Second Empire

La « fête impériale »

Napoléon III, (Franz-Xavier Winterhalter, 1857)Dès l'élection qui fait de lui en 1848 le premier président de la République française, Louis-Napoléon Bonaparte témoigne d'un art remarquable des relations publiques qui va faire oublier son passé d'aventurier et d'agitateur révolutionnaire.

1852 : s'étant proclamé Empereur des Français à l'issue d'un coup d'État, il accompagne la France dans une transformation comme elle n'en a jamais connue dans son Histoire. En deux décennies, sous le Second Empire, le pays saute à pieds joints dans la révolution industrielle et toutes les classes de la société voient leur bien-être s'accroître.

Ces transformations se déroulent dans une atmosphère festive destinée à éblouir l'Europe, légitimer son régime et rallier tant les élites traditionnelles que la bourgeoisie et la classe intellectuelle, royalistes et républicains inclus.

André Larané

Une splendide exposition, au Musée d'Orsay (Paris), jusqu'au 16 janvier 2017, nous replonge dans ce spectaculaire Second Empire (Photos : Sophie Boegly, Musée d'Orsay):

Réception à Fontainebleau, le 27 juin 1861, des ambassadeurs siamois du roi Rama IV ( Jean-Léon Gérôme, 1861, château de Fontainebleau)

Un expert en relations publiques

Avant quiconque, Louis-Napoléon Bonaparte a compris l'enjeu de la communication. Il se sert des relations publiques comme d'un instrument politique.

Timbre-poste à l'effigie du Prince-Président Louis-Napoléon BonaparteInstruit par ses tribulations antérieures, il est aussi sans préjugés à l'égard des innovations de son temps.

Il a découvert en Angleterre l'intérêt du timbre-poste pour sa propagande et, comme la jeune reine Victoria, fait imprimer son portrait de président puis d'empereur sur les petites vignettes.

Il utilise aussi, plus classiquement, la peinture pour faire passer ses messages. L'une des premières toiles de son règne montre une réception de l'ambassade du Siam au palais de Fontainebleau. C'est un clin d'œil à l'ancienne monarchie, la dernière toile officielle représentant Louis XIV se rapporte également, en effet, à une réception du Siam.

Timbre-poste à l'effigie de l'empereur Napoléon IIILes peintres mettent en avant aussi le souverain thaumaturge, qui guérit et console à l'image de ses illustres prédécesseurs. On le voit ainsi porter secours à des victimes d'inondations à Lyon. L'impératrice Eugénie se met aussi en scène en dame de charité.

Jean-Baptiste Carpeaux est le grand sculpteur du Second Empire. On se dispute les copies en réduction de sa statue du Prince impérial avec son chien Néro. Avec ses culottes bouffantes et sa houppette, on croirait une représentation de « Tintin » en plus jeune !

Le Second Empire est marqué aussi par la révélation de la photo. Nadar s'illustre dans le portrait artistique. Son contemporain André Disdéri (1819-1889) préfère quant à lui le public bourgeois et populaire. Il invente et brevète la photo-carte de visite en 1854. Grand succès pendant quinze ans. En 1852, Napoléon III fait réaliser la première photo officielle ; ce n'est pas un franc succès vu les contraintes de pose qui ne flattent pas le sujet.

Fête de nuit aux Tuileries le 10 juin 1867, à l’occasion de la visite des souverains étrangers à l’exposition universelle (Pierre Tetar van Elven, vers 1867, musée Carnavalet, Paris)

Paris en chantier, Tuileries en fête

Napoléon III visitant le Louvre (Nicolas Gosse, 1854, musée du Louvre)Tous les événements du règne et de la famille impériale donnent lieu à des fêtes populaires et bourgeoises. Courus du tout-Paris, les bals du palais des Tuileries réunissent trois mille à quatre mille invités en hiver. Ils font aussi les délices de l'aristocratie européenne. De Londres comme de Berlin, on se précipite à Paris pour en savourer les plaisirs, au milieu des chantiers du baron Haussmann.

Napoléon III veut inscrire son règne dans la pierre. Il poursuit au Louvre le « grand dessein » de la monarchie, inauguré par Henri IV... et conclu par François Mitterrand.

L'aspect actuel du palais lui doit beaucoup, avec ses deux ailes sur la Seine et la rue de Rivoli, si ce n'est la disparition du palais des Tuileries, brûlé pendant la Semaine Sanglante et rasé ensuite.

En 1855 s'ouvre entre les Champs-Élysées et la Seine la première Exposition universelle, inspirée de l'exemple anglais.

Le centre en est le Palais de l'Industrie, qui sera détruit en 1897 et remplacé par le Grand Palais et le Petit Palais. 

Le Palais de l'Industrie, vue perspective (Max Berthelin, 1854, Musée d'OrsayEn 1867, une deuxième Exposition universelle, de bien plus grande ampleur, entre les Champs-Élysées et le Champ de Mars, permet à l'empereur d'accueillir fastueusement toutes les têtes couronnées.

Le cœur de l'exposition est un anneau géant qui entoure un jardin, sur le Champ de Mars, entre la Seine et l'École Militaire. Parmi ses concepteurs figure un jeune ingénieur du nom de Gustave Eiffel. Il fera plus tard parler de lui.

En marge de l'exposition, les visiteurs peuvent aussi admirer le nouveau Paris élargi en 1860 à vingt arrondissements, avec ses larges avenues, ses immeubles aux fières façades néo-classiques, ses cités ouvrières d'avant-garde et ses gares aux allures de palais.

L'exposition universelle de 1867 à Paris

L'empereur n'est pas à bout d'idées. Il a encore commandé un nouvel Opéra sur les plans d'un jeune inconnu, Charles Garnier. Théophile Gautier le qualifie de « cathédrale mondaine de la civilisation ». Destiné avant tout à la représentation, il ne sera inauguré que sous la IIIe République, laquelle reprendra sans mal les traditions festives inaugurées par le Second Empire.

Le cousin de l'empereur, le prince Napoléon-Jérôme, surnommé Plonplon, a également le goût du faste. Il fait construire dans l'avenue Montaigne une Maison pompéienne pour sa maîtresse, l'actrice Rachel. La maison sera rasée en 1890.

Tout cela ne coûte pas si cher malgré ce qu'en disent les mauvaises langues comme le républicain Jules Ferry qui publie en 1868 une diatribe ironiquement intitulée : Les Comptes fantastiques d'Haussmann, en clin d'oeil à l'opéra-bouffe de Jacques Offenbach, Les contes fantastiques d'Hoffmann. C'est que les travaux d'urbanisme sont financés par la croissance économique et les promoteurs. Quant aux fêtes, elles sont pour l'essentiel financées sur la liste civile de l'empereur (deux millions de francs par an, rien d'excessif au demeurant). 

Répétition de théâtre chez le prince Napoléon (Gustave Boulanger,  1861, Paris, musée d'Orsay / Adrien Didierjean)

Aimez-moi !

Le Balcon (Édouard Manet, 1868, Paris, musée d'Orsay / Patrice Schmidt)L'urbanisme et le mobilier de cette époque n'engendrent pas un style Napoléon III. On a plutôt affaire une orientation stylistique qui revisite les styles du passé : le style Louis XIV pour la réception, Louis XVI pour l'intime, néogothique pour le religieux. L'impératrice Eugénie se prend quant à elle de passion pour le style Louis XVI et pour Marie-Antoinette en particulier. 

Napoléon III n'a pas la fibre artistique ou intellectuelle. Ses passions le portent vers l'économie et le social plus que le mécénat. Du coup, il est sans a priori et par exemple ouvert aux tendances nouvelles comme l'impressionnisme.

En 1863, quand Édouard Manet est exclu du Salon officiel en raison du caractère jugé impudique de son Bain (le Déjeuner sur l'herbe), l'empereur fait en sorte qu'il puisse être accueilli avec d'autres artistes maudits dans un « Salon des refusés ».

Soucieux de rallier à son régime et à sa dynastie toutes les élites françaises, sans esprit de classe, l'empereur organise chaque année dès l'automne 1856 des « séries » d'invitations au château de Compiègne, chacune d'une semaine.

Le Château de Pierrefonds (Emmanuel Lansyer, vers 1868, Beauvais, musée départemental de l'Oise © RMN-Grand Palais Hervé Lewandowski)Il y en a pour les gens de lettres, pour les industriels, les diplomates etc. Prosper Mérimée, l'auteur de Carmen et Colomba, fait partie des proches du couple impérial et c'est à l'occasion de ces invitations qu'il propose une fameuse dictée pour égayer les soirées...

À chaque « série », on ne manque pas non plus d'aller voir l'avancement du chantier de Pierrefonds, un château médiéval proche de Compiègne dont l'architecte Viollet-le-Duc a entrepris la « restitution » à la demande de Napoléon III.

Le comte de Nieuwerkerke, directeur général des musées, assume sa part des relations publiques de l'empereur.

 La Princesse Mathilde (Jean-Baptiste Carpeaux, 1862, Paris, musée d'Orsay © Patrice Schmidt)Avec sa maîtresse, la princesse Mathilde, fille de Jérôme Bonaparte et nièce de l'empereur, il reçoit à Paris aussi bien Gustave Flaubert que les frères Goncourt, Paul Bourget, Sainte-Beuve, Théophile Gautier ou le peintre Baudry. Peu importe que certains hôtes soient républicains ou sujet, comme Flaubert, à des tracasseries judiciaires.

Franc succès au final. Aucun artiste ou écrivain de talent ne reste insensible à ces cajoleries. À une exception près... Pas de chance pour Napoléon III : il s'agit du plus grand poète de son siècle, Victor Hugo !

Il réussira par la seule force de son verbe (Les Châtiments) à effacer le souvenir de la « fête impériale » et les indéniables succès du Second Empire (c'est comme d'imaginer que Picasso soit entré en révolte contre le général de Gaulle...).

Publié ou mis à jour le : 2019-08-01 09:33:49

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net