Lavoisier (1743 - 1794)

Chimiste et homme de coeur

Antoine Lavoisier et sa jeune épouse Marie-Anne Paulze (Louis David, 1788)Père de la chimie moderne et découvreur de l'oxygène, Antoine-Laurent de Lavoisier témoigne par sa vie et son oeuvre de la grandeur du XVIIIe siècle français, le « siècle des Lumières ».

Issu d'une famille aisée, il fait des études de droit au collège Mazarin (à l'emplacement de l'actuel Institut de France), tout en suivant avec passion comme beaucoup de jeunes gens cultivés de son époque les expériences de chimie de Guillaume François Rouelle, au Jardin du Roy.

Après de bonnes études et quelques communications brillantes, Lavoisier est élu à 25 ans à l'Académie royale des sciences !

Comme il ne néglige pas les contingences matérielles, il achète en 1770 une charge de fermier général (collecteur d'impôts) qui lui vaudra de devenir très riche et de mener un train de vie fastueux.

Il deviendra aussi, cinq ans plus tard, inspecteur général à la Régie des poudres et des salpêtres, à l'initiative de son ami Turgot.

Utilité de la balance

Grâce à sa fortune, il s'offre un laboratoire de la plus grande qualité qui soit, compte tenu des techniques de l'époque. Il y travaille assidûment tous les matins de 6 à 8 heures et le soir de 19 à 22 heures. Le reste de la journée est consacré à ses fonctions officielles.

Sa femme Marie-Anne l'assiste avec compétence dans ses recherches. Fille d'un fermier général, de quinze ans plus jeune que lui, elle l'aime tendrement en dépit d'une amourette avec le chimiste Pierre Samuel Dupont de Nemours.

Sollicité sur un problème d'éclairage à Paris, le savant montre que la combustion de l'« air inflammable », identifié en 1766 par le chimiste anglais Henry Cavendish et qu'il baptise hydrogène, ne se solde pas par une disparition de matière mais par la formation de nouvelles substances. 

Lavoisier fait grand usage de la balance pour évaluer les effets des réactions chimiques et montre que celles-ci se traduisent par de simples recompositions de la matière... Exit la théorie phlogistique alors en vogue selon laquelle il existerait un composant flamme (phlox en grec) à l'origine de ces réactions.

Le savant tire de ses recherches ce principe essentiel : « Rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une quantité de matière avant et après l'opération ; que la qualité et la quantité des principes sont les mêmes et qu'il n'y a que des changements ».

On le résume usuellement par l'aphorisme : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ».

La fonction parallèle de fermier général qu'exerce Lavoisier n'est peut-être pas étrangère à la découverte de ce principe... La collecte des impôts amène en effet le savant à pratiquer la comptabilité double : on totalise dans une colonne les recettes, dans une autre les dépenses et l'on veille à ce que les deux totaux soient identiques... même résultat qu'en chimie !

Lavoisier rassemble ses recherches dans un volumineux Traité élémentaire de chimie, publié en 1789. Notons qu'il ne fut pas seulement un génial savant mais aussi un philanthrope. Ainsi proposa-t-il au gouvernement de Louis XVI des réformes hardies dans le domaine social.

Heurts et malheurs d'un trop riche savant

Comme fermier général et privilégié de l'Ancien Régime, Lavoisier est emprisonné le 24 novembre 1793, sous la Terreur, en dépit des services rendus à la République.

Le tribunal révolutionnaire l'ayant condamné à la guillotine, le savant demande un sursis de quinze jours pour terminer une expérience. Si l'on en croit une relation tardive de l'abbé Grégoire, il s'attire cette réplique du vice-président du tribunal, un certain Coffinhal : « Nous n'avons pas besoin de chimistes ». Sa tête tombe le 8 mai 1794.

La postérité, pour souligner la malfaisance de la Convention, retient la formule : « La République n'a pas besoin de savants ! »... La scène et la formule paraissent peu vraisemblables quand on sait la vigueur avec laquelle le gouvernement révolutionnaire mobilisait les scientifiques au service de la guerre contre l'envahisseur.

Camille Vignolle

Publié ou mis à jour le : 2019-12-10 17:00:33

 
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