Jeux Olympiques

De la Grèce antique au IIIe millénaire

Affiche de l'exposition L'Olympisme. Une invention moderne, un héritage antique, musée du Louvre. Agrandissement : Statuette de coureuse. Laconie (Grèce), The British Museum, Londres © The Trustees of the British Museum.Jusqu’au 16 septembre 2024, l’exposition « L’Olympisme. Une invention moderne, un héritage antique » au musée du Louvre montre à quel point la création des Jeux Olympiques modernes fut liée aux recherches historiques menées à la fin du XIXe siècle. Les découvertes archéologiques permirent d’élaborer une nouvelle iconographie internationale à partir d’une réinterprétation des sources antiques, considérées comme un héritage commun à toutes les nations participantes.

Créée grâce à Pierre de Coubertin qui organisa à la Sorbonne le 16 juin 1894 le fameux congrès pour la rénovation des Jeux Olympiques, cette nouvelle compétition sportive internationale s’inscrivait par son nom même dans la lignée de la Grèce antique. Elle répondait à une volonté pacifiste, qui s’appuyait sur le concept de la trêve sacrée qui était instaurée entre les différentes cités grecques pendant les Jeux. Le choix même de la ville d’Athènes pour accueillir les premiers Jeux en 1896 revêtait une forte valeur symbolique.

Autour de Pierre de Coubertin, des artistes et des historiens contribuèrent à façonner l’image des nouveaux Jeux Olympiques, à l’exemple d’Émile Gilliéron à Athènes et Michel Bréal à Paris.

Mathilde Dillmann

Euphronios, cratère à figures rouges, Héraclès et Antée, Athènes. DAGER, musée du Louvre © RMN-Grand Palais musée du Louvre, Stéphane Maréchalle. Agrandissement : Émile Gilliéron. Timbre 2e édition commémorative pour Mésolympiade de 1906. © Musée de la Philatélie et des Postes, Athènes.

Émile Gilliéron (1850-1924)

Peintre suisse, formé à Bâle, à Munich et à Paris, Émile Gilliéron s’installa en Grèce en 1877 où il obtint le poste de professeur de peinture des jeunes princes à la cour royale d’Athènes.

Émile Gilliéron (père) et son épouse de Gilliéron Joséphine Zoecchi à Athènes, vers 1915, @ Famille Gillérion, Athènes. Agrandissement : Émile Gilliéron. Couv. Album commémoratif Jeux Olympiques d?Athènes 1896. CIO © Collections Musée Olympique, LausanneEn se spécialisant dans le domaine du dessin archéologique, il participa aux « Grandes Fouilles » qui eurent lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Il œuvra auprès de Heinrich Schliemann et d’Arthur Evans, sur les chantiers archéologiques de Mycènes, de Cnossos, de l’Acropole d’Athènes, de Marathon, … en documentant toutes les découvertes par des relevés et des dessins, au point d’être considéré comme le meilleur dessinateur archéologique de Grèce.

Émile Gilliéron, Plaque plâtre 2 lutteurs CF Amphoriskos figures rouges forme panathénaïque © École française d'Athènes. Agrandissement : Coupe à figures rouges, manière du peintre d?Antiphon, AGER, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre), Tony Querrec.Son travail de documentation scientifique se doubla d’une activité commerciale, lorsqu’il entreprit de reproduire des œuvres antiques et de commercialiser ces répliques. La qualité des reproductions leur valurent de figurer dans les grandes expositions internationales.

L’atelier d’Émile Gilliéron à Athènes se transforma ainsi en une entreprise florissante. Sa connaissance exceptionnelle de l’iconographie antique lui permit de mettre au point les toutes premières images officielles des Jeux Olympiques : affiches, illustrations des programmes, cartes postales, timbres commémoratifs,…

Émile Gilliéron. Timbre avec les lutteurs Médicis. Série mise en circulation pour la Mésolympiade de 1906. © Musée de la Philatélie et des Postes, Athènes, Grèce. Agrandissement : Tirage moderne en plâtre, d'après le groupe antique dit des lutteurs Médicis. © 2015 Musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski.Pour les Jeux Olympiques de 1896 et la Mésolympiade de 1906 (jeux intermédiaires non officiels qui se tinrent en Grèce), Émile Gilliéron s’inspira des décors antiques qu’il retravailla pour en proposer une nouvelle version, plus simple et plus dynamique.

Il élabora ainsi une iconographie moderne, aux lignes épurées, suggérant le mouvement, la vitesse et l’effort physique des athlètes.

Relief plâtre course à pied, Cf Amphore panathénaïque collection Callimanopoulos USA. EFA © École française d'Athènes. Agrandissement : Émile Gilliéron. Timbre 2e édition commémorative pour Mésolympiade de 1906. © Musée de la Philatélie et des Postes, Athènes.

Créer les trophées olympiques

Émile Gilliéron est également l’inventeur d’un objet aujourd’hui essentiel dans les compétitions : les trophées en forme de coupes. Il s’inspira de la forme des canthares antiques, hauts vases dotés d’anses imposantes. Pourtant ces œuvres de luxe, associées au culte de Dionysos, n’étaient utilisées dans l’Antiquité que lors de cérémonies religieuses ou de fastueux banquets… et n’avaient jamais servi à récompenser des athlètes.

Coupe Bréal, argent par Michel Bréal. Décernée à Spyridon Louis, Marathon JO 1896 © Fondation Stavros Niarchos (SNF). Agrandissement : Émile Gilliéron. Projet trophées pour Mésolympiade 1906, Fonds Émile Gilliéron (FEG) EFA © École française d'Athènes.Les vainqueurs des grandes compétitions sportives panhelléniques se voyaient simplement remettre une couronne de feuillage. Quant aux vases offerts aux athlètes lors de certains concours sportifs, ils n’avaient pas la forme caractéristique des canthares : il s’agissait d’amphores, qui pouvaient contenir de l’huile pressée à partir de la récolte des oliviers sacrés de l’Acropole d’Athènes lors des jeux panathénaïques, ou de phiales (coupes) lors des jeux de Marathon célébrés en l’honneur d’Héraclès.

Pour créer les trophées remis lors de la Mésolympiade de 1906, Émile Gilliéron étudia de nombreux canthares pour élaborer la forme des trophées olympiques, et reprit le modèle des vases qui venaient d’être mis au jour par l’Institut allemand dans le Cabirion de Thèbes, sanctuaire où se déroulait un important culte à mystères. Il s’inspira également de la grande statue de Dionysos tenant un canthare qui avait été découverte sur les pentes du mont Pentélique (aujourd’hui conservée au Musée national d’Athènes)

Il fut aussi influencé par la « coupe Bréal » conçue par le philologue Michel Bréal pour récompenser le vainqueur du premier marathon, Spyridon Louis, en 1896. Cette coupe en argent, au décor inspiré de la flore de la plaine de Marathon, devint le premier trophée olympique.

L’idée d’offrir une coupe comme symbole de victoire fut reprise par un antiquaire grec, Ioannis Lambros, qui donna au sportif un vase antique dont le décor représentait une course à pied. De manière tout à fait conforme à l’esprit de la recréation des Jeux Olympiques, mêlant antiquité et modernité, Spyridon Louis reçut donc deux trophées : l’un antique, l’autre moderne.

Trophée de l'épreuve du marathon et de l'athlétisme Mésolympiade 1906, Thessalonique, Musée Olympique © Thessaloniki Olympic Museum.

Michel Bréal (1832-1915), l’inventeur du marathon

Professeur au Collège de France et à l’École pratique des Hautes Études, le philologue Michel Bréal suggéra à Pierre de Coubertin (dans une lettre présentée dans l’exposition) de créer une course qui aurait une « saveur antique ».

Photographie de Michel Bréal par Théodore Truchelut et Félix Théodore Valkman, vers 1883, Paris, BnF.Alors que les épreuves antiques consistaient en des courses de vitesse sur de courtes distances (correspondant à la longueur du stade d’Olympie, soit 192,27 mètres ; ou au double, parcouru en un aller-retour, soit un peu moins de 400 mètres), Michel Bréal proposa de créer une compétition sur la quarantaine de kilomètres séparant Marathon d’Athènes, en mémoire de l’exploit du soldat qui apporta aux Athéniens la nouvelle de la victoire remportée sur les Perses dans la plaine de Marathon en 490 avant notre ère.

Bien que cet épisode célèbre précise que le messager (appelé Philippidès, Phidippidès, Thersippe ou Euclès selon les versions) serait mort d’épuisement, les membres du Comité international olympique et du Comité d’organisation des jeux en Grèce, accueillirent cette idée avec enthousiasme.

Spyrídon Loúis aux Jeux Olympiques d'été de 1896, Albert Meyer, Sofia, département des archives nationales de Bulgarie. Agrandissement : Spyrídon Loúis lors des Jeux Olympiques d'été de 1936, Bundesarchiv.D’autant plus que la référence à la bataille de Marathon, considérée comme une victoire sur le despotisme perse, symbolisait le lien idéal entre sport et démocratie prôné par Pierre de Coubertin. Et que le site de Marathon suscitait l’intérêt de tous les passionnés de l’Antiquité grecque dans le monde entier car il venait de faire l’objet d’importantes campagnes archéologiques. En 1890, la découverte du tumulus des Athéniens qui conservait les cendres des soldats morts au cours de la bataille avait été un véritable événement au retentissement international.

La recherche historique et linguistique fut ainsi à l’origine de la création de cette nouvelle épreuve sportive. Le premier marathon, remporté par le Grec Spyridon Louis, eut lieu lors des premiers Jeux Olympiques d’Athènes et connut depuis un succès toujours grandissant.

Retrouver les gestes antiques

Dans le même esprit, les membres du Comité d’organisation des jeux en Grèce cherchèrent à recréer les épreuves sportives antiques.

Costas Dimitriadis. Discobole, Beaulieu-sur-Mer, Villa Kérylos MN © Pascal Lemaître. Centre des monuments nationaux. Agrandissement : Coupe à figures rouges, manière du peintre d?Antiphon, AGER, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) Christian Larrieu.En dépit de l’avis de Pierre de Coubertin qui soutenait l’introduction des sports les plus modernes, comme les compétitions de vélos ou d’automobiles, les autorités grecques insistèrent pour reconstituer des disciplines antiques, et en particulier le lancer de disque.

Les statues (dont le célèbre Discobole de Myron) et les vases montrant des athlètes lancer le disque furent soigneusement étudiés afin de retrouver les gestes antiques. Elles donnèrent lieu à des recherches relevant de l’archéologie expérimentale et s’appuyaient sur les moyens les plus modernes, comme la chronophotographie qui venait tout juste d’être mise au point afin de décomposer le mouvement.

Le lancer de disque à l’antique fut néanmoins supplanté lors des Jeux Olympiques suivants par le lancer « libre » développé aux États-Unis, qui se révéla beaucoup plus performant.

Le sport antique

Commissaire de l’exposition « L’Olympisme. Une invention moderne, un héritage antique », Alexandre Farnoux, ancien directeur de l’École française d’Athènes, professeur d’archéologie et d’histoire de l’art grec à la Sorbonne, publie également un ouvrage sur le sport dans l’Antiquité grecque. Dans une démarche complémentaire de l’exposition qui montre comment l’imaginaire des Jeux Olympiques s’est construit autour d’une relecture, parfois faussée ou abusive, de l’Antiquité, l’auteur revient aux sources antiques pour montrer la réalité d’une pratique sportive qui se révèle souvent bien différente des idées reçues sur le sujet. Pour reprendre le titre d’un des chapitres, il s’agit de partir « à la recherche du sport perdu » grâce à l’étude comparée des sources textuelles et des œuvres conservées au musée du Louvre représentant des scènes de lutte, de course, ou encore de jeux de balles. Ce vaste panorama montre toute l’importance du sport dans la vie civique et religieuse dans la Grèce antique. Alexandre Farnoux, Quand les Grecs anciens faisaient du sport, Paris, coédition Musée du Louvre / Hazan, 136 p.

Bibliographie

Catalogue de l’exposition, L’Olympisme. Une invention moderne, un héritage antique, sous la direction d’Alexandre Farnoux, Violaine Jeammet et Christina Mitsopoulou, Paris, coédition Musée du Louvre / Hazan, 336 p,


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Publié ou mis à jour le : 2024-07-01 09:07:28

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