans l'empire.

Voyant le pouvoir à portée de main, Li Shimin, un jeune ambitieux, fils d'un gouverneur de circonscription militaire, décide de profiter de son amitié avec des fonctionnaires de la cour et de sa clientèle militaire pour renverser les Sui.

Afin de forcer son père à sortir de son attitude loyaliste vis à vis des Sui, il pousse dans ses bras une fraîche jeune fille destinée à l'empereur, grâce à la complicité d'un eunuque du palais impérial.

Son père cède à la tentation et se voit donc condamné à mort par l'empereur. Pour sauver sa vie, il n'a plus d'autre solution que de prendre les armes contre lui !

L'amitié de Li Shimin avec certains khans turcs lui permet de grossir les troupes de sa circonscription de mercenaires bien entraînés et de centaines de chevaux. Des terres cuites funéraires permettent aujourd'hui de se représenter cette formidable cavalerie des Tang, ses soldats aux armures massives et aux boucliers couverts de monstres peints.

À la tête de 60 000 soldats, Li Shimin guerroie dans toute la Chine de 618 à 622. Il n'a nul besoin de tuer lui-même l'empereur Sui, assassiné par ses prétoriens, ce qui permet au père de Li Shimin de se proclamer empereur.

À peine les Tang ont-ils refondé l'unité chinoise que les Turcs orientaux (dont le khanat se trouve en Mongolie) lancent une grande attaque contre la Chine, croyant profiter de l'anarchie qui y régnait encore tout récemment. Le jeune héros et sa cavalerie les repoussent aisément.

...et un frère sans scrupules

La gloire de Li Shimin commence alors à inquiéter son père et ses deux frères aînés. Ces derniers tentent de l'assassiner, mais Li Shimin s'avère coriace : il survit au poison qu'on lui administre puis tue deux traîtres dans le guet-apens qu'ils lui avaient tendu ! Il s'arrange ensuite pour donner l'illusion que son père abdique et lui laisse le trône de son plein gré. C'est ainsi qu'il devient le 4 septembre 626 l'empereur Taizong. Il prend bien soin de faire tuer ses neveux et belles-sœurs pour s'assurer qu'on ne lui disputera pas ce titre.

Ces intrigues de palais redonnent cependant confiance aux Turcs de Mongolie, qui lancent une nouvelle attaque. Taizong chevauche vaillamment à leur rencontre, leur donnant l'impression qu'il dispose de troupes beaucoup plus importantes que celles qu'il commande en réalité, et propose à leur chef un combat singulier. Impressionnés, les Turcs acceptent de conclure la paix, scellée par le sacrifice d'un cheval blanc. En 630, le khanat des Turcs orientaux est rattaché à la Chine.

Définitivement débarrassé du danger turc oriental, Taizong peut se consacrer au contrôle des oasis du Tarim, sur la route de la Soie. Il y soumet des roitelets bouddhistes qui hésitaient entre la suzeraineté des Tang et une alliance avec les Turcs. Ces victoires lui permettent de garder sous sa coupe les routes caravanières vers l'Inde et l'Iran.

Taizong vassalise également le Tibet, où commence à peine à se mettre en place une monarchie stable, et donne pour épouse une princesse chinoise au roi tibétain.

La Chine des Tang

L'empereur meurt en 649, à l'âge de 53 ans. Le règne de son fils sera marqué par l'influence de la sanguinaire impératrice Wu Zetian, qui avait d'abord été la favorite de Taizong. Fondateur d'une brillante dynastie, Taizong est aussi l'un des unificateurs de la Chine. Après lui, plus jamais l'empire chinois ne sera à nouveau morcelé, si ce n'est pendant quelques rares décennies !

Sous les Tang, le pouvoir central se renforce et devient le seul émetteur de monnaie. Une réforme agraire se fait au détriment des grands domaines monastiques bouddhistes, dont les terres échappaient jusqu'alors à l'impôt.

Le système des examens impériaux permet de recruter le personnel administratif en se fondant sur des concours impartiaux et non sur la fortune ou la naissance, en adéquation avec les valeurs confucianistes. Une classe de lettrés confucéens se développe. Les arts et les lettres fleurissent, l'imprimerie à base de planches de bois gravées en relief apparaît. Le raffinement de la cour des Tang permet au rayonnement culturel et politique de la Chine de s'étendre au Japon et à la Corée.

Taizong et le bouddhisme

Taizong se montre initialement hostile au bouddhisme qui soustrait par son organisation en monastères de nombreux hommes à la condition de soldat. Il considère que le confucianisme est plus à même de consolider son pouvoir et en fait la doctrine d'État. Il diminue énormément le nombre de moines bouddhistes.

En 629, lorsque le moine Xuan Zang vient demander les autorisations nécessaires à un pèlerinage en Inde, il reçoit une fin de non-recevoir. Xuan Zang doit donc multiplier les stratagèmes pour effectuer son grand voyage.

Néanmoins, l'empereur évolue progressivement vers moins d'hostilité à l'égard du bouddhisme. Quand Xuan Zang revient en Chine en 644, après avoir longuement étudié le bouddhisme et le brahmanisme indiens, l'empereur l'accueille à bras ouverts... et en profite pour recueillir de précieuses informations sur les royaumes indiens.

Plus généralement, sous son règne, l'empire s'étend jusqu'aux confins indo-iraniens, ce qui entraîne un contact plus étroit de la Chine avec l'Inde bouddhiste et laisse des traces dans le domaine artistique. Les statues chinoises de l'époque Tang s'éloignent de l'austérité de l'« art roman chinois » pour s'inspirer du modelé des statues indiennes. Les oeuvres ramenées d'Inde par Xuanzang vont d'ailleurs contribuer à cette évolution.

Publié ou mis à jour le : 2019-04-29 22:18:51

 
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