Indochine

Des territoires et des hommes, 1856-1956


Sabre de l'empereur Gia Long (XVIIIe siècle) L’Indochine, « perle de l’Empire », tient une place particulière dans le passé colonial de la France. De la conquête des territoires à la fin de la présence française après la défaite de Dien Bien Phû, le musée de l’Armée (Invalides, Paris) retrace les étapes d’un siècle de colonisation jusqu’au 26 janvier 2014.

Objets de la vie quotidienne, cartes, uniformes, traités de paix et documents officiels, extraits de journaux… Avec plus de 380 pièces, au risque de l'indigestion, l’exposition explore cent ans de présence française.

Les multiples facettes du passé colonial de la France, dans cette région du monde au carrefour de l’Inde et de la Chine, sont néanmoins passionnantes, à l’image des vidéos.

Le visiteur admire le spectacle annamite des soldats indochinois en plein milieu de la Grande Guerre ou encore la visite à dos d’éléphant d’un temple par le peintre suisse Regnault Sarrasin, à l’hiver 1924-1925.

Aspects militaires, économiques, culturels et religieux de la présence française, dans ce qui constitue aujourd’hui les territoires du Cambodge, Laos et Vietnam, s’allient aux images exotiques d’un ailleurs qui suscita des intérêts commerciaux dès le XVIIe siècle.

Jeux et objets pris aux Pavillons Noirs (1885)

Au XVIIIe siècle, Louis XVI établit des relations diplomatiques avec le roi de la Cochinchine par l’intermédiaire de Mgr Pigneau de Béhaine, vicaire apostolique.

Petit à petit, la France s’assure la maîtrise du territoire indochinois. Avec le traité de Saigon du 5 juin 1862, l’empereur du Annam, Tu Duc, cède les trois provinces de la Cochinchine - My Tho, Gia Dinh et Bien Hoa - ainsi que l’archipel de Poulo Condor.

Tirailleurs annamites (1906) En 1863, le Cambodgepasse sous le protectorat français, territoire indispensable au contrôle du delta du Mékong. En 1867, les trois provinces occidentales du Nam Ky sont annexées. L’administration directe se substitue à l’administration indirecte.

Les missions d’exploration du territoire se mettent en place, au sein desquelles les officiers de marine jouent alors un grand rôle.

À partir de 1873, la France, guidée par une « mission civilisatrice », envoie un corps expéditionnaire conquérir et pacifier l’Annam et le Tonkin. Des vestiges de cette période, le musée de l’Armée présente notamment le sabre de l’empereur d’Annam Gia Long, pris lors du combat de Hué, le 5 juillet 1885. Au-dessous de l’élégant pommeau à tête de dragon, avec ses pierres de jade, corail, ses perles, pierreries et vermeil, la lame porte l’inscription « Thai A », issue d’une légende mêlant forgeron, sabres métamorphosés en dragons et astrologues.

L’« Union Indochinoise » regroupe en 1887 une colonie (Cochinchine), trois protectorats (Cambodge, Annam, Tonkin), et se conclut en 1893 par la mise sous protectorat des principautés laotiennes, puis la rétrocession de plusieurs territoires par le Siam au Cambodge et au Laos, en 1907.

Alors que l’unité administrative et financière est mise en place, les rites et coutumes indochinois, encore méconnus, commencent à éveiller l’intérêt des Français de la métropole. Avec leurs dents noires laquées au bétel, leur longue chevelure relevée en chignon et leur salacco sur la tête - sorte d’assiette en lamelles de bambous –, les tirailleurs tonkinois font sensation lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889.

En cette fin de XIXe siècle, l’art sert également à mettre en valeur les nouvelles possessions et familiariser la métropole avec ses nouvelles colonies. Les artistes français sont envoyés en Indochine grâce à des bourses de voyage et avec pour mission de rapporter leurs impressions mises en image.

L’initiative attendra son apogée avec la création de l’école des Beaux-Arts de Hanoi en 1924. L’exposition montre, à ce propos, deux très belles sculptures : une « Tête d’indochinoise » de Vu Cao Dam (1930) et une « Danseuse royale cambodgienne » d’Evariste Jonchère (1933).

Affiche de propagande en faveur des troupes coloniales

Une colonie d’exploitation

Colonie d’exploitation, l’Indochine ne compte que 20 000 Français dans les années 1910, les trois-quarts d’entre eux habitant dans les centres urbains de Saigon-Cholon et Hanoi. Les Français participent essentiellement à la mise en valeur économique du territoire. Le réseau ferré, routier, les infrastructures se développent, au même titre que l’exploitation des ressources minières et agricoles. Quelques industries s’implantent et les maisons de commerces, telle la société Denis frères, tiennent principalement lieu de soutien aux corps expéditionnaires.

Face à cette oligarchie, des troubles incitent le gouverneur général Albert Sarraut (1911-1913 et 1916-1919) à instaurer une nouvelle politique d’association des élites au pouvoir colonial. Mais les efforts de réformes des institutions et la tentative de développer l’instruction publique ne s’accompagnent pas d’une véritable ouverture. En parallèle, émerge une bourgeoisie vietnamienne et chinoise, composée de négociants et de propriétaires fonciers.

La Seconde Guerre mondiale marque un frein à la présence française en Indochine. Engagée du côté de Vichy, la colonie s’engage dans la collaboration avec le Japon qui garantit à son administration la souveraineté en échange de l’installation de bases militaires. Avec l’opération Meigô du 9 mars 1945, l’armée japonaise attaque les forces françaises. Ces dernières sont balayées en quelques heures.

À la fin de la guerre, la France envoie un corps expéditionnaire restaurer sa souveraineté tout en menant avec Ho Chi Minh, jusqu’en 1946, des négociations qui échouent et débouchent sur une guerre coloniale. L’avènement de la République populaire de Chine en 1949 bouleverse les équilibres. La défaite de Diên Biên Phu le 7 mai 1954 et la signature des accords de cessez-le-feu par Pierre Mendès France le 21 juillet 1954 mettent fin au conflit. Ils donnent naissance à une nouvelle partition nord-sud du pays.

À noter :
- Le parcours pédagogique très ludique, tout au long de l’exposition, destiné aux enfants de plus de 7 ans.
- Le catalogue de l’exposition « Indochine. Des territoires et des hommes, 1856-1956 » (Gallimard).

Camille Barbe



Entrée : 8,5 euros euros (tarif réduit : 7,5 euros euros)
Site internet : cliquez ici

Localisation :
Musée de l'Armée, 129, rue de Grenelle 75007 Paris

Publié ou mis à jour le : 2016-06-30 14:08:57

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