1869-1945 - Émergence d'une superpuissance - Herodote.net

1869-1945

Émergence d'une superpuissance

À la fin des années 1860, alors que les États-Unis pansent les plaies de la Guerre de Sécession, le pays a quasiment atteint ses limites territoriales définitives. En 1867, le Sénat a approuvé l'annexion de l'Alaska, cédé par la Russie. L'ère de la Frontière est achevée mais le territoire reste assez largement inoccupé entre la côte Est et la Californie. Les vagues de chercheurs d'or vers le Colorado et le Nevada contribuent cependant à peupler le centre du pays. Dans les années 1870, le développement rapide du réseau de chemin de fer facilite la conquête intérieure.

Béatrice Roman-Amat
L'âge doré du « big business »

En 10 ans, 800 000 nouveaux km2 de terre sont mis en culture. La production agricole et industrielle croît rapidement, de même que la population. L'Amérique jeffersonienne, nation de fermiers pionniers, est progressivement remplacée par une Amérique urbaine et industrielle. Les villes, où les gratte-ciels sortent de terre, deviennent de grands pôles d'attraction. Dans le nord-est du pays, les activités bancaires, financières et industrielles prennent le pas sur le commerce et les activités portuaires. C'est l'époque de la constitution de grands trusts capitalistes, favorisée par des tarifs douaniers élevés, et des magnats des chemins de fer ou du pétrole, dont le plus emblématique est John Rockefeller.

Pendant ces années de forte croissance économique, le parti républicain exerce le pouvoir. Les cabinets sont constitués d'hommes d'affaires venus de l'industrie et de la banque. Les partis républicain et démocrate sont essentiellement des coalitions d'intérêts privés. Les républicains représentent les grands industriels de la côte Est, les fermiers du Middle West, les anciens combattants de la guerre de Sécession, les protestants les plus pieux et les Noirs disposant du droit de vote, tandis que les démocrates défendent les intérêts des Blancs du sud, des ouvriers et des nouveaux immigrants des grands villes. Le dernier quart du XIXe siècle est marqué par une agitation ouvrière qui traduit l'indifférence des républicains à l'égard de cette frange de la population.

Le tournant impérialiste

Jusqu'aux dernières années du XIXe siècle, les États-Unis restent fidèles à leur posture historique de refus du colonialisme, focalisés sur la conquête de leur propre territoire.

L'année 1898 marque un tournant, préparé par la montée de l'idéologie colonialiste depuis une décennie. Sous l'impulsion du futur président Theodore Roosevelt, partisan d'une politique étrangère dite « du gros bâton » et alors secrétaire adjoint à la Marine, les États-Unis annexent Hawaï, Porto-Rico, puis les Philippines, et se lancent dans une guerre contre les Espagnols à Cuba. Celle-ci aboutit à la reconnaissance de l'indépendance de l'île, placée sous tutelle américaine.

Les États-Unis interviennent également dans les affaires sud-américaines, encourageant la sécession du Panama face à la Colombie, avec en point de mire le percement du canal, et font pression sur le Japon pour qu'il respecte les nouveaux territoires américains du Pacifique. Cette poussée impérialiste s'accompagne d'une volonté de favoriser l'essor du commerce. La « doctrine de la Porte Ouverte », présentée au Japon et aux pays européens, affirme le droit d'un ressortissant de n'importe quelle puissance de faire du commerce dans les zones d'influence des autres.

Sur la scène intérieure, le président Théodore Roosevelt augmente les prérogatives du gouvernement fédéral et fait voter des lois anti-trust. En 1913, le démocrate Thomas Woodrow Wilson est élu à la présidence et fait adopter des réformes progressistes : droit de vote des femmes, création d'un impôt sur le revenu, élection des sénateurs au suffrage universel. A la veille du premier conflit mondial, les États-Unis constituent une grande puissance économique - bien qu'elle n'ait pas encore dépassé l'Europe - dont la population continue de s'accroître à un rythme très soutenu, malgré les bornes posées à l'immigration (interdiction de l'immigration chinoise, refus des illettrés...).

Les États-Unis dans la Grande Guerre

Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale en Europe, les dirigeants américains n'ont aucune envie d'aller s'empêtrer dans ce conflit. Wilson proclame la neutralité totale de son pays, tout en réfléchissant à la façon de jouer un rôle de faiseur de paix entre les protagonistes. Toutefois, sur le plan commercial, les États-Unis sont loin d'être neutres : les exportations vers l'Allemagne s'effondrent, tandis que la fourniture de matériel militaire, de matières premières et de vivres aux puissances de l'Entente s'intensifie.

La guerre sous-marine menée par l'Allemagne provoque finalement l'entrée en guerre des États-Unis. Le paquebot Vigilentia est torpillé en mars 1917 par un sous-marin allemand, sort déjà réservé en 1915 au Lusitania. Ces violations de la liberté des mers, pilier de l'économie américaine, conjuguées à la publication du « télégramme Zimmermann », qui révèle des manœuvres allemandes au Mexique pouvant aboutir à l'annexion du sud des États-Unis, conduisent le Congrès à voter l'entrée en guerre le 6 avril 1917.

L'intervention américaine est bienvenue pour des alliés épuisés. Alors que les dirigeants américains pensaient initialement pouvoir limiter leur soutien à l'économie et aux finances, les États-Unis sont conduits à jouer un rôle déterminant dans l'issue militaire du conflit. Ce sont des Américains qui repoussent les attaques lancées par l'Allemagne en juillet 1918 entre Reims et Soissons et qui fournissent à Foch l'essentiel des troupes pour la grande offensive de la Meuse quelques mois plus tard. À la fin de la guerre, les troupes américaines, dirigées par le général Pershing, regroupent plus de 2 millions de soldats en Europe.

Après l'armistice du 11 novembre 1918, la paix est établie sur le fondement des quatorze points énoncés par le président Wilson en janvier 1914, qui font de la démocratie et la liberté des marchés les deux piliers des relations internationales, au moment même où la naissance de la Russie bolchevique est perçue comme une nouvelle menace par les États-Unis.

Paradoxalement, alors que ses principes triomphent sur la scène internationale, Wilson se trouve affaibli dans son pays par l'opposition des républicains et des isolationnistes. Le Congrès refuse de ratifier le traité de Versailles qui implique la création de la Société des Nations. Les États-Unis restent donc en dehors de la SND et entrent dans une nouvelle période d'isolationnisme, repliés sur leur prospérité.

L'isolationnisme relatif de l'Entre-deux-guerres

Au progressisme idéaliste de Wilson succède une longue période de règne républicain qui s'étend de 1921 à 1933. Les businessmen reviennent aux affaires et le mythe du « laisser-faire » économique s'impose. La politique d'immigration se durcit, afin de limiter l'entrée sur le territoire d'éléments ni anglo-saxons, ni protestants. Les lois des quotas (1921 et 1924) traduisent une montée de la méfiance à l'égard des minorités, voire de la xénophobie, tandis que la prohibition de l'alcool entraîne le développement du gangstérisme.

À l'extérieur, les États-Unis sont depuis la fin de la guerre les créditeurs du monde. Ils disposent également de 40% des stocks d'or mondiaux. Ils usent de la « diplomatie du dollar » plutôt que des forces armées pour imposer leurs vues, intervenant dans le règlement des réparations dues par l'Allemagne à la France et la Grande-Bretagne et se rapprochant du Japon en lui proposant investissements et marchandises.

En Amérique latine, le maintien des forces armées à Saint-Domingue (jusqu'en 1924) et au Nicaragua et la signature d'un traité donnant compétence à une commission interaméricaine pour régler les conflits sud-américains prouvent que l'isolationnisme concerne surtout les relations avec l'Europe.

La crise de 1929 et le New Deal

À partir de l'automne 1929, une crise économique sans précédent, liée à la surproduction qui sature le marché, à la multiplication des crédits et aux abus de la spéculation, secoue les États-Unis. Le « Jeudi noir » de Wall Street voit la bourse s'effondrer, prise dans une spirale de panique. La production industrielle s'effondre également, le chômage explose, - il touche 15 millions d'Américains en 1933-, les faillites se multiplient.

Alors que les républicains se sont montrés incapables d'enrayer la crise, l'élection à la présidence du démocrate Franklin Delanoo Roosevelt en 1932 change la donne. Roosevelt lance le New Deal (Nouvelle Donne), vaste programme de réorganisation de l'économie : dévaluation de la monnaie, abandon de l'étalon or, programme de grands travaux générateurs d'emplois, création d'une allocation chômage. Malgré l'opposition des milieux d'affaires et de la Cour Suprême, Roosevelt est réélu en 1936.

Dans les années 1930, le changement d'attitude des États-Unis sur la scène extérieure est également flagrant : ils quittent Haïti et le Nicaragua, promettent l'indépendance aux Philippines et renoncent à intervenir à Cuba. Cependant, ils conservent une posture isolationniste vis-à-vis de l'Europe, où la crise économique a précipité l'accession de Hitler au pouvoir. De 1935 à 1937, le Congrès vote toute une série de lois de neutralité.

La Seconde Guerre mondiale

Comme pour la Première Guerre mondiale, les États-Unis adoptent d'abord une position attentiste à l'égard de la guerre déclenchée par les puissances de l'Axe. En mars 1941, ils votent toutefois la loi prêt-bail, qui leur permet de devenir l'arsenal de la Grande-Bretagne. En août 1941, Roosevelt rencontre Churchill, sur un navire de guerre dans l'Atlantique. Les deux hommes adoptent la Charte de l'Atlantique, une déclaration qui condamne la tyrannie nazie et pose les principes qui devront prévaloir après la guerre, notamment le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et le désarmement.

En décembre 1941, l'attaque japonaise des bases américaines du Pacifique, notamment celle de Pearl Harbor, précipite les États-Unis dans le conflit. Le pays met alors sa formidable puissance économique et industrielle au service de la victoire.

La mobilisation de toute l'énergie nationale permet d'exorciser définitivement le spectre de la crise de 1929. Les Américains interviennent sur plusieurs fronts en Europe, en Afrique du Nord et dans le Pacifique, jouant un rôle décisif dans le dénouement du conflit. Le président Roosevelt, triomphalement réélu pour un quatrième mandat en 1944, meurt quelques semaines avant la capitulation de l'Allemagne. À son successeur Truman revient la charge de donner le coup de grâce au Japon, par les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

Le nouvel ordre mondial qui émerge de la Seconde Guerre mondiale se fonde sur les principes de la Charte de l'Atlantique. Propulsés gendarme du monde, les États-Unis sont aussi devenus la première puissance économique du monde devant une Europe exsangue et en ruines.

Publié ou mis à jour le : 2019-04-30 00:06:53

 
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