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Face à l'obscurantisme woke

Régressions identitaires

Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren (PUF, 22 euros, 460 pages,  2025)

Face à l'obscurantisme woke

Les universités occidentales ont été gangrénées dans les deux dernières décennies par le wokisme, une démarche militante qui attribue aux Européens tous les péchés du monde. Sa vacuité intellectuelle et scientifique a été mise en évidence dans un ouvrage savant, Face à l'obscurantisme woke (PUF, avril 2025).

Cet ouvrage collectif, dirigé par trois professeurs, Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren, rassemble les travaux d'une vingtaine de chercheurs et essayistes, chacun traitant du wokisme dans son domaine de compétence.

Le livre a suscité une flambée de polémiques dès avant sa parution du seul fait de son titre. Son contenu est d'un intérêt variable comme il en va dans un ouvrage écrit à plusieurs mains. Soulignons que les auteurs s'en tiennent pour l'essentiel à la critique du wokisme en milieu universitaire et à son emprise sur les étudiants et les doctorants.

Dans l'introduction, Emmanuelle Hénin, professeur de littérature comparée (Sorbonne), assimile le wokisme universitaire à un « obscurantisme » par le fait qu'il développe « une série de pseudo-sciences, fondées sur des postulats militants au mépris de l'objectivité et parfois de la raison [...] : les mathématiques queer, la linguistique des plantes, l'écopoétique... » Cet obscurantisme est totalitaire « parce qu'il regarde tous les phénomènes humains à travers une grille militante qui les violente en les réduisant de force à des enjeux de pouvoir et à un manichéisme militant. Ratatinée par ce rouleau compresseur idéologique, la réalité se résume à quelques mots d'ordre : hétéro-patriarcat, racisme systémique, culture du viol, décoloniser, queeriser, sans oublier l'intersectionnalité, ce nouveau fil à couper le beurre ».

Emmanuelle Hénin enfonce le clou : « Obscurément conscient de produire des pseudo-savoirs et n'osant se fier à ses simili-arguments pour convaincre les récalcitrants, ce courant ignorantiste impose ses vues par le terrorisme intellectuel. Tout l'édifice repose en effet sur quelques pétitions de principe et dogme jamais interrogés : la fluidité du genre, le racisme de la police, le colonialisme et le sexisme systémiques. Ainsi, affirmer la réalité biologique des sexes est devenu une entreprise héroïque ou suicidaire... ».

Notons le récit éclairant du philosophe Peter Boghossian, rapporté par Samuel Fitoussi, sur la manière dont une idée ubuesque a pu acquérir une légitimité scientifique.

Interpellés il y a quinze ou vingt ans par l'épidémie d'obésité qui frappait les classes populaires étasuniennes, une poignée d'universitaires se sont proposés d'y remédier... Non pas en dénonçant l'industrie agro-alimentaire et pharmaceutique à l'origine de cette épidémie et qui en tire profit de toutes les manières possibles. Mais en dénonçant d'une façon très woke  les discriminations basées sur le poids dans les sociétés occidentales !

S'étant convaincus que « notre perception négative de l'obésité est une construction sociale », sans considération des risques du surpoids pour la santé, ils ont lancé une revue dite scientifique, Fat Studies, avec conseil d'administration, processus de soumission et comité de lecture et des articles pompeux tels que « Vers une pédagogie du gras : remise en question du discours sur l'obésité dans l'enseignement supérieur ».

Après quoi des spécialisations académiques sur les Fat Studies sont créées dans les universités, l'une après l'autre. Les étudiants qui ont besoin d'acquérir des points pour accéder au diplôme final se soumettent à la doxa et amplifient le mouvement. Ainsi une réflexion de café du commerce s'est-elle vue transformée en savoir scientifique incontestable, interdisciplinaire et intersectionnel.

Ce qui vaut pour les Fat Studies vaut aussi pour les Decolonial studies ou encore  les Gender studies qui contestent l'idée que l'espèce humaine serait sexuée à l'image de toutes les autres espèces vivantes. Écrasé par le poids de son obscurantisme, le wokisme passera-t-il comme avant lui le maoïsme et le trotskisme post-soixante-huitards ? Nathalie Heinich en doute du fait d'un phénomène inédit : les réseaux sociaux dont elle dénonce les ravages décivilisateurs et qui « sont pour beaucoup dans la diffusion extraordinairement rapide et massive de l'idéologie woke ».


Lire la suite : Un wokisme peut en cacher un autre

Publié ou mis à jour le : 13/08/2026 21:48:20

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