Citéco (Paris)

La Cité de l'économie dans un écrin néo-renaissance

Notre-Dame de Paris brûle mais l’hôtel Gaillard est sauvé ! Inauguré en 1885, ce palais néo-renaissance de la plaine Monceau, dans le cœur chic de Paris, avait été transformé en succursale de la Banque de France en 1920. La succursale ayant été fermée en 2006, son propriétaire s’est résolu à le restaurer et le convertir en un musée de l’économie et de la finance, sous le nom de Citéco (Cité de l’Économie).

L’idée de ce musée a été inspirée au précédent gouverneur de la Banque de France Christian Noyer par une initiative similaire de la Banque Centrale du Mexique, à Mexico ! L’objectif des promoteurs du musée est d’abord de faire découvrir un superbe témoin architectural de la fin du XIXe siècle, ensuite et surtout d’initier les Français aux arcanes de l’économie et de la finance, à travers différents jeux interactifs et équipements multimédia.

Salle à manger de l'hôtel Gaillard, 1 place du général Catroux, Paris 17eCitéco, 1, place du général Catroux, Paris 17e, ouvre ses portes au public le vendredi 14 juin 2019 et pendant tout le week-end, son accès sera gratuit. Autant en profiter car le prix ordinaire de l’entrée, 12 euros, est de nature à refroidir l’appétit de connaissance de certaines familles.

Ne boudons pas toutefois notre plaisir. Le bâtiment à lui seul vaut le coup d’œil avec son architecture de briques, pierres et ardoises, ses gouttières torsadées et dorées, ses boiseries et frises sculptées, son escalier d’honneur et sa salle de bal, qui accueillit deux mille invités en costume d’époque Henri II pour le grand bal inaugural du banquier Émile Gaillard.

Certains éléments du décor d’origine ont été conservés en l’état, avec leurs pièces d’antiquité. C’est le cas par exemple d’une salle de bains ou de la salle à manger.

La scénographie du musée, moderne et avant-gardiste à souhait, s’accorde avec grâce à ce décor néo-renaissance. De la salle des coffres en sous-sol à l’étage de réception, elle déploie ses dispositifs multimédia sur près de 3000 m2.

En finir avec l’inculture des Français en économie

L'hôtel Gaillard, siège de Citéco, la Cité de l'Économie, 1 place du général Catroux, Paris 17ePour les promoteurs de Citéco et Philippe Gineste, son directeur, l’objectif est de remédier à l’inculture des Français en matière économique. Pensez donc, le  rapport du professeur Pierre Robert : Comment élever le niveau des Français en économie (Institut Sapiens, mai 2018) indique que « 70% des Français n’évaluent pas correctement l’inflation et que pour 38 % d’entre eux la situation du commerce extérieur de la France est assez bonne ou même très bonne, un résultat très éloigné de la réalité de notre pays. En outre, la moitié des répondants n’a qu’une idée très approximative du montant actuel net du SMIC et ils sont plus nombreux encore (73%) à ne pas évaluer correctement ce qu’un salarié payé au SMIC coûte à son entreprise » d’après un sondage IFOP-Fiducial, 2017 (note).

Les films et dispositifs multimédia de la Cité de l’Économie s’adressent aux enfants comme aux adultes. Par leur interactivité, leur collégialité (on joue à plusieurs), ils rappellent ceux de la Cité des Sciences, à la Villette, au nord de la capitale.

En début de parcours, par exemple, une table convie les joueurs à comparer le troc et la monnaie à travers des échanges de fruits. À la question Pourquoi échangeons-nous ?,  un panneau explicatif répond succinctement : « D’une part, nous échangeons pour acheter des biens et services dont nous avons besoin mais que nous ne produisons pas. Parce que nous ne savons pas le faire (manque de compétence), ou que nous ne disposons pas de ce qui est nécessaire pour le faire, des matières premières par exemple (manque de ressources) ou encore par manque de temps.

D’autre part, échanger, c’est aussi vendre des biens et des services. Et le fait de se spécialiser dans ce que l’on sait produire le mieux permet de gagner en efficacité sur tous les plans : la qualité, la quantité et les prix.

Ainsi, tous les participants aux échanges peuvent obtenir satisfaction, acheteurs comme vendeurs. » Lumineux !

L'hôtel Gaillard, siège de Citéco, la Cité de l'Économie, 1 place du général Catroux, Paris 17e

On peut se demander à ce propos s’il est besoin d’un jeu multimédia pour comprendre le troc, une pratique qui nous est aussi naturelle que la marche : quel écolier n’a pas, en cour de récréation, échangé billes et pokémons ? Plus sérieusement, le laïus associé au jeu reflète une pensée propre à une école économique particulière, en l’occurrence celle de David Ricardo (1772-1823). Friedrich List (1789-1846), économiste aussi respectable que le précédent, a récusé l’idée que « se spécialiser dans ce que l’on sait produire le mieux permet de gagner en efficacité sur tous les plans : la qualité, la quantité et les prix… ».

Il en va ainsi de la plupart des animations de Citéco. Leur façade consensuelle cache une orientation très marquée de l’économie politique, dans un sens clairement néolibéral.

Ainsi en va-t-il de la définition de l’État, réduit à un acteur économique parmi d’autres, quelque peu encombrant : « Au sens large, l’État regroupe toutes les administrations publiques (…). L’État assure des fonctions souveraines, attachées au pouvoir qu’il détient  sur le pays (police, justice, défense, affaires étrangères). Il intervient aussi dans de nombreux domaines où il produit des services non marchands (éducation, santé…). Il verse des revenus de transfert aux ménages et des subventions aux entreprises et aux associations. »

Ce descriptif pèche par l’absence de l’essentiel : l’État, par la fiscalité et la loi, détermine les orientations de l’économie et de la société, qu’il s’agisse de politique industrielle, de droit du travail, d’environnement, d’urbanisme etc. Par exemple, selon le poids de la fiscalité sur les énergies fossiles, les consommateurs et les industriels s’orienteront vers des produits plus ou moins respectueux de l’environnement.

Citéco s’en tient à une approche apolitique de l’homme, réduit à un homo oeconomicus dépourvu de sensibilité, et de la société, où tous les problèmes pourraient se gérer et se résoudre avec les équations ad hoc. C’est une approche à laquelle les historiens sont traditionnellement réfractaires car, pour eux, les ressorts de l’activité humaine vont bien au-delà des besoins physiologiques : besoins de reconnaissance, d’affection, de puissance, de protection etc. C’est seulement ainsi que l’on peut comprendre des décisions économiques au premier abord irrationnelles comme, dans les années 1920, la surévaluation du cours de la livre et des monnaies européennes, ou aujourd’hui, les sanctions américaines à l’égard de la Chine ou de l’Europe.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-06-13 15:08:26

 
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