Guerre de Crimée

Français et Anglais côte à côte

La guerre de Crimée voit la France de Napoléon III, le Royaume-Uni de Victoria ainsi que le Piémont-Sardaigne de Victor-Emmanuel II affronter la Russie d’Alexandre II. C'est à bien des égards la première guerre de type « moderne »  avec ses tranchées, ses offensives absurdes, ses massacres à la mitrailleuse… et ses reportages photographiques.

Pendant deux ans, des armées mal commandées s'affrontent sans résultat. Faute de mieux, elles vont alimenter la chronique de bons mots, remplir les livres d'Histoire d'exploits dérisoires et les rues et ponts de Paris de noms exotiques.

Notons que c'est la première occasion pour les Anglais et les Français de combattre côte à côte après sept siècles de conflits, une occasion qui se renouvellera soixante ans plus tard, lors de la Grande Guerre.

Pour Napoléon III, cette guerre mal engagée et mal gagnée s'avère néanmoins un succès sur la scène internationale (le premier et le dernier).

Le traité de Paris, qui y met un terme le 30 mars 1856, lui permet de remodéler la carte de l'Europe issue du congrès de Vienne et de la défaite de son oncle Napoléon 1er, quarante et un ans plus tôt.

Alban Dignat
Le général Mac-Mahon avec le 1er Zouaves avant l'attaque de Malakoff (Alphonse Aillaud, 1855, Musée de l'Armée, Paris)

Une querelle d'un autre âge

À l'origine du conflit, l'on trouve une querelle d'un autre âge entre l'empereur français Napoléon III et le tsar Nicolas Ier. Chacun veut assurer en exclusivité la protection des Lieux Saints de Jérusalem, partie intégrante de l'empire turc. Comme le sultan d'Istamboul semble donner la préférence aux catholiques représentés par Napoléon III, le tsar Nicolas 1er juge le moment venu de régler la « Question d'Orient » posée par la déliquescence de l'empire ottoman. 

Le tsar propose à l'Angleterre un partage à l'amiable des possessions ottomanes. « La Turquie est l'homme malade de l'Europe », dit-il en substance à l'ambassadeur d'Angleterre. « Il ne faut pas le laisser disparaître sans avoir réglé sa succession ». Il lui suggère de prendre l'Égypte et la Crète, lui-même établissant son influence dans les Balkans. 

Mais l'Angleterre refuse le partage par crainte que la Russie n'acquière trop d'influence en Méditerranée et en Orient, ainsi qu'en Afghanistan où elle côtoie dangereusement ses possessions des Indes. Elle préfère conserver l'empire ottoman en l'état pour le gérer à sa manière.

Dépité, le tsar attaque et détruit de son propre chef la flotte turque de la mer Noire. Il envahit aussi les provinces roumaines de l'empire turc, la Moldavie et la Valachie. Il profite de l'occasion pour combattre les tribus insoumises du Caucase, en particulier les Tchétchènes regroupés autour du prince (ou imam) Chamyl.

L'empereur des Français, qui avait proclamé à son avènement : « L'Empire, c'est la paix ! », se rapproche de Lord Aderdeen, qui dirige le gouvernement de la reine Victoria. Les deux hommes d'État font cause commune avec le sultan Abdul-Medjid 1er.

C'est la première fois depuis... le couronnement d'Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt, 700 ans plus tôt, que les deux nations s'apprêtent à combattre ensemble ! Invoquant la préservation de l'empire ottoman, les deux alliés déclarent la guerre à la Russie le 27 mars 1854 et envoient leur flotte dans la mer Noire.

Leur alliance est rejointe (de façon quelque peu symbolique) par le roi de Piémont-Sardaigne. Celui-ci, à l'initiative du Premier ministre Cavour,  veut s'attirer les faveurs de Londres et Paris dans la perspective d'une prochaine guerre contre l'Autriche, qui l'empêche de réaliser l'unité italienne.

Le siège de Sébastopol

Sous le commandement respectif des généraux Saint-Arnaud et lord Raglan, Français et Anglais débarquent à Eupatoria, dans la presqu'île de Crimée, le 14 septembre 1854. Leur objectif est la puissante base navale de Sébastopol, à la pointe de la péninsule. En la détruisant, les alliés veulent ainsi assurer la sécurité de Constantinople. Les Russes n'ont pour la défendre que 40 000 hommes postés sur les hauteur qui dominent le fleuve Alma. 

Une audacieuse escalade des zouaves, le 20 septembre 1854, débusque les Russes de leurs positions. Le siège de Sébastopol commence dès lors la semaine suivante. Mais faute d'un commandement unique et décidé, les troupes s'enlisent. Saint-Arnaud, victime du choléra, comme le seront beaucoup de ses soldats, est remplacé par Canrobert à la tête des troupes françaises.

La citadelle est remarquablement défendue par le colonel russe Franz Todleben. Celui-ci improvise un système de fortifications en terre qui peut être facilement réparé à la pelle. Par ailleurs, les défenses sont assurées par trois mille canons récupérés sur les navires de la flotte, lesquels ont été coulés à l'entrée de la baie afin d'en interdire l'accès.

Bientôt rejoints par une poignée de soldats piémontais, les assiégeants, au nombre de 185 000, doivent mener une éprouvante guerre de tranchées. Ils arrivent néanmoins à briser deux tentatives russes de briser l'encerclement,  à Balaklava le 25 octobre 1854 et Inkerman le 5 novembre 1854.

Florence Nightingale (12 mai 1820 – 13 août 1910) L'hiver se fait meurtrier pour les troupes, victimes du froid, du choléra et du typhus plus encore que des combats, d'autant que l'impréparation du conflit a été totale et les services de ravitaillement et de soins en-dessous de tout.

Une Britannique de 34 ans, Florence Nightingale, émue par l'abandon des malades, organise avec talent des hôpitaux de campagne. Son talent et son dévouement font la Une des journaux anglais.

La campagne donne lieu à d'héroïques mais dérisoires opérations comme la charge de la Brigade légère de Lord Cardigan pendant la bataille de  Balaklava.  

Mais à Londres et Paris, l'opinion s'exacerbe devant l'enlisement du conflit. Un consommateur parisien est interpellé pour avoir lancé dans un café : « C'est ici comme à Sébastopol, on ne peut rien prendre ! ». Enfin, les zouaves du général de Mac-Mahon s'emparent du fort Malakoff, qui domine la citadelle de Sébastopol.

La chute de Malakoff décide du sort de Sébastopol. Les Russes se retirent de la citadelle deux jours plus tard, après l'avoir proprement incendiée. En onze mois, le siège a coûté plus de cent vingt mille hommes aux alliés (20 000 Britanniques, 95 000 Français), dont les trois quarts emportés par la maladie et le froid.

Reporters de guerre

Soldats en  CriméeLa guerre de Crimée annonce sur un plan militaire la Grande Guerre et ses horreurs : assauts inutiles et meurtriers, tranchées défensives, usage intensif de l'artillerie et première apparition de la mitraillette…

Notons en marge de l'aspect géopolitique que la guerre de Crimée donne également lieu aux premiers reportages de guerre. 

La photographie apparue trente ans plus tôt acquiert ici ses lettres de noblesse.

Tranchées russes devant Sébastopol (guerre de Crimée, 1854-1856)

Napoléon III exulte

Quelques mois plus tard, le tsar demande la paix. Le traité de Paris, le 30 mars 1856, hisse Napoléon III au pinacle, quatre ans à peine après son avènement. Le bonheur de l'empereur est à son comble avec la naissance de son fils Eugène Louis Napoléon, le 16 mars 1856, pendant le congrès !

L'influence française sort renforcée en Orient. Mais la Russie, humiliée, prend conscience de sa faiblesse et reproche durablement à son ex-allié autrichien de ne pas l'avoir soutenue. Le nouveau tsar, Alexandre II, entreprend de vastes réformes.

Quant à l'Angleterre, déçue par son alliance avec la France après sept siècles de conflits quasi-ininterrompus, elle se retire dans un « splendide isolement » jusqu'à la fin du siècle. Après quatre décennies de paix et de prospérité sans nuages en Europe, voilà que se mettent en place les ingrédients des drames futurs...

Les plénipotentiaires au congrès de Paris, 1856 (Édouard Dubufe, 1856, musée de Versailles)

 


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• 27 mars 1854 : déclaration de guerre
Publié ou mis à jour le : 2019-03-26 13:42:16

 
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