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D'où vient le mot bicoque ?

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Novembre 2012 - Avril 2013

À quoi sert le mariage ?


Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France.

Pour en finir avec un enjeu symbolique quelque peu ridicule, Joseph Savès émet le souhait que la loi laïque ne reconnaisse plus que des «unions civiles» (un PACS amélioré) et abandonne le mot même de «mariage», tant pour les couples ordinaires que pour les couples de même sexe. Ainsi le mot ne désignerait-il plus qu'un rituel religieux et sans contenu juridique.

Les médias français dénoncent à l'envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens... Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l'ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants.

Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l'explosion de la misère et des inégalités ?... Non, l'affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire (il a été finalement adopté par l'Assemblée nationale le mardi 13 avril 2013).

Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd'hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s'agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d'un parchemin» (Brassens)Regrettons qu'il n'y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient.

Mais l'affaire n'est pas seulement risible. Ainsi qu'en conviennent historiens et anthropologues de tous bords, «on ne trouve pas, dans l'histoire, d'union homosexuelle et homoparentale institutionnalisée» (*).

N'est-il pas dangereux, dans ces conditions, de jouer les apprentis-sorciers avec une institution, la famille, qui a traversé les millénaires et les civilisations? Rappelons simplement que le mariage n'a pas été établi pour consacrer l'amour de deux êtres (on n'a pas besoin d'une reconnaissance sociale pour s'aimer et vivre ensemble) mais pour assurer une protection juridique aux enfants appelés à naître de cette union et garantir leur droit à hériter. Ce n'est pas un «droit» mais un «contrat».

Ganymède et l'Aigle (Chastworth House, Londres)
D'autres l'ont fait, pourquoi pas nous ?

On se rassure en se disant que d'autres pays, et non des moindres, ont franchi le pas et officialisé le mariage entre personnes du même sexe : le Canada, la Norvège, la Suède, plusieurs États des États-Unis et même la ville de Mexico, l'Argentine et l'Espagne catholiques.

De fait, les États à l'écoute des homosexuels («gay-friendly») sont circonscrits aux populations européennes : l'Europe occidentale elle-même, l'Amérique du Nord, l'Autralie et la Nouvelle-Zélande ainsi que les pays du cône sud-américain (Argentine, Uruguay, Brésil). Seule exception : l'Afrique du Sud, encore fortement influencée par le droit anglo-saxon. Au total, moins d'un milliard de personnes soit 15% de la population mondiale.

Face à ce bloc «progressiste» (mais en décroissance démographique), on trouve la quasi-totalité des pays d'Afrique noire et des pays majoritairement musulmans, plus ou moins hostiles à l'homosexualité. Huit d'entre eux punissent de mort l'homosexualité : l'Arabie séoudite, l'Afghanistan, l'Iran, la Mauritanie, le Nigeria, la Somalie, le Soudan et le Quatar, «ami» de la France. Les autres pays, comme la Turquie, l'Inde, la Russie ou le Japon, évitent généralement d'aborder le sujet de l'homosexualité sur la place publique.

Le mariage des personnes de même sexe et l'homosexualité dans le monde (source : Le Monde)

Homo philie, homo phobie

L'homosexualité est aussi vieille que l'humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d'exclusion, ont toujours participé à la vie sociale. L'anthropologue Maurice Godelier évoque des sociétés primitives qui inscrivent la cohabitation homosexuelle parmi les rites de passage de l'enfance à l'âge adulte...

Autres temps, autres moeurs : à l'image de Zeus, qui s'était transformé en aigle pour séduire le jeune Ganymède, les notables grecs et romains n'avaient pas de honte à partager la couche d'un garçon pourvu qu'il fut impubère. Mais cette forme de pédophilie a été plus tard condamnée, de même que les relations entre adultes du même sexe, sous l'effet du puritanisme stoïcien (et païen). 

Au Moyen Âge, la «sodomie» (ainsi qualifiait-on l'homosexualité avant que le mot ne soit inventé en 1869) est inscrite parmi les péchés graves. Elle est parfois sanctionnée, le plus souvent tolérée, selon que domine dans l'Église le courant rigoriste ou le courant optimiste, ainsi que le rappelle l'historien Michel Rouche, dans un passionnant livre d'entretiens avec le journaliste Benoît de Sagazan : Petite histoire du couple et de la sexualité (CLD, 2008). 

Il Doppio ritratto, par Giorgione (vers 1502), VeniseAu XVIIe siècle, les «libertins» de la cour de Louis XIV attestent de l'influence que pouvaient avoir les homosexuels au pied du trône.  Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l'académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault et le Prix Nobel André Gide... montrent qu'elle n'était pas un obstacle à l'ascension sociale et aux honneurs publics.

Si l'Église officielle qualifie encore de péché l'onanisme et la sodomie, on ne saurait comparer cette condamnation morale aux sanctions pénales qui frappent les homosexuels dans tous les pays musulmans comme dans la plupart des pays d’Afrique noire et d’Asie.

On a fait beaucoup de cas de la loi française de 1942, abrogée en 1982, établissant à 21 ans au lieu de 15 la majorité en matière de relations homosexuelles. Avouons qu'on a connu pire en matière de persécution.

Une régression intellectuelle

Le romancier Benoît Duteurtre écrit dans Le Nouvel Observateur (20 septembre 21012) : «L’aspiration des militants homosexuels à la famille et au mariage est une formidable régression intellectuelle par rapport aux enjeux de la libération sexuelle. Après avoir revendiqué la liberté absolue, on en est à vouloir parodier le mariage, ce vieux rituel d’inspiration religieuse auquel les hétérosexuels eux-mêmes ne croient plus guère, vu qu’ils s’empressent généralement de divorcer !»

Le romancier juge «amusant de voir certains militants s’exciter contre l’Église, qui devrait, à son tour, accepter le mariage gay – comme s’il fallait à tout prix obtenir la reconnaissance du clergé qui ne fait pourtant que jouer son rôle de force morale archaïque».

Pour lui, «la modernité, c’est évidemment le pacs, qui laisse de côté tout cet héritage et qu’on pourrait fort bien se contenter d’améliorer. Mais les groupes de pression, engagés dans la surenchère, semblent confondre l’égalité et le pastiche. Beaucoup d’homos se contrefichent du mariage comme de l’adoption, mais il est vrai que cette soif de normalité enchante certaines personnes qui ont l’impression de les voir rentrer dans le rang».

Communautarisme 

Les organisations homosexuelles sont en flèche dans le développement du communautarisme en Occident et c'est là un phénomène nouveau. Le philosophe Roland Barthes l'avait entrevu dans les années 1970. Homosexuel épanoui et discret, il s'inquiétait déjà à cette époque d'un activisme qui pouvait porter atteinte à son intimité et à sa liberté.

Si l'on met à part une petite minorité d'individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe, l'homosexualité était jusqu'à ces dernières décennies une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles. Elle est devenue aujourd'hui un critère d'appartenance et chacun est sommé de se définir comme homo ou hétéro.

En 1973, dans Les valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo qu'hétérosexuelle. En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le placard, le héros devait choisir son camp. Entre ces deux dates s'est imposé le principe d'enfermement communautaire. Aujourd'hui, signe des temps, Hollywood multiplie les comédies sur les jeunes gens qui seraient tentés de franchir la nouvelle barrière invisible (*).

L'«outing» par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret nous renvoie aux pratiques inquisitoriales ou, au mieux, à une forme inédite de «puritanisme inversé» qui impose à chacun d'afficher son statut. Militants homosexuels et vedettes du showbiz conjuguent leurs efforts pour abattre le mur opaque et bienfaisant qui séparait naguère sentiments privés et vie publique.

Ainsi s'avancent des lendemains radieux où chacun sera sommé de se justifier de ses penchants sexuels, de ses pensées et de ses sentiments ainsi que de choisir sa «communauté», face à un Big Brother omniprésent et omnipotent.

Libertarisme

Derrière le «mariage pour tous» et son corollaire, le droit d'avoir des enfants à tout prix (gestation par autrui ou adoption sur le marché international), l'idée se profile que la Loi n'aurait plus pour objet de protéger les faibles (enfants, pauvres...) contre les abus des puissants mais devrait se mettre au service de ces derniers pour lever les ultimes obstacles à leurs désirs. 

Pourquoi pas ? dès lors que l'accomplissement de ces désirs ne lèse personne, argumente tel philosophe contemporain.

Plus réservé, le psycho-sociologue Jean-Claude Liaudet voit dans ce chamboulement une ruse du néolibéralisme pour intégrer à la société marchande des domaines qui lui échappent encore (*). Il annonce des lendemains radieux où les pauvres du tiers monde et du quart monde seront invités, au nom de la Liberté, à faire commerce de leurs organes, de leur sperme, de leurs ovules et de leurs bébés pour la plus grande satisfaction des bourgeois occidentaux.

Joseph Savès
Le mariage pour quoi faire?

Le terme «mariage» recouvre trois significations très différentes :
- C'est d'abord un contrat civil entre un homme et une femme, qui assure à l'épouse et aux enfants à naître une protection juridique et des garanties en matière de succession.
- C'est aussi un engagement religieux, sans effet juridique ou civil, qui tient aux convictions de chacun.
- C'est enfin un moment festif qui permet à un couple d'exprimer leur amour devant leurs parents et leurs amis.

Les deux dernières significations ne concernent en rien le législateur et, au moment où les organisations homosexuelles réclament le droit au mariage civil, on peut se demander à quoi sert encore celui-ci. Au terme d'un processus législatif qui a aligné les droits des enfants «naturels» sur ceux des enfants légitimes, le mariage civil n'apporte plus guère de droits particuliers. C'est si vrai que de plus en plus de couples élèvent leurs enfants sans se soucier de passer devant le maire.

À défaut d'abolir le mariage civil, le législateur pourrait changer son nom pour celui d'«union civile» et laisser le mot mariage au vocabulaire religieux. L'«union civile» se présenterait dès lors comme un pacte civil de solidarité - pacs - amélioré, ouvert à tous les couples, avec quelques aménagements fiscaux concernant la pension de réversion et l'héritage ainsi que l'adoption.

Mais avant toute chose, il importerait d'abroger l'article 433-21 du code pénal par lequel l'État français interdit aux prêtres, pasteurs et rabbins de marier un couple qui n'est pas au préalable passé devant le maire. Ainsi continueront de s'unir civilement ceux qui le veulent, les autres faisant de leur union une affaire purement privée. 

Archaïque, l'article 433-21 remonte à la volonté du Premier Consul Napoléon Bonaparte d'enlever l'état civil au clergé. Son abrogation serait conforme au principe de laïcité et à la loi de séparation des Églises et de l'État. On ne voit pas bien en effet pourquoi l'État laïc se préoccupe de conventions d'ordre privé comme le mariage religieux dès lors qu'elles n'ont aucune implication civile ou juridique.

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Mise à jour : 2014-01-23 14:32:27