James Joyce (1882 - 1941)

L'Odyssée d'un écrivain

James Joyce photographié par Alex Ehrenzweig en 1915.À la question, « Quel livre n'avez-vous jamais pu terminer ? », Ulysse est toujours le grand gagnant. Son auteur, James Joyce, est aujourd'hui célébré dans son Irlande natale comme un écrivain majeur du XXe siècle.

Voyons comment son parcours quelque peu chaotique l'a amené à donner naissance à ce roman-monstre, véritable Himalaya de la littérature mondiale.

Isabelle Grégor

L'Irlandais

C'est à Rathgar, un faubourg de Dublin, que le petit James voit le jour le 2 février 1882. Ses parents, catholiques, auront treize enfants même si tout semble les opposer : autant Mary se dévoue au bien-être de sa progéniture, autant John pense essentiellement à dépenser son argent, voire à le boire.

James Joyce en 1888 à l'âge de six ans.Le résultat ne se fait pas attendre : faillites et licenciements se succèdent, obligeant la petite famille à déménager sans cesse. De son père James héritera une certaine inadaptation sociale, mais aussi le goût des mots que ce bon vivant manie avec fougue.

En 1888, le jeune garçon entre au collège où il se fait remarquer par ses résultats brillants. Il est prêt pour pousser les portes de l'University College de Dublin où il consolide ses connaissances en littérature mais aussi en français et italien. Pourtant, au moment de choisir dans quelle spécialité il va poursuivre ses études, c'est la médecine qu'il choisit !

Errances

En 1903, le voici débarquant à Paris avec déjà plusieurs textes sous le bras : pièces de théâtre, articles mais aussi pages entières de poésie, genre qui lui a valu une première publication alors qu'il avait à peine 9 ans.

James Joyce photographié par Camille Ruf vers 1918, Cornell Joyce Collection. En agrandissement, statue en bronze de l'écraivain à Dublin.La médecine est vite oubliée dans les estaminets où il travaille à dilapider ce qui reste de la petite fortune familiale. La mort de sa mère le ramène quelques mois plus tard à Dublin mais la tentation de l'alcool, les mauvaises fréquentations et l'absence de perspectives l'incitent à partir pour Zurich avec Nora Barnacle, une jeune femme de chambre.

Tout en commençant à travailler à son autobiographie, Portrait de l’artiste en jeune homme (Dedalus en anglais, 1916), il devient enseignant d'anglais à Trieste où il peut assouvir, à l'école Berlitz, sa passion pour les langues : il en étudiera 13 différentes ! Mais il continue à boire et dépenser, s'abandonnant à ses mauvais démons que la naissance de ses deux enfants ne fait aucunement fuir.

À l'assaut d'Ulysse

La guerre le surprend à Zurich où, après avoir terminé Gens de Dublin (1914), il s'attelle à un roman ambitieux, Ulysse. Il sait en effet qu'il peut désormais faire confiance à sa mécène, l'éditrice anglaise Harriet Shaw Weaver qui va lui procurer de quoi se consacrer totalement à l'écriture.

Portrait de James Joyce par Jacques-Emile Blanche, 1935, Londres,  National Portrait Gallery. En agrandissement, statue en bronze de l'écrivain sur le Grand Canal de Trieste réalisée par Nino Spagnoli en 2004. C'est le temps également des grandes discussions littéraires avec ses homologues du nom de Marcel Proust, Samuel Beckett et Ernest Hemingway. Lorsque Ulysse est publié dans la petite librairie parisienne Shakespeare and Company (1922), les critiques se montrent plus que divisés.

Qu'importe ! Il a déjà commencé Finnegans Wake (1939) mais il avance lentement, accaparé par la maladie mentale de sa fille et géné par d'importants problèmes de vue.

À l'annonce de la Seconde Guerre Mondiale, il décide de repartir pour Zurich où il meurt le 13 janvier 1941, victime d'une perforation d'un ulcère au niveau du duodénum.

La tombe de James Joyce à Zurich dans le cimetière Fluntern. La statue du sculpteur américain Milton Hebald montre un James Joyce pensif, interrompu dans sa lecture, avec une cigarette.

Objet non identifié

Le 16 juin 1904, un dénommé Leopold Bloom se promène tranquillement dans Dublin... Rien de choquant a priori dans le sujet d'Ulysse, publié entre 1918 et 1920 dans une revue américaine. Mais les critiques n'ont guère apprécié certains épisodes, jugés proches de la pornographie. Le livre est très rapidement frappé d'une condamnation pour obscénité qui lui interdit les présentoirs des librairies. Il faut dire que les soutiens de Joyce étaient particulièrement peu nombreux, si l'on excepte ses traducteurs et, en France, Valéry Larbaud. Pour Virginia Woolf, le livre est « un dévidoir d’indécences ». Même les surréalistes, esprits pourtant ouverts à toute innovation, ne le goûtent guère. Est-ce sa seule crudité qui choque ? Ou plutôt le procédé du monologue intérieur qui désarçonne les lecteurs les plus courageux ? À moins que ce soit les 18 points de vue qui rendent compte du déroulé d'une seule journée dans 18 styles différents ? Aujourd'hui encore, Ulysse passe pour un chef-d’œuvre de la littérature mondiale, mais un chef-d’œuvre... illisible. Ce qui n'empêche pas ses nombreux admirateurs de se retrouver tous les 16 juin pour un festif « Bloomsday » !


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Publié ou mis à jour le : 2021-02-07 22:44:37

 
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