Options de lecture

Grandes Heures de Victor Hugo

L'architecture, une obsession hugolienne

9 août 2026. Si Victor Hugo est le « plus grand poète français... hélas » (André Gide), il n'a cependant rien d'un rêveur tête en l'air. C'est un homme d'action, un guerrier, qui a fait de la plume son arme favorite mais se sert aussi volontiers du crayon et du dessin. Le premier combat de sa vie se rapporte à la défense du patrimoine architectural. Et de toute sa vie, il n'en démordra pas.
C'est à lui que l'on doit en France et plus largement en Europe la sauvegarde des monuments du passé. Une belle exposition nous le rappelle jusqu'au 22 novembre 2026 dans la maison Victor Hugo de la place des Vosges (Paris)...

Le poète n'a encore que 23 ans quand, en 1825, au retour d'un voyage en France avec son ami Charles Nodier, il publie dans une revue littéraire du Jour de l'An un violent réquisitoire contre les gouvernants et les élus qui détruisent le patrimoine architectural du pays.

Le texte originel de cette Note sur la destruction des monuments en France s'est perdu mais le 13 mars 1832, soit un an après la sortie en librairie de son grand roman gothique Notre-Dame de Paris. 1482, Victor Hugo rappelle cette note dans un mémorable article de La Revue des Deux Mondes sous le titre expressif : Guerre aux démolisseurs (source) !

Victor Hugo, Phare d'Eddystone, plume, pinceau, barbes de plume, encre brune et sépia (?) sur papier vélin, 1866 © Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey Paris MuséesLa même année, un éditeur publie la Note de 1825 sans en référer à l'auteur. Herodote.net a pu retrouver ce texte et vous le soumet en exclusivité. À sa lecture, chacun peut mesurer le tempérament prophétique et visionnaire de l'auteur.

Ainsi peut-on lire : « Il serait temps enfin de mettre un terme à ces désordres, sur lesquels nous appelons l’attention du pays. Quoique appauvrie par les dévastateurs révolutionnaires, par les spéculateurs mercantiles, et surtout par les restaurateurs classiques, la France est riche encore en monuments français. Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait ; qu’on la fasse.
Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur ; misérables hommes, et si imbéciles, qu’ils ne comprennent même pas qu’ils sont des barbares ! Il y a deux choses dans un édifice, son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde ; c’est donc dépasser son droit que le détruire. »

Victor Hugo comme vous ne l'avez jamais vu

Victor Hugo, Le créateur, l'homme et le citoyen engagé (Paul Giraud, éditions Herodote.net, 168 pages, 16 euros)Et si Victor Hugo était bien plus que le grand-père à barbe blanche figé dans les manuels scolaires et la littérature universitaire ?
Dans Victor Hugo, le créateur, l'homme et le citoyen engagé (éditions Herodote.net), Paul Giraud, agrégé d’arts plastiques et familier de l’univers du poète, nous invite à découvrir un Victor Hugo multiple, foisonnant et moderne. Écrivain, artiste, amoureux passionné… le « grand homme » se révèle ici dans toute sa richesse et ses contradictions.
En 168 pages, richement illustré de nombreuses images en couleur et nourri d’abondantes citations, ce livre se lit avec plaisir et simplicité. Il s’adresse à tous les publics, et notamment aux lycéens, qui pourront y découvrir un Victor Hugo vivant, curieux, engagé et tout sauf ennuyeux...

Hugo premier protecteur du patrimoine

De fait, l'énergie et le talent de Hugo vont déplacer des montagnes. Dans les cinq ans qui suivent, le Président du Conseil François Guizot forme une commission pour recenser les monuments qui méritent d'être protégés avec le concours de Prosper Mérimée et du poète lui-même.

Pilotell, La vision du poète (Illustration du chapitre Notre-Dame de Paris dansLe Livre d'or de Victor Hugo), fusain, avant 1883, © Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey Paris Musées

Eugène Viollet-le-Duc s'engage à restaurer ce qui l'être. Il va attacher son nom à la réhabilitation de Notre-Dame de Paris. Pour les gargouilles et les statues des balcons des tours, il se montrera plus proche de l’imaginaire hugolien que de la réalité archéologique et Hugo pourra dire de Notre-Dame qu’elle a été « magnifiquement restaurée. »

Dans le palais de Versailles, depuis longtemps à l'abandon, le roi Louis-Philippe inaugure pour sa part en 1837 un musée de l'Histoire de France en hommage « À toutes les gloires de la France » comme il est écrit sur le fronton.

Victor Hugo, Ville au pont rompu, plume et lavis d'encre brune, crayon noir, aquarelle,  grattages, utilisation d'un pochoir sur papier vélin, 1847 ; agrandissement :  Ville au bord d'un lac, plume, pinceau , lavis d'encre brune,lavis d' encre noire,  crayon gras, craie, grattages, zones frottées ,réserves, utilisation de pochoir sur papier beige © Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey Paris Musées

La pierre et la plume

À ces prémisses, on mesure le poids de l'architecture dans l'oeuvre hugolienne, dans ses écrits comme dans ses dessins et ses lavis (une forme d'aquarelle très diluée) ou encore dans ses décors de théâtre.

Ses voyages dans les provinces françaises, en Belgique ou dans la vallée du Rhin lui ont inspiré des croquis précis au crayon, pris sur le vif : des églises, des cathédrales, des châteaux, des ruines. Lui disait « dessiner entre deux strophes ».

Mais l’écrivain était aussi sensible aux atouts de la photographie alors naissante. Il en avait compris l’importance artistique et deviné la postérité certaine. Collectionneur compulsif, il rassemblait sous forme d’albums les clichés de monuments et paysages.

Célèbres sont ses dessins de phares. Il n’a jamais vu le phare d’Eddystone situé au sud de l’Angleterre, mais son dessin s’inspire d’une gravure. Il complique avec fantaisie cette architecture jusqu’au baroque et commente ainsi : « L’architecture d’une tour de phare est magnifique et extravagante. On y prodiguait les balcons, les balustres, les tourelles, les logettes, les gloriettes les girouettes (…) Outre les fantaisies de pierre il y avait les fantaisies de fer, de cuivre, de bois, les serrureries faisaient relief, les charpentes faisaient saillies. »

Le burg à la croix, œuvre de grand format, constitue un chef-d’œuvre incontesté. Elle a été peinte en 1850 dans l’appartement de Juliette Drouet. On y voit un château irréel qui se reflète dans l’eau et une croix monumentale aussi haute que l’édifice alors qu’il s’agissait d’un petit objet que possédait Hugo. Ce n’est plus une architecture historique mais une architecture mentale.

Victor Hugo, Le Burg à la croix, dessin sur papier beige marouflé sur toile, cadre peint  et gravé  par l'auteur en 1871, © Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey Paris Musées

Paul Claudel écrivit à propos de ces dessins qu’ils donnaient au spectateur « une vue directe sur l’âme de Victor Hugo. »

Pour ses pièces de théâtre, en plus de fort longues didascalies (notes de mise en scène), Hugo dessine les décors avec une grande minutie. Les croquis très précis pour les décors de Ruy Blas le prouvent.

Victor Hugo, Frontispice pour La Légende des Siècles, plume et lavis d'encre brune sur crayon de graphite, encre noire ?, gouache,  1859 © Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey Paris MuséesPour Les travailleurs de la mer, L’homme qui rit ou La légende des siècles, il réalise aussi de nombreux croquis qui ne sont pas des illustrations mais plutôt des documents de travail qui l’inspirent.

Et peu à peu, le motif architectural se détache de la réalité, devient prétexte à l’imaginaire et des édifices étranges, des constructions chancelantes, des paysages hallucinés font leur apparition. Ils constituent la part la plus originale de son œuvre peinte. Ce sont les surréalistes qui, les premiers, ont compris l’originalité de ces dessins fantastiques.

Victor Hugo révéla enfin ses talents d’architecte d’intérieur et de décorateur à Hauteville-House, la maison qu’il occupa pendant ses années d’exil, de 1856 à 1870, sur l’île anglo-normande de Guernesey.  Chaque pièce de cette maison pourrait figurer un drame romantique.

Génie complet, « homme-océan », Victor Hugo voyait dans l'Architecture « le grand œuvre de l’humanité »... et dans le Livre son complément et son substitut, ainsi qu'il ressort de sa célèbre péroraison au chapitre 2 de Notre-Dame de Paris. 1482 : « Ceci tuera cela »

Paul Giraud, avec la contribution d'André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-08-09 07:32:18

Aucune réaction disponible

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages