La Gaule

La Gaule et les Gaulois avant César

Avant notre ère, les Celtes occupaient un immense domaine qui s'étendait des îles britanniques jusqu'au bassin du Danube et même jusqu'au détroit du Bosphore.

Les premiers Romains ont baptisé Galli (« Gaulois ») les Celtes du nord de la péninsule italienne, elle-même appelée Gallia (Gaule), d'après le mot celtique galia (« force » ou « bravoure »). On retrouve encore aujourd'hui cette appellation dans Galicie (Ukraine subcarpathique) et Galice (Espagne). Le quartier de Galatasarai, à Istamboul, rappelle aussi la présence des Galates, cousins des Gaulois, dans la région. Notons enfin que le mot français gaillard a même racine que gaulois.

Après avoir soumis la Gaule cisalpine (entre les Alpes et Rome), les Romains sont passés de l'autre côté des Alpes et ont soumis le rivage méditerranéen, aussitôt appelé Gaule narbonnaise, du nom de sa principale cité, Narbonne. Beaucoup plus tard, Jules César a étendu l'appellation Gallia aux régions situées au sud de la Seine puis à l'ensemble de sa conquête, jusqu'au Rhin. Notons que, par une homonymie accidentelle entre le coq (gallo en latin) et les Gaulois (Galli), on a fait du volatile l'animal fétiche des Gaulois et plus tard des Français !

La conquête romaine allait ainsi donner un semblant d'unité au territoire compris entre les Pyrénées, les Alpes et le Rhin (France, Bénélux, Suisse et Rhénanie actuels). Contrairement aux idées véhiculées du Moyen Âge au début du XXe siècle, contrairement aussi à l'imagerie sympathique d'Astérix le Gaulois, ce n'était en rien un pays de sauvages avec d'épaisses forêts pleines de sangliers. Les historiens et archéologues de la fin du XXe siècle ont fait litière de ces préjugés.

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Brennus, le premier Gaulois

En 390 av. J.-C., la cité de Rome est assiégée par des Gaulois cisalpins, les Sénones. Les Romains ne doivent leur salut qu'à la vigilance des oies sacrées du Capitole. Selon l'historien Tite-Live, celles-ci, par leurs cris, les préviennent d'une tentative d'effraction nocturne des assiégeants.

Malgré leur résistance, les Romains sont contraints à la reddition et à un lourd tribut. Comme ils osent mettre en doute la fiabilité de la balance utilisée par les Gaulois pour peser l'or. Le chef gaulois, Brennus, jette son épée sur la balance en lançant : « Vae Victis !  » (Malheur aux vaincus !).

Une unité fictive

Les Celtes furent ainsi appelés par les Grecs.

Au 1er siècle av. J.-C., le territoire compris entre le Rhin et les Pyrénées était occupé par différents peuples celtes mais aussi ibères ou germaniques. La plupart des habitants appartenaient à la mouvance celte qui s'étendait sur une grande partie de l'Europe, du Bosphore à la Grande-Bretagne. De part et d'autre des Pyrénées habitaient aussi des tribus similaires que, faute de mieux, on appelle aujourd'hui Celtibères. Quant au Rhin, loin d'être une frontière, il était perpétuellement traversé par des tribus que l'on est en peine de qualifier de celtes ou de germaines.

Jules César lui-même a perçu cette hétérogénéité mais, pour des raisons de propagande, afin de justifier auprès de ses concitoyens les limites de sa conquête, il s'est efforcé de la présenter comme un tout cohérent, en l'opposant contre toute évidence aux pays d'outre-Rhin : « La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue, se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des mœurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les cœurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre » (La Guerre des Gaules) (note).

Statuette de barde gaulois à la lyre, découverte à Paule (Côte d'Armor, Bretagne)Avant que les légions de César n'entrent en Gaule, les Romains occupaient déjà la partie méditerranéenne du pays, dont la capitale avait été Narbonne avant de devenir Lyon.

Cette région, la Gaule Narbonnaise, était aussi appelée la Province (dont nous avons fait Provence) car c'était dans l'ordre chronologique la première province de Rome.

La Gaule qui échappait à Rome était communément appelée « Gaule chevelue » du simple fait qu'elle était plus boisée que la Gaule méditerranéenne !...

Comme on l'a vu plus haut, les régions proches des Pyrénées, habitées par des Ibères ou des Celtibères, étaient plus précisément appelées Aquitaine ; au-delà de la Seine, elles étaient appelées Belgique.

La Gaule à la veille de la conquête romaine

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Le territoire entre Rhin et Pyrénées que César appelle Gaules dans son célèbre compte-rendu de la guerre des Gaules est composé d'environ 64 pays relativement divers et sans guère d'unité.

C'est un ensemble fortement peuplé, aux ressources agricoles et minières abondantes, mais dans lequel il serait hasardeux de chercher la France des origines. « Nos ancêtres les Gaulois » est un mythe sympathique, rien de plus.

Un pays riche en ressources naturelles

Dès le milieu du premier millénaire avant notre ère, les Gaulois exploitent le minerai de fer et le travaillent d’une excellente manière, tant pour les armes que pour les outils (faux, socs d’araires…). Le site fortifié de Bibracte, en Saône-et-Loire, révèle ainsi la présence de nombreuses forges artisanales.

Autre ressource importante : l’or. Dans le Limousin, on a recensé pas moins de 250 exploitations artisanales d’or. Les Gaulois font aussi commerce du sel. Celui-ci provient notamment de sources salées. Il est essentiel à la bonne santé des animaux et aux salaisons et fait l'objet d'un commerce intensif à travers toute l'Europe.

Quatrième ressource naturelle : la pierre de meule (en basalte ou grès dur). Elle est très importante pour moudre et piler les céréales et fait aussi l’objet d’un commerce à grande échelle. On a ainsi retrouvé des pierres en basalte d’Auvergne à 500 kilomètres de leur région d’origine.

Cela dit, si le fer et les autres produits du sous-sol sont très largement utilisés par les Gaulois, le bois l’est bien plus encore. Ce premier Âge du fer serait plutôt un… « Âge du bois », le bois étant utilisé d'habile façon dans l'outillage, l'armement et la construction. 

Pour leur alimentation, les Gaulois cultivent essentiellement des pois (lentilles, fèves), des légumineuses et des céréales (blé et surtout orge). La fameuse cervoise, bière gauloise, est issue de la fermentation de l’orge.

Un pays prospère et fortement peuplé

Au premier Âge du Fer (le premier millénaire avant notre ère), la Gaule se caractérise par une forte densité de population avec dix ou douze millions le nombre d'habitants  sur le territoire correspondant à la France actuelle, soit davantage qu'à certaines époques du Moyen Âge.

Loin d'être un pays de forêts impénétrables uniquement peuplées de sangliers comme le laisseraient croire certaines bandes dessinées, elle est en grande partie défrichée et couverte de belles campagnes ainsi que l'atteste l'archéologie aérienne. Elle dispose aussi d’un réseau routier important sur lequel viendra se calquer le réseau romain. Les Romains ne feront que rectifier certaines courbes de ce réseau, dont il ne reste plus guère de trace visible.

La Gaule, soulignons-le, ne connaît pas de villages (ces derniers apparaîtront seulement aux alentours de l’An Mil de notre ère, au Moyen Âge). Elle se présente comme un semis de fermes avec une exploitation agricole tous les 500 mètres environ dans les régions les plus denses.

Le palais de la dame de Vix, près de Châtillon-sur-Seine (VIe siècle avant JC)

Les paysans, du fait d’un sol fertile et d’un climat pluvieux, avec des étés ensoleillés, disposent de fourrage en abondance. Cela leur permet de nourrir en hiver du bétail et des animaux de trait. Du coup, ils  amendent les sols avec le fumier de leurs animaux.

Ils sont aussi en mesure de mécaniser l’agriculture avec des jougs et des attelages qui ressemblent à s’y méprendre aux mêmes équipements employés dans les campagnes françaises au début du XXe siècle. Leurs charrettes, d'une étonnante modernité, ont des roues avec des rayons et un cerclage de fer. Le timon avant est orientable ; une invention qui sera oubliée à la fin de l’Antiquité et retrouvée à la fin du Moyen Âge.

La première moissonneuse

Un bas-relief en pierre découvert dans le bassin parisien atteste de l'exceptionnel savoir-faire gaulois dans l'agriculture et l'élevage : il montre une moissonneuse antique (vallus), poussée par un cheval ou un mulet et manoeuvrée par deux hommes.

Moissonneuse gauloise (bas-relief gallo-romain)

Preuve s'il en est besoin du niveau d'organisation élevé de l'agriculture gauloise, les archéologues ont retrouvé en 2015 pas moins d'un millier de silos à grains sur un terrain argileux, près du site de Puy-de-Corent, sans doute l'ancien oppidum des Arvernes, à huit kilomètres du champ de bataille de Gergovie (note).

Les techniques agricoles des Gaulois paraissent en somme plus avancées que celles des Romains.

D'ailleurs, le potentiel agricole et technique du pays compte pour beaucoup dans l'intérêt que lui portent les Romains... Comme tous les peuples méditerranéens, ces derniers ont recours à des esclaves pour les travaux de la terre, faute de pouvoir entretenir des animaux de trait. Ces esclaves leur sont fournis par les guerres de conquête. Ils les dispensent de toute amélioration technique.

En retour, les Gaulois portent beaucoup d'intérêt à leurs voisins romains. Ainsi les archéologues ont-ils évalué à une centaine de millions le nombre d'amphores de vin que les Gaulois leur auraient achetées dans les siècles précédant la conquête. De quoi justifier leur réputation de bons vivants et de buveurs.

Ils commercent aussi avec les peuples de la Baltique, qui fournissent de l'ambre, et avec les îles Cassitérides (la Grande-Bretagne actuelle) qui produisent l'étain indispensable à la métallurgie du bronze. Ils commercent autant sinon davantage avec les Grecs du sud de l'Italie et de la Grèce, via les ports de la Méditerranée et les routes alpines. C'est sans doute par l'une de ces routes que le beau cratère de Vix a abouti entre les mains d'une dame gauloise, sur les bords de la Seine.

Le trésor de Vix

En 1953, on a découvert à Vix, en Bourgogne, la tombe d'une « princesse » celte morte vers 480 av. J.-C..

Son trésor funéraire incluait un cratère (vase) en bronze de 1,64 mètre, originaire de l'Italie du Sud qu'on appelait alors la Grande Grèce, ainsi que des coupes originaires d'Athènes et des bijoux en ambre et en or. 

Cette découverte atteste que, très tôt, les Celtes de l'hexagone, plus tard appelés Gaulois, avaient des liens commerciaux nombreux avec les civilisations de la Méditerranée

Des dieux et des hommes

Le dieu de Bouray, statue en bronze de 48 cm, découverte en 1845 près d'Étampes (musée de Saint-Germain-en-Laye)Nous avons peu de traces des dieux gaulois. Quatre divinités semblent attestées : Esus, dieu forestier ; Teutatès (le Toutatis d’Obélix), dieu de la tribu ; Taranis, maître du ciel ; Cernunnos, maître du bétail et de la faune sauvage.

Le lien entre les dieux et l'humanité est assuré par les druides, hommes cultivés auxquels on demande conseil, et les bardes, poètes et musiciens, qui délivrent la parole divine. Par souci de préserver leur autorité morale, druides et bardes se réservent l'usage de l'écriture et en dissuadent leurs ouailles.

Contrairement à ce que laisse croire le druide Panoramix, les prêtres gaulois ne célèbrent pas le culte dans la forêt mais dans des temples sans doute assez semblables à ceux que l’on rencontre en Grèce et autour de la Méditerranée.

Ils n’utilisent pas non plus de serpe d’or. Cette légende vient du savant Poséidonios qui, relatant un voyage en pays gaulois en 90 av. J.-C., avait sans doute confondu l’or avec le bronze. Mais ils se réunissent bien chaque année dans le pays des Carnutes (la région de Chartres), sans doute dans un temple.

Les Gaulois pratiquent en général l’incinération, avec inhumation de l’urne funéraire. Ils croient que la mort est une étape dans un cycle de réincarnations successives qui mène pour finir aux demeures célestes.

Les guerriers morts au combat échappent au lot commun. Leur dépouille reste à l’endroit où ils sont tombés mais leur enveloppe immortelle a le privilège d’accéder directement aux demeures célestes en grillant les étapes intermédiaires.

Des guerriers redoutables

Les Gaulois ont laissé à leurs ennemis des souvenirs terrifiants. Eux-mêmes cultivent ce sentiment de terreur et le savourent. Ainsi vont-ils au combat parfois nus et couverts de peintures de guerre...

Ils coupent aussi les têtes des vaincus ainsi que le rapporte Diodore de Sicile, un historien romain du Ier siècle av. J.-C., à propos du sac de Rome par Brennus en 387 av. J.-C. Diodore rapporte aussi les propos de son contemporain le voyageur grec Posidonios d'Apamée selon lequel les Gaulois clouaient à la porte de leur demeure les têtes de leurs ennemis, embaumées dans de l'huile de cèdre. Cette pratique sans doute apparue au Ve siècle av. J.-C. est attestée par les archéologues qui ont retrouvé semblables crânes en 2018, au milieu d'un village gaulois, en petite Camargue (Gard).

Paix et guerre

Au IIe siècle av. J.-C., le territoire gaulois affiche une relative prospérité et une quiétude certaine. On voit apparaître des agglomérations non fortifiées de quelques centaines d’habitants, sans doute des bourgs de marché similaires à ceux du Moyen Âge, qui constituent une amorce d’urbanisation.

Mais tout change brutalement au tournant du 1er siècle av. J.-C. L’Europe celtique se couvre d’oppidums. Pas moins de 200 sites fortifiés recensés de l’Atlantique aux Carpates, parmi lesquels Bibracte, au sud du Morvan (Bourgogne), est l’un des plus importants. La raison en est mystérieuse. Peut-être l’irruption d’envahisseurs tels les Cimbres et les Teutons, que les Romains eurent le plus grand mal à arrêter dans les Alpes provençales en 101 av. J.-C. ?

Dès lors se constituent les « cités » ou « pagi » gaulois : un oppidum entouré d’un maillage de fermes. Certaines de ces cités, telle celle des Éduens, autour de Bibracte, ont une structure politique assez élaborée avec un Sénat (pouvoir législatif) et un consulat nommé pour une courte période (pouvoir exécutif).

Les 64 pays gaulois (« pagus ») sont très différents les uns des autres et sensibles aux influences des pays riverains (Italie, Germanie, Espagne) et même plus lointains (Grèce). Certains sont des chefferies héréditaires, d'autres des républiques plus ou moins démocratiques. Les Éduens, qui habitent au centre de l'hexagone, sont fortement influencés par la culture latine. Ils portent les cheveux courts et s'habillent à la romaine.

Les Gaulois reviennent à la vie

Les Gaulois et plus généralement les Celtes dédaignaient d’écrire. Ils préféraient à l’écrit la transmission orale. Lorsqu’ils devaient néanmoins écrire pour les besoins du commerce, ils se satisfaisaient de l’alphabet grec. De ce fait, ils ne nous ont laissé aucun document sur leur culture et leur religion. 

Nos principales sources écrites demeurent le livre de Jules César et quelques bribes de textes chez des historiens romains. La fragilité de ces témoignages n’autorise aucune certitude sur les Celtes. Parlaient-ils la même langue dans les différentes parties de la Gaule et en Bohème ? Les uns et les autres étaient-ils même celtes ? Nous n’en savons rien.

En janvier 1789, à la veille de la Révolution française, l'abbé Joseph Sieyès publie un opuscule retentissant : Qu'est-ce que le tiers état ? Dans ce petit ouvrage, il présente les Gaulois et plus précisément les Gallo-Romains comme les ancêtres du tiers état (le peuple), en les opposant aux Francs, ancêtres des nobles et aristocrates.

C'est ainsi que sortent de l'ombre les Gaulois, éclipsés jusque-là par les chroniqueurs officiels qui se contentaient de relater les exploits de la monarchie et faisaient remonter celle-ci à Clovis (Ve siècle de notre ère). Le coq devient le symbole de la Nation en raison d’une homonymie latine, gallus signifiant à la fois « coq » et « gaulois ».

Les Gaulois vont acquérir leurs lettres de noblesse avec Napoléon III ! Féru d'histoire antique, l'empereur écrit en collaboration avec Victor Duruy une biographie de Jules César et par la même occasion, se pique de passion pour Vercingétorix. Il le fait représenter sous ses traits à Alise-Sainte-Reine, lieu supposé de la bataille d'Alésia.

C'est le début d'une étrange dichotomie chez les Français cultivés qui considèrent les Gaulois comme leurs ancêtres et dans le même temps, les voient comme des sauvages que les Romains ont eu le bon goût de soumettre et civiliser.

La langue française conserve environ 200 mots d'origine celtique, parmi lesquels alouette, cheval, mouton, crème, soc, sillon, brasserie, braguette, drap, béret, chemin, bagnole, jante, copeau, charpente, berceau, tonneau, mine, étain, lance, javelot, valet... Notons que le mot gauloiserie, allusion à la réputation de bon vivant faite aux Gaulois, apparaît en 1865, en pleine « gallomania ».

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 10:29:52

 
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