1559-1652

Divisions françaises

La période qui s’ouvre a été appelée par certains historiens « Les Temps modernes ». C’est qu’elle marque la véritable rupture avec l’époque médiévale !
- d’une part émerge la pensée moderne avec, en France, des hommes de lettres et des savants comme Montaigne, Corneille, Descartes, Fermat et Pascal.
- d’autre part, les monarchies féodales se transforment en États-Nations. C’est le cas en particulier de la France, de l’Angleterre et des Provinces-Unies (Pays-Bas). Ces États évoluent vers toujours plus de centralisation, par le biais d’une administration soucieuse d’appliquer partout la même loi.

La rupture ne va pas sans mal. Elle donne lieu à de violentes guerres de religion et d’ultimes soubresauts féodaux. Mais elle aboutit en France à une mise au pas définitive de la noblesse et au renforcement de l’autorité monarchique.

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François II (1559-1560) : les Guise au pouvoir

François II, l’héritier d’Henri II, n’a que 15 ans à son avènement. C’est un garçon chétif marié à la reine d'Écosse Marie Stuart, du même âge que lui. L’oncle de Marie Stuart est le duc François de Guise, qui a rendu Calais à la France.

Les Guise en viennent à diriger le gouvernement. Cela déplaît à Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et à son frère Louis de Condé, très proches du trône mais tenus à l’écart du fait qu’ils sont réformés ou protestants.

À leur instigation, à Amboise, des gentilshommes tentent d'enlever François II à l’influence des Guise. Ils échouent et les Guise se vengent impitoyablement.

Charles IX (1560-1574) : l'explosion des fanatismes

Le 5 décembre 1560 meurt sans postérité le jeune roi. Son frère de dix ans lui succède sous le nom de Charles IX cependant que sa mère Catherine de Médicis exerce la régence, assistée d’un Conseil.

Le 17 janvier 1562, à l'instigation du chancelier Michel de l'Hospital et de la régente, Charles IX signe l'édit de Saint-Germain qui tolère le culte réformé ou protestant dans les maisons privées. Mais le 1er mars 1562, dans le village de Wassy, en Champagne, 200 protestants célébrant un office religieux sont découverts par le duc de Guise et ses soldats. Les protestants sont massacrés.

Les guerres de religion (1562-1598)

C'est le début des guerres de religion qui affecteront la France pendant plus de trente ans. Les protestants sont seulement deux millions sur seize millions d’habitants mais ils ont avec eux le tiers de la noblesse française, d’où la violence de ces guerres, au nombre de huit. Elles feront près de deux millions de victimes, davantage du fait des famines et des maladies que des combats proprement dits.

Après l'assassinat de François de Guise puis la mort au combat de Louis de Condé, l’amiral Gaspard de Coligny, nouveau chef des protestants, obtient l’amnistie et quatre places de sûreté par la paix de Saint-Germain du 10 août 1570. Il devient le principal conseiller du roi et tente de l’entraîner dans une guerre contre l’Espagne.

Croyant bien faire, Catherine de Médicis marie sa fille Margot au protestant Henri de Navarre. Les Guise, alors, se font menaçants. Craignant qu'ils ne renversent la dynastie, la régente change de camp.

Une semaine après le mariage, le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, le carillon de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, en face du Louvre, donne le signal du massacre des protestants, à Paris et dans le reste du pays... On dénombre plusieurs milliers de victimes, dont Coligny.

Henri de Navarre, prince du sang allié à la famille royale (futur Henri IV), sauve sa tête mais est retenu à la cour en otage.

Henri III (1574-1589) : la légitimité dynastique en balance

Le 30 mai 1574 s’éteint Charles IX. Son frère lui succède sous le nom d’Henri III. Intelligent mais indécis, il ne peut empêcher la reprise des hostilités. Les Politiques, autrement dit ceux, hélas pas très nombreux, qui placent l'intérêt national au-dessus des querelles religieuses, obtiennent une nouvelle trêve. C'est la paix de Beaulieu (6 mai 1576).

Les catholiques, qui jugent la paix trop favorable aux protestants, constituent une Sainte Ligue et placent à sa tête Henri de Guise, fils de François de Guise. Il s’ensuit deux nouvelles guerres…

La huitième et dernière guerre est provoquée par la mort prématurée de Monsieur, frère cadet du roi, le 10 juin 1584, qui fait de son cousin Henri de Navarre (un protestant !) l’héritier légitime de la couronne. Elle met aux prises les trois Henri : Henri de Guise, le roi Henri III et Henri de Navarre.

Henri III, jugé trop conciliant, est chassé de Paris lors de la « journée des Barricades » (mot nouveau forgé à partir des barils utilisés pour l'occasion), le 12 mai 1588. Le roi convoque le duc de Guise à Blois et le fait assassiner le 23 décembre 1588. Paris et les grandes villes se soulèvent.

À Paris, le Conseil des Seize (autant que de quartiers) donne à un frère du duc de Guise le titre de lieutenant général du royaume. Il s'agit ni plus ni moins d'un renversement de la dynastie des Valois. Les troupes espagnoles campent à Paris et Rouen.

Henri IV le Vert-Galant (1574-1589) et le retour de la paix

Le 1er août 1589, Henri III est poignardé à Saint-Cloud par le moine Jacques Clément. Henri de Navarre devient Henri IV (il sera surnommé le Vert-Galant du fait de son chaud tempérament).

Il bat les ligueurs à Arques puis à Ivry, près de Chartres (« ralliez-vous à mon panache blanc », aurait-il alors lancé à ses troupes). Conscient de devoir se soumettre à la religion majoritaire, il abjure enfin la foi protestante le 25 juillet 1593, se fait sacrer à Chartres le 27 février 1594 et entre à Paris, le 22 mars suivant.

L’ordre se rétablit peu à peu. L'édit de Nantes du 30 avril 1598 consacre la paix religieuse en concédant une place aux protestants dans le royaume. Il vise à « l'établissement d'une bonne paix et tranquille repos » selon les propres mots du roi. Avec la paix de Vervins, le 2 mai de la même année, les Espagnols quittent le pays.

La centralisation du pouvoir

Avec son ami et principal ministre Maximilien de Béthune, plus tard duc de Sully, Henri IV remet la France sur pied et remplit le Trésor public. Le 24 octobre 1599, il se sépare de sa première femme, Marguerite de Valois, la reine Margot, qui ne lui a pas donné d'héritier, et le 16 décembre 1600, dans la foulée, épouse la riche florentine Marie de Médicis (ou plutôt sa dot !).

Le 12 décembre 1604, Henri IV promulgue l'édit de la Paulette, d'après le nom de son inventeur. Par cet édit lourd de conséquences, les charges publiques deviennent héréditaires sous réserve d'un versement au Trésor. L’outre-mer n’est pas négligé. Le 3 juillet 1608, l’explorateur Samuel de Champlain, surnommé plus tard le « Père de la Nouvelle-France », fonde la ville de Québec.

Louis XIII le Juste (1610-1643) : la monarchie s'impose

Le 14 mai 1610, Henri IV (56 ans) se rend auprès de son ami Sully, malade, lorsque son carrosse se trouve bloqué par les embarras de la circulation. C'est alors qu'un illuminé du nom de Ravaillac monte sur le marchepied et l’assassine de plusieurs coups de couteau. Marie de Médicis assume aussitôt la régence au nom de son fils Louis XIII (9 ans).

Sully doit résilier ses charges et la régente, sotte et vaniteuse, confie le gouvernement à un favori italien, Concini ! Les grands du royaume se rebiffent et menacent de prendre les armes. Marie de Médicis les calme en réunissant les états généraux à Paris le 27 octobre 1614. Ceux-ci se noient dans des querelles sans fin et le gouvernement les renvoie sur de vagues promesses de réformes. Ils ne seront plus réunis avant 1789.

Louis XIII, qui a épousé le 28 novembre 1615 Anne d'Autriche (elle est en fait espagnole), se décide enfin à faire acte d’autorité en faisant assassiner Concini le 24 avril 1617 puis en écartant sa propre mère.

Tout change le 29 avril 1624 avec l’entrée du cardinal Armand du Plessis de Richelieu (39 ans) au Conseil du roi. Il entreprend d’abord de discipliner la noblesse. Il met un terme à l'hécatombe que les duels provoquent chez les jeunes nobles. Il fait ainsi décapiter le comte de Montmorency-Boutteville, coupable de s'être battu malgré ses ordres !

Il assiège La Rochelle, place forte protestante rebelle à l’autorité monarchique. Le 1er novembre 1628, le roi entre dans une ville soumise mais ruinée et dépeuplée par la famine. Fort de sa victoire, il accorde aux protestants l’édit d'Alès qui confirme celui de Nantes mais réduit leurs privilèges militaires.

En vue de consolider les frontières du pays, Richelieu projette de s’allier aux Suédois et aux protestants allemands en guerre contre les Habsbourg catholiques. Marie de Médicis s’en irrite. Le 10 novembre 1630, le cardinal se confronte à la reine mère en présence du roi. Celui-ci lui donne raison le lendemain, au terme d'une « Journée des Dupes ». Richelieu va dès lors mettre toute son intelligence au service de la monarchie.

Richelieu, premier homme d'État moderne

Richelieu apparaît comme le premier homme d'État moderne, soucieux de l'intérêt national envers et contre tout. Il se montre habile à s'attacher les fortes personnalités et les hommes de talent, nombreux dans la France de cette époque.

Il soutient Théophraste Renaudot dans ses initiatives philanthropiques ainsi que dans la création du premier journal français, La Gazette. Il fonde l'Académie française. Il se fait construire aussi, près de la résidence royale du Louvre, un splendide hôtel particulier, le Palais-Cardinal, qui deviendra le Palais-Royal quand il l'aura légué à Louis XIII.

Visionnaire, il encourage les expéditions lointaines. Il crée des compagnies à monopole pour faciliter les entreprises de colonisation et jette les bases du premier empire colonial français (Martinique, Canada, Madagascar...).

À l'extérieur, Richelieu ne se contente plus de soutenir en sous-main les ennemis des Habsbourg. Le 19 mai 1635, il engage directement la France dans la guerre de Trente Ans qui ravage l'Allemagne en déclarant la guerre à l’Espagne.

Les Français, cependant, dans leur immense majorité, ne tirent aucun bénéfice des succès de la monarchie. Ému par la grande misère du peuple, Saint Vincent de Paul fonde en 1634 les Filles de la Charité, un ordre au service des malades et des enfants trouvés. Il participe au renouveau de la foi catholique avec Saint François de Sales et mère Angélique de Port-Royal.

Louis XIV le Grand ou le Roi-Soleil (1643-1715) : triomphe de la monarchie

Le cardinal meurt le 4 décembre 1642 après avoir recommandé au roi un habile diplomate italien, le cardinal (laïc) Jules Mazarin. Louis XIII décède peu après, le 14 mai 1643.

Sur la frontière des Ardennes, menacée d’invasion par les Espagnols, le jeune duc d’Enghien (22 ans) a soin de cacher la nouvelle à ses troupes. Par un coup de génie, il anéantit l’infanterie ennemie à Rocroi le 19 mai 1643. Beau cadeau d’avènement pour le nouveau roi, Louis XIV (4 ans). Anne d’Autriche, sa mère, se voit confier par le Parlement de Paris « l'administration libre absolue et entière des affaires du royaume ».

La Fronde

Comme toutes les régentes, Anne d'Autriche aura du mal à s'imposer. Mais avec Mazarin pour Premier ministre et sans doute amant, elle va se sortir brillamment des épreuves.

Le duc d’Enghien, vainqueur de Rocroi, devenu le « Grand Condé » en héritant des titres paternels, poursuit la guerre en Allemagne mais ses victoires pèsent sur les finances publiques. Le gouvernement demande au Parlement (une cour de justice qui n'a rien à voir avec les parlements modernes) d’enregistrer des édits sur de nouvelles taxes. Les magistrats, dont ces édits lèsent les intérêts, appellent le 13 mai 1648 à réformer ce qu’ils estiment être les abus de l’État. Leur rébellion est appelée par dérision « Fronde », du nom d’un jeu d’enfant.

Le gouvernement chancelle. Mais, fort heureusement, voilà que le Grand Condé remporte à Lens une nouvelle victoire sur les Espagnols et le 24 octobre 1648 sont publiés en Westphalie les traités mettant fin à la guerre de Trente Ans. Chef-d’œuvre de la diplomatie française, ils entérinent la division de l’Allemagne en 350 principautés indépendantes… et inoffensives.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, Anne d'Autriche et Mazarin s’enfuient de Paris. Avec le jeune roi Louis XIV, ils se réfugient à Saint-Germain-en-Laye et attendent que la Fronde parlementaire se détruise par ses propres excès. Le 11 mars 1649, comme prévu, ils concluent la paix à Rueil avec le président du Parlement.

À la Fronde parlementaire succède la Fronde des Princes ! Celle-ci est suscitée par la haine contre Mazarin. Elle réunit entre autres le prince de Condé lui-même, sa sœur la belle duchesse de Longueville ainsi que son amant le duc de La Rochefoucauld (l’auteur des Maximes !), Paul de Gondi, plus tard cardinal de Retz et auteur de célèbres Mémoires. Turenne, brave général s’il en est, se rallie un temps à la Fronde, par amour pour Madame de Longueville !

Les Princes se perdent du fait de leurs divisions et de leurs compromissions avec les Espagnols, de sorte que, le 21 octobre 1652, Louis XIV et sa mère peuvent enfin rentrer dans Paris. Le roi prononce une amnistie quasi-générale. Mazarin rentre à son tour le 2 février 1653… sous les acclamations des Parisiens soulagés de la paix retrouvée.

La monarchie française, qu’aucune révolte nobiliaire ne viendra plus entraver, sort renforcée des épreuves de la Fronde. Elle va évoluer vers l’« absolutisme » (un mot forgé a posteriori en 1796). À la même époque, l'Angleterre fait l'expérience de la République après avoir exécuté son roi Charles 1er. Elle va inventer le parlementarisme.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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