21 mars 547

Saint Benoît lègue sa règle aux moines d'Occident

Le 21 mars 547 meurt saint Benoît de Nursie. Il laisse sans trop s'en douter un héritage qui va modeler la chrétienté d'Occident et contribuer à sa grandeur.

On lui doit en particulier la redécouverte des oeuvres de l'Antiquité et la règle monastique dite « bénédictine » qui va être adoptée par tous les monastères d'Occident et accessoirement valoriser le travail dans toutes les couches de la société.

André Larané
Un ermite très populaire

Benoît naît à Nursie, en Ombrie (Italie du centre), vers 480, dans une famille de petite noblesse. L'époque est sombre. L'empire romain se meurt et la papauté s'abandonne à des querelles indignes.

Saint Benoît de Nursie reçoit le futur saint Maur (abbaye du Saint-Sépulcre, Cambrai)Après des études de droit à Rome, le jeune homme se retire dans un bourg de montagne, dans la région de Palestrina, pour prier et pratiquer l'ascèse comme beaucoup de chrétiens pieux de son époque.

Il se réfugie même dans une grotte, près de Subiaco, et tente de vivre en ermite selon la tradition illustrée par saint Antoine. Mais sa réputation de sainteté lui vaut d'être rejoint par d'autres ermites.

Faute de pouvoir faire autrement, Benoît organise à Subiaco une douzaine de petits monastères qui rassemblent les ermites de son voisinage.

Des nobles n'hésitent pas à lui confier un fils pour l'éduquer en qualité d'oblat et en faire un futur moine. L'un d'eux s'illustrera plus tard sous le nom de saint Maur.

En 529, en butte à l'hostilité du prêtre qui a la région sous sa juridiction, Benoît rassemble ses compagnons mi-moines, mi-ermites dans les ruines d'un ancien temple d'Apollon, sur le mont Cassin, entre Naples et Rome.

529, année charnière

Quand Benoît fonde son monastère dans la solitude du mont Cassin, la chrétienté occidentale fait peine à voir : l'Italie est déchirée par les guerres entre Barbares et Byzantins ; la Gaule l'est tout autant par les dissensions entre les héritiers de Clovis.

Pourtant, cette année-là, des gestes discrets concourent à la gestation d'un monde nouveau :
– Il y a d'abord la naissance de l'ordre monastique plus tard appelé « bénédictin »,
– Au concile de Vaison, dans la vallée du Rhône, l'évêque Césaire d'Arles prescrit la création d'écoles monastiques et d'une école dans chaque évêché de la Gaule : c'est la première fois qu'il est question d'éduquer des paysans !
– Enfin, de façon symbolique, l'empereur Justinien, qui règne à Constantinople, ordonne la fermeture des dernières écoles de philosophie, dont l'Académie d'Athènes où enseigna Platon 800 ans plus tôt.

Notons qu'il faudra attendre 400 ans avant que ces gestes ne prennent toute leur signification.

En 540, saint Benoît édicte pour les moines du mont Cassin une règle très simple en 73 chapitres courts et un prologue (le Capitulare monasticum), sans doute inspirée d'une règle antérieure beaucoup plus contraignante et que saint Benoît jugeait hors de portée de ses compagnons, hommes rustres et quelque peu fantasques.

Sa règle combine la prière, le travail et la tempérance dans un climat d'équilibre et de paix. « Ora et labora » (prière et travail) est sa devise. Le travail lui-même doit se partager entre les tâches intellectuelles (instruction, étude et copie des textes anciens...) et les tâches ordinaires (travaux ménagers, artisanaux ou agricoles).

La règle prescrit une soumission absolue à l'abbé, lequel est élu à vie. Elle définit par ailleurs les principes de la vie commune, fondée sur le silence et l'humilité, les offices, les coulpes et punitions, la gestion des biens du monastère, la vie quotidienne, le recrutement des moines, les relations avec l'extérieur et la charité fraternelle.

Dans les communautés bénédictines, une partie des moines sera appelée à se réunir chaque jour en présence de l'abbé pour lire un chapitre de la règle et le commenter. Cette réunion sera en conséquence appelée « chapitre ». La salle de réunion sera appelée « salle capitulaire » et l'on dira des moines habilités à s'exprimer lors de cette réunion qu'ils ont « voix au chapitre ». L'expression est entrée dans le langage courant pour évoquer le droit à la parole.

Pérégrinations des reliques

À sa mort, saint Benoît de Nursie est inhumé dans son abbaye du Mont-Cassin. Peu après, en 580, celle-ci est dévastée par les Lombards et les ossements du saint laissés à l'abandon. En 672, ils sont récupérés par des moines bénédictins de Fleury-sur-Loire, près d'Orléans, l'une des premières abbayes de Gaule à appliquer la règle bénédictine.

Ces reliques vont conférer un regain de prestige au monastère de Fleury (aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire) et contribuer à encourager la diffusion de la règle bénédictine dans toute la Gaule.

Une règle promise à un immense succès

Le pape Grégoire le Grand rédige un commentaire à la gloire de saint Benoît (reliure en ivoire du IXe siècle, musée des Beaux-Arts, Vienne)Saint Benoît de Nursie aurait pu tomber dans l'oubli, et avec lui sa règle, si celle-ci n'avait fait l'objet d'un commentaire élogieux par le pape Grégoire le Grand qui a recueilli des témoignages à son propos peu après sa mort et édifié un monastère à Rome conforme à sa règle. 

La règle de saint Benoît subit la concurrence de la règle beaucoup plus dure de l'Irlandais saint Colomban, qui fonde vers 590 l'abbaye de Luxeuil, au sud des Vosges et séduit par exemple les communautés de Jumièges (Normandie) et Corbie (Picardie). Mais elle va être relancée de façon décisive deux siècles plus tard par saint Benoît d'Aniane, avec le ferme appui de Charlemagne et de son fils Louis le Pieux.

De son vrai nom Witiza, Benoît d'Aniane est le fils du comte wisigoth de Maguelonne, près de Montpellier. Il prend le nom de Benoît en entrant au couvent de Saint-Seine, en Bourgogne. Devenu abbé, il tente d'abord d'imposer à ses moines les règles des monastères d'Orient, tissées d'exercices brutaux et de sanctions violentes. Les moines ne les supportant pas, leur abbé se tourne alors vers la règle de son prédécesseur, saint Benoît de Nursie. Celle-ci a l'avantage de ménager l'équilibre des personnes. Elle est reçue avec ferveur.

Devant le succès de son entreprise, Benoît fonde un nouveau monastère à Aniane, dans son Languedoc natal. D'autres fondations suivent dans tout le royaume des Francs.

La règle des deux Benoît triomphe enfin en juillet 817, lors de la réunion d'un synode (réunion d'évêques et d'abbés) à Aix-la-Chapelle par l'empereur Louis le Pieux, fils et successeur de Charlemagne. Le synode l'impose en effet aux 650 monastères de l'empire. La règle de saint Benoît de Nursie et saint Benoît d'Aniane, dite règle « bénédictine », va dès lors inspirer le renouveau religieux et social de la chrétienté d'Occident.

Renouveau intellectuel

En introduisant une règle équilibrée, fondée sur la réhabilitation du travail manuel et du travail intellectuel, en invitant aussi ses moines à redécouvrir l'héritage intellectuel de l'Antiquité, Saint Benoît a ouvert la voie à un monde nouveau. La performance est d'autant plus remarquable qu'elle est intervenue dans une société en décomposition où la paix romaine avait depuis longtemps cédé la place aux guerres entre barbares.

Saint Benoît de Nursie a mérité pour cela d'être proclamé en 1958 Père de l'Europe et saint patron de la chrétienté occidentale. C'est en pensant à lui que Joseph Ratzinger a pris le nom de Benoît XVI lorsqu'il a été élu pape en 2005.

De vil, le travail devient noble

L'obligation de travailler était considérée comme un signe d'infamie à l'époque de saint Benoît de Nursie et saint Benoît d'Aniane (ainsi d'ailleurs que dans toutes les époques précédentes et dans toutes les sociétés autres qu'européennes). Les premiers chrétiens eux-mêmes considéraient que le travail était une malédiction imposée par Dieu à Adam et à sa descendance, en punition du péché originel. C'était du moins ce qu'ils pouvaient lire dans la Genèse, le premier livre de la Bible.

C'est donc pour s'abaisser au niveau des plus humbles, voire des esclaves, que les moines de saint Benoît se mettent avec ardeur au travail. Mais comme ces moines bénéficient par ailleurs d'un très grand prestige dans la chrétienté occidentale, ils vont paradoxalement transmettre le goût du travail bien fait à toutes les couches de la société médiévale. Cette valorisation sociale du travail va contribuer au développement économique et social de la société occidentale.

Publié ou mis à jour le : 2020-03-16 17:18:00

 
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