La Commune vécue

Mémoires d'un Communard, 18 mars-28 mai 1871

Gaston Da Costa (Larousse,  2009)

La Commune vécue

L'auteur de cet ouvrage paru en 1903 est un jeune grammairien et mathématicien, doux de caractère et simple de moeurs, mais qui fut le secrétaire de Raoul Rigault, le redoutable délégué à la Préfecture de police, aux heures tragiques de la Commune de Paris. Il est condamné à mort par les conseils de guerre versaillais à l'âge de vingt ans, mais sa peine est finalement commuée en travaux forcés à perpétuité, dont il est dispensé par l'amnistie de 1880.

Son récit, commencé au bagne de l’île Nou, en Nouvelle-Calédonie, nous est parvenu grâce à la connivence de son avocat, qui emportait les feuillets dans sa serviette. Après son retour du bagne, Da Costa fait le tour des anciens acteurs de la tragédie et poursuit la recherche de la vérité. Il éclaire l'histoire de cette sombre époque avec tous les drames dont le souvenir est resté inoubliable chez les survivants de l'insurrection.

Sans renier ses convictions, il fait la part des responsabilités de chacun, avec une loyauté indiscutable. Passionné, l'historien ne cache pas sa haine pour Adolphe Thiers, dont il démolit la réputation en l’accusant du massacre prémédité des partisans de la Commune. Sa capitulation devant Bismarck et l'importance des réparations financières ont de son point de vue entraîné le refus de l'armistice jugé comme une trahison envers le peuple.

Avec le récit critique des incidents du 18 mars à Montmartre, qui provoquent la double exécution des généraux Lecomte et Clément Thomas, le rôle de chacun des principaux acteurs du drame est remarquablement mis en lumière. Le responsable est le gouvernement qui, malgré les tentatives de conciliation de Clemenceau, maire du XVIIIe arrondissement, n'a pas su récupérer sans provocations, les canons que les Parisiens et la garde nationale voulaient conserver, après le siège de Paris. Thiers, malgré l'avis contraire de Jules Favre et de Jules Ferry, ordonne à l'armée d' abandonner Paris, faute qui aboutira fatalement à la guerre civile.

Pour Gaston Da Costa, les élections municipales, demandées par les maires, n'ont dégénéré en insurrection qu'en raison de la confusion jetée dans les esprits par l'abandon de Paris, doublée de la crainte d'une attaque en règle de la capitale par Thiers.

Le chef de l'État, ancien conseiller du roi Louis-Philippe, surnommé Foutriquet ou le Minuscule, est soupçonné de vouloir abattre la République en massacrant les patriotes. Lorsque les insurgés veulent réagir et aller au devant de l'armée au pont de Saint-Cloud, il est trop tard, Paris est enfermé dans un cercle de fer et de feu, dans lequel ils vont devoir succomber. Après les combats de rues, rapportés en détail, survient la répression voulue par Thiers. Elle est impitoyable, inhumaine. Napoléon lui-même, dont il était un grand admirateur, en eût frémi. Pendant la «Semaine sanglante», plus de 20.000 insurgés sont massacrés, cependant que les Communards massacrent des otages.

C'est cette tragédie des otages, à laquelle Da Costa prend part en qualité de substitut de la Commune, qui va conduire à son arrestation... Trente-deux ans après, bien que partisan, partial même, il juge sévèrement le Comité central et la Commune, à laquelle il reproche son incapacité. Mais il ne renie pas le jeune homme qu'il a été et garde l'âme enthousiaste et juvénile de l'étudiant républicain opposé au régime impérial.

Blanquiste mais pas franchement socialiste, il était alors habité par une fièvre patriotique, révolutionnaire, républicaine, motivée par le seul désir de sauver la République des orléanistes, des bonapartistes et des Prussiens.

Son oeuvre, en trois volumes, parfois désordonnée, jetée sur la papier dans la passion, méritait un toilettage, écartant le trop-plein de faits annexes, de textes superflus des affiches, des proclamations, des échanges de lettres, des comptes rendus de procès postérieurs, des séances des Comités ou de l'Assemblée nationale, ou encore des combats de rue latérales.

Dans cette réédition, on aboutit à un texte limpide qui défend la vérité en mêlant l'intransigeance d'un avocat à une sincérité peu commune. Ce livre est un cri de protestation contre le fanatisme révolutionnaire, la férocité réactionnaire et la lâcheté. Par la vérité saisissante des scènes vécues ou rapportées, cette oeuvre de bonne foi, vivante, entraînante, coléreuse parfois,sans être pamphlétaire, fait comprendre et apprécier l'épisode sanglant de l'insurrection parisienne de 1871. Voilà un texte qui se lit avec jubilation, comme des mémoires pittoresques et attachantes, dont Montaigne eût pu dire : «Ceci est un livre de bonne foi».

Alain Fillion

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 07:42:47

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