22 novembre 1718

Mort du pirate Barbe-Noire

Le 22 novembre 1718, quelque part dans l'Atlantique nord, une bataille navale se solde par la mort d'un certain Edward Teach. Né 40 ans plus tôt à Bristol, en Angleterre, il s’est acquis la célébrité sous le surnom de « Barbe-Noire ».

Il s'agit d'un célèbre pirate qui a terrorisé les côtes américaines pendant plusieurs années à bord d'une frégate de 40 canons enlevée aux Français. Ce géant doté d'un impressionnant système pileux avait coutume, pour effrayer ses adversaires, d'allumer des mèches de chanvre dans ses cheveux. Succès garanti : l'acteur Johnny Depp s'est directement inspiré de son déguisement dans Pirates des Caraïbes (2003) !

André Larané
Le pirate Barbe-Noire (gravure)

Ni roi, ni maître

Pendant la guerre de la Succession d'Espagne, Barbe-Noire combattit au service de l'Angleterre, en qualité de marin et de corsaire (du latin cursus, « course »). Comme d’autre marins britanniques et français, il pratiquait la « guerre de course » avec une lettre de commission de son souverain. Autrement dit, il s’autorisait à attaquer et piller tous les navires qui passaient à sa portée pourvu qu’ils soient d’une nation rivale de la sienne. Il était tenu de partager le butin avec la Couronne.

Dans les faits, Barbe-Noire, comme les autres corsaires, était souvent tenté d’attaquer aussi des navires de sa nationalité. Pas vu, pas pris... De l’état de corsaire à celui de pirate, la distance était brève et Barbe-Noire la franchit après la conclusion de la paix d'Utrecht, en 1713 qui le priva de la commission royale.

Il ne fut pas le seul dans ce cas : les deux tiers des 40 000 marins de la Navy ayant été à ce moment-là démobilisés, une partie d'entre eux rejoignit les pirates de la zone caraïbe.

Andalucia, réplique d'un galion espagnol du XVIIe siècle (DR)

Les « Frères de la Côte »

L'île de la Tortue au XVIIe siècle à l'époque des Frères de la CôteCes pirates ou flibustiers (du néerlandais vrijbuiter, libre faiseur de butin) étaient établis sur l'île de la Tortue, au nord de l'île d'Hispaniola (Haïti), riche colonie espagnole. Comme ils se nourrissaient de viande fumée selon la technique indienne du boucan, ils étaient aussi appelés boucaniers pour cette raison.

Eux-mêmes se présentaient non sans fierté comme les « Frères de la Côte », témoignant par là de leur solidarité dans l'adversité et laissant supposer des pratiques homosexuelles ou pour le moins bisexuelles.

Les premiers de ces boucaniers furent des Français. Parmi eux, le dénommé Pierre Le Grand (!), originaire de Dieppe. Il fut à l'origine de bien des vocations. En 1635, croisant au large du cap Tiburon, à l'extrémité d'Hispaniola, avec 28 hommes et quatre canons sur un modeste lougre, il repère un puissant galion espagnol, qui a commis la maladresse de se laisser distancer du reste de sa flotte. Il s'en rapproche mine de rien et se prépare à l'abordage.

Daniel Montbars, dit Monbars l'Exterminateur (né dans le Languedoc en 1645)Comme ses hommes n'en mènent pas large, il demande à son chirurgien de percer une brèche dans la coque sitôt après l'abordage.

Les Espagnols, surpris dans la sieste, sont médusés par ces hommes surgis de nulle part. Ils ne voient en effet aucun navire sur le flanc du leur et pour cause, le lougre ayant coulé !

C'est ainsi que Pierre Le Grand s'empare du galion qui se trouve être un navire-amiral gorgé de richesses et fort de cinquante-quatre canons. Cela suffit à sa gloire. Il retourne à Dieppe où il va dès lors vivre en riche... et honorable bourgeois.   

Les « Frères de la Côte » avaient une prédilection pour les galions espagnols chargés d'or, d'argent et autres richesses du Nouveau Monde. Mais ils ne négligeaient pas aussi les proies d'autres nationalités, y compris la leur.

Leur châtiment en cas de capture était la pendaison, d'où l'interdiction sur leurs bateaux de prononcer le mot « corde » par superstition. Eux-mêmes rivalisaient d'imagination et de raffinement dans la torture et la mise à mort de leurs ennemis. 

Daniel Montbars, dit « Monbars l'Exterminateur », fut, bien avant Barbe-Noire, l'un des plus cruels de ces pirates. Né dans le Languedoc en 1645, il s'était très jeune passionné pour la marine et pris de haine pour les Espagnols !

L'Olonnois arrache le cœur d'un prisonnier et le fait manger à un autre (!), gravure du livre d'Esquemeling (XVIIe siècle)Fait rare, il était « entré en piraterie » par vocation et dès avant l'âge de vingt ans, n'allait avoir de plus grand plaisir que de torturer et tuer ses adversaires, essentiellement des Espagnols.

Un autre boucanier allait participer à la légende de la flibuste. Il a nom Jean-François Nau mais est plus connu sous le surnom L'Olonnais parce que né en 1630 aux Sables-d'Olonne en Bas-Poitou.

Pas moins cruel que le précédent, il organise en 1666 une expédition de guerre contre la ville de Maracaïbo, sur la côte vénézuélienne, à la tête de six voiliers et quelques centaines d'hommes. Après quoi, il pille méthodiquement la côte du Honduras.

À chaque fois, les pirates se gardent de tout prendre et tout détruire. Il faut laisser aux colons de quoi se refaire jusqu'au pillage suivant !

D'ailleurs, Maracaïbo et sa voisine Gibraltar, au fond du golfe de Maracaïbo, seront une nouvelle fois pillées trois ans plus tard par le pirate Henry Morgan, né en 1635 au pays de Galles.

La fin de l'Âge d'Or de la piraterie

Étant à son tour entré en piraterie, Barbe-Noire osa bloquer le port de Charleston, en Virginie, suivant la tradition de ses redoutables prédécesseurs.

Mais les habitants de la colonie, excédés, décidèrent d'en finir avec lui et lancèrent à sa poursuite le lieutenant Robert Maynard, capitaine de la HMS Pearl... C'est ainsi que le pirate périt au terme d'un combat titanesque.

Beaucoup d'autres pirates, plus chanceux mais ayant constaté que les Caraïbes étaient devenues impropres à leur activité, s'établirent alors à Madagascar, une île encore libre, sur la route des Indes, en plein cœur de l'océan Indien.

La piraterie ne tarda pas à décliner après les guerres napoléoniennes avant de renaître de nos jours au large de la Somalie et dans le détroit de Sumatra. Quant à la guerre de course, elle fut mise hors la loi le 16 avril 1856, à l’occasion du Congrès de Paris relatif à la guerre de Crimée.

Publié ou mis à jour le : 2019-11-19 09:45:47

 
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