24 septembre 1853

La Nouvelle-Calédonie devient française

Le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de l'empereur Napoléon III.

Avec l'annexion de cet archipel de l'océan Pacifique à peine deux fois plus étendu que la Corse, la France manifeste son désir de renouer avec l'outre-mer, un siècle après la perte du premier empire colonial, lors du traité de Paris. Mais l'entreprise va être compliquée par la présence d'environ quarante mille Mélanésiens, lesquels sont désignés sous le nom générique de Kanak (note).

Un siècle et demi plus tard, l'avenir de l'archipel reste suspendu au processus électoral enclenché par les accords de Matignon de 1988.

Concurrence franco-britannique

La Nouvelle-Calédonie fut abordée pour la première fois le 4 septembre 1774 par l'Anglais James Cook qui la baptisa ainsi car il lui trouva des similitudes avec l'Écosse (Calédonie est le nom que donnaient les Romains à l'Écosse). L'explorateur note dans son journal, avec une singulière prescience : « C’est la moins fertile des terres que j’ai eu l’occasion d’aborder, mais je ne serais pas surpris qu’elle recèle des richesses minières ». L'archipel est ensuite exploré par d'Entrecasteaux en 1792-1793, dans le cadre de sa recherche des traces de La Pérouse, puis par Dumont d'Urville en 1827.  

Auguste Febvrier-Despointes (Vauclin, Martinique, 1796 - large du Pérou,  5 mars 1855)Des missions protestantes anglaises commencent à évangéliser les populations locales avant que des  missions catholiques françaises s'y intéressent à leur tour.

La France s'étant fait doubler par son ennemie héréditaire, la Grande-Bretagne, dans la prise de possession de la Nouvelle-Zélande, elle organise dans le plus grand secret, en guise de revanche, la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie voisine.

Le 1er décembre 1850, la corvette Alcmène mouille devant le village d'Hienghene. Le capitaine Jean d'Harcourt a mission d'évaluer le potentiel de l'archipel et de prendre le pouls des missions catholiques. Les villageois s'irritent de la présence des intrus. Plusieurs officiers et matelots sont massacrés. Après une expédition punitive, la corvette repart vers la Tasmanie où elle fera naufrage...

Le drame de l'Alcmène conduit le contre-amiral Auguste Febvrier-Despointes à prendre enfin possession de l'archipel de manière très officielle. Ainsi la France s'offre-t-elle une base dans le Pacifique sud, face aux possessions anglaises.Habitants kanaks de Nouvelle-Calédonie (vers 1870)

Un archipel longtemps ignoré

Dès 1854 est fondé un établissement portuaire sous le nom de Port-de-France. Douze ans plus tard, pour éviter la confusion avec la capitale de la Martinique (Fort-de-France), il est rebaptisé du nom kanak du lieu, Nouméa. La ville est aujourd'hui la capitale du territoire, avec plus de 100 000 habitants, mais dans la première décennie de son existence, elle ne comptait qu'une quarantaine de résidents européens.

Ne sachant trop quoi faire de ces terres éloignées de tout et sans ressources notables, le gouvernement impérial y installe, faute de mieux,  une colonie pénitentiaire. Elle accueillera un total de 22 000 « transportés » jusqu'à sa suppression en 1887, en raison de conditions de détention jugées trop... douces. Il s'agit de condamnés de droit commun et de prisonniers politiques, parmi lesquels quelques dizaines de déportés kabyles et près de 4 500 Communards dont l'institutrice Louise Michel, qui va reprendre son premier métier en enseignant les enfants kanaks. 

À la fin de leur peine, les bagnards peuvent obtenir un lot de quatre à cinq hectares dans les terres alluviales de l'île, à charge pour eux de les cultiver. Beaucoup font souche sur l'île, soit qu'ils font venir leur épouse de France, soit qu'ils épousent une Mélanésienne.

Dans le même temps, des immigrants d'Europe mais aussi de Polynésie commencent à s'installer, y compris des Alsaciens-Lorrains qui ont refusé de devenir allemands après l'annexion de leur province en 1871. L'administration républicaine cède aux uns et aux autres des terres achetées pour une bouchée de pain aux clans kanaks. Malgré tout, en 1877, on recense encore deux fois plus de bagnards (onze mille) que de colons libres. 

Cette année-là, les colons et anciens forçats disposent déjà de plus de deux cent mille hectares et, pour ne rien arranger, l'administration leur donne en prime le droit de laisser pâturer leur bétail « en brousse », en fait sur les jachères des Kanaks. Les Mélanésiens voient d'un mauvais oeil la progression du front pionnier et s'irritent de ce que le bétail dévore leurs cultures de tarots et d'ignames.

Révolte mélanésienne et répression en 1878 en Nouvelle-Calédonie (gravure d'époque)L'année suivante, un ancien bagnard et sa famille ayant été assassinés, plusieurs chefs de tribu sont arrêtés par le gouverneur Jean Olry. 

En représailles, le 25 juin 1878 et les semaines suivantes, le chef coutumier Ataï lance une série d'attaques contre des postes de gendarmerie et des forts. Sa rébellion reçoit les encouragements de Louise Michel, qui a pris le parti des autochtones contre les colons.

Le commandant François Gally-Passebosc se laisse surprendre par les techniques de guerilla employées par les insurgés. Il est tué dans une embuscade le 3 juillet 1878. Son second, le lieutenant Rivière, réclame des renforts aux garnisons françaises de Cochinchine et mène avec efficacité la contre-guerilla.

Trois colonnes traquent les insurgés. Elles sont constituées de soldats français, de déportés kabyles, de communards auxquels on a promis la liberté et de supplétifs indochinois et mélanésiens.

Le 1er septembre 1878, Ataï et ses hommes sont cernés à Fonimoulou. L'un des supplétifs mélanésiens, originaire de Canala, dans l'Est de l'île, s'approche du chef et le perce de sa sagaie. Il coupe sa tête et celle de son guérisseur Meche et remet les trophées aux officiers (note).

La rébellion aura fait deux cents victimes environ chez les Européens. La répression, qui va se poursuivre jusqu'à la fin de l'année, va entraîner un millier de victimes chez les Mélanésiens et une partie des survivants seront déportés dans les îles voisines. Le fossé va se creuser entre les Mélanésiens et les colons mais aussi entre les clans kanaks eux-mêmes.

De quarante mille au début de l'occupation française, la population kanak chute d'un tiers sous l'effet des guerres et des maladies importées par les Européens. Prenant prétexte du déclin de la population indigène, l'administration coloniale réduit l'étendue des réserves qui ne vont bientôt plus représenter qu'un dixième de la superficie de l'archipel, au nord et à l'Est de celui-ci.

De toutes les conquêtes coloniales de la France à la fin du XIXe siècle, la Nouvelle-Calédonie est la seule qui a fait l'objet d'une colonisation véritable, au sens traditionnel du terme, avec l'attribution de terres à des colons venus de la métropole en vue du remplacement de la population autochtone. 

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-10-04 20:19:13

 
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