Socrate (470 av. J.-C. - 399 av. J.-C.)

Douter pour penser

Buste de Socrate. Marbre, copie romaine d'un original grec du IVe siècle av. J.-C., villa des Quintilii sur la Via Appia, musées du vatican.De Socrate nous n’avons rien, pas un écrit, ni même une tombe. C’est seulement de la bouche de ses contemporains, en particulier de Platon, que nous pouvons tenter d’apprendre l'histoire d'un homme qui toute sa vie, n'a laissé personne indifférent. Est-ce par sa capacité à ne jamais cesser d’interroger les autres et soi-même ?

Découvrons comment celui qui nous a légué le doute est devenu le père de la philosophie occidentale.

Naissance de Socrate, renaissance d’Athènes

Né en 470 av J-C, c’est en pleine reconstruction de la cité d’Athènes ravagée par la 2ème Guerre médique qu’il grandit.

Très tôt il dut partir en tant qu’hoplite mener la guerre contre les Béotiens, période durant laquelle il s’illustra par sa résistance physique et sa bravoure en sauvant notamment son jeune ami Alcibiade. Encensé par les uns pour son courage et sa philosophie, critiqué par les autres pour son influence négative, il est certain que Socrate n’aura laissé personne de marbre.

Entre sa femme Xanthippe qui s’évertuait à le ridiculiser, Aristophane qui lui consacra une pièce de théâtre pour le moquer, et ses disciples qui lui vouaient une admiration sans faille, c’est sans conteste un Socrate controversé à qui nous avons affaire.

François-André Vincent, Alcibiade recevant les leçons de Socrate, 1776, Montpellier, musée Fabre.

Un drôle de maïeuticien

Socrate, même s’il avait de nombreux disciples qui le suivaient partout, refusait qu’on le considère comme un maître. Pour lui en effet la vérité ne sortait pas de sa bouche mais bien de celle des autres. C’est d’ailleurs ce qui le distingue de ses concurrents en philosophie, les Sophistes, considérés alors comme les meilleurs orateurs de la Grèce. Contrairement à eux, ignorants de leur ignorance, il disait au moins savoir une chose : ne rien savoir ! Il explique ainsi dans le Théétète de Platon : « On dit que je suis bizarre (atopatos) et que je ne créé que l’insoluble (aporia) ». On comprend alors que Socrate, loin d'agir en maître, agissait comme un miroir sur ceux avec qui il entretenait un dialogue. C’est ce qu’on appelle la dialectique, le discours de l’autre qui vient alors par la contradiction nous faire réfléchir et aller plus loin dans la réflexion. La pensée socratique incite à nous regarder nous-mêmes pour nous faire prendre conscience des fondements fallacieux de ce que nous croyions auparavant savoir. C’est parce que Socrate a introduit le doute dans la pensée grecque qu’il est considéré aujourd'hui comme le père de la philosophie. Ce geste de déconstruction peut étonner pour un homme dont le père était tailleur de pierre !

Populaire et... impopulaire !

Quand en 404 av J-C, le régime des Trente Tyrans soutenu par Sparte renversa la démocratie, certains des disciples de Socrate arrivèrent au pouvoir. De quoi rassurer notre homme !

José Aparicio, Socrate enseignant, 1811, Castres, musée Goya.Mais c’est au contraire une politique sanguinaire que menèrent ses anciens élèves, finissant ainsi de ternir sa réputation. Et c'était sans compter les déboires d’Alcibiade qui alla même jusqu’à déclarer un jour que la démocratie était une folie !

Grand buveur et sachant ne pas paraître saoul, héroïque et évitant les louanges, intervenant en politique tout en n’y prenant pas part, dispensant la philosophie en refusant d’être rémunéré... le père de la philosophie avait de quoi en énerver plus d’un.

C’est peut-être d’ailleurs son penchant pour la contradiction qui a fait de lui l’un des inventeurs de la dialectique, cette méthode de raisonnement qui prend appui sur le discours.

C'est aussi ce qui nous fait ressentir cette ambivalence à son sujet : Socrate émerveille tout autant qu’il irrite.

Louis Joseph Lebrun, Socrate parle, 1867.

Le procès de Socrate ou de la démocratie ?

Quand la démocratie, après avoir chassé les Trente Tyrans, revint sur la scène, le philosophe fut logiquement pris pour cible, accusé d’avoir corrompu les mœurs. Était-il un simple bouc émissaire ou un vrai coupable ?

Jean François Pierre Peyron, La mort de Socrate, 1790, Pays-Bas, Rijksmuseum.S'il est difficile d'en juger on sait que lorsque son procès s'ouvrit en 399 av. J.-C., Socrate poursuivit avec la même attitude provocatrice en refusant d’être défendu. Il alla même jusqu’à se moquer des jurés en demandant d'être nourri au Prytanée, là-même où étaient récompensés les membres de la cité les plus valeureux !

La démocratie athénienne ne pouvait en supporter plus et finit par trancher : elle le condamna à mort. Cette sentence ne le perturba guère puisque tout en buvant la ciguë il continua, impassible, à échanger avec ses disciples en pleurs.

Finalement, on pourrait se demander si c’est bien la démocratie qui accusait Socrate ou bien Socrate qui accusait l’injustice de la démocratie en lui imposant de le condamner. Était-il un imposteur ou un véritable philosophe ? À vous de juger !


Publié ou mis à jour le : 2021-07-31 17:32:38

 
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