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Le mariage dans tous ses états

L'essentiel


Le mariage est l'institution sociale la plus ancienne. Il n'a pas été établi pour consacrer l'amour de deux êtres (on n'a pas besoin d'une reconnaissance sociale pour s'aimer et vivre ensemble) mais pour assurer une protection juridique aux enfants appelés à naître de cette union et garantir leur droit à hériter.

Contrairement à une idée fréquemment entendue à l'occasion des débats sur le «mariage pour tous», le mariage n'est donc pas un «droit» qu'il s'agirait d'étendre à un maximum de personnes, mais un «contrat», autrement dit un ensemble d'obligations réciproques destinées à assurer une coexistence harmonieuse des personnes du foyer familial, vivantes ou à naître.

Le mariage a connu depuis le commencement de l'Histoire des évolutions contrastées, en lien très fort avec le statut social de la femme. En voici le récit détaillé, dans le cadre de l'Europe et du monde méditerranéen.

Le mariage dans tous ses états : l'enquête

Vous pouvez retrouver l'ensemble de notre enquête sur un document pdf. Ainsi pourrez-vous l'imprimer, la lire plus à votre aise et la faire circuler :

Le mariage dans tous ses états
Découvrez notre quiz  

Pas si archaïque que ça !

Chapitre 1 : de Sumer aux Germains

Mariage patricien à Rome (confarreatio)

Les Égyptiens de l’époque pharaonique s’en sont tenus à une vision simple de l’humanité : des hommes et des femmes faits pour vivre ensemble sur un pied d’égalité. Ils se différenciaient ce faisant du monde oriental et de la Grèce elle-même, attachés à une conception inégalitaire des sexes.

Sous l’Empire romain, au début de notre ère, on voit apparaître toutefois une conception très moderne du mariage, lequel ne requiert même pas l’accord parental.

Le terme romain employé à son propos est conjugium, dont nous avons fait conjoint et conjugal.

Il signifie que les époux portent ensemble (cum) le même joug (jugium) et se traduit par une belle formule qu'échangent les époux au moment du mariage : «Ubi tu Gaius, ego Gaia» (Où tu es toi Gaius, je suis moi Gaia).

«Gai, gai, marions-nous»

Chapitre 2 : de Charlemagne au Siècle des Lumières

À la fin de l'Antiquité, l'Église médiévale demeure en Occident la seule institution stable et respectée. Concernant le mariage, elle s'inscrit dans la tradition romaine et promeut l'égalité de l'homme et de la femme dans le couple. Elle met en avant aussi le devoir de solidarité et d'affection.

Les clercs usent de leur autorité spirituelle pour imposer aux guerriers féodaux et aux souverains le respect de la monogamie, l'interdit de la répudiation et l'interdit de la consanguinité.

En 1215, le grand concile œcuménique de Latran IV hisse le mariage au rang de sacrement religieux. Il devient indissoluble. L’adultère lui-même n’est pas un motif de dissolution et peut tout au plus justifier une séparation de corps. Mais le mariage peut être assez facilement annulé pour des raisons de consanguinité.

Les époux se glissent dans le lit nuptial (miniature du XIIe siècle)

Plus important encore, l’Église médiévale impose le libre consentement des époux au mariage, devant un prêtre. Autrement dit, les parents n’ont pas leur mot à dire. Cette disposition favorise les mariages d’inclination et concourt à l’émancipation juridique des femmes. Mais elle ne fait pas l’affaire des grandes familles de la haute aristocratie et de la bourgeoisie...

À la fin de la Renaissance, ces dernières ont raison du mariage chrétien. En France comme dans la plupart des grands pays européens, les souverains réintroduisent l’obligation du consentement parental, au moins dans les grandes familles.

Cette mesure entraîne la disparition des mariages d’amour dans les classes supérieures et va de pair avec une singulière régression du statut juridique de la femme, laquelle redevient comme dans l’Antiquité une mineure soumise d’abord à son père puis à son mari.

La légalisation du divorce par la Réforme protestante a l’effet paradoxal de rendre les sociétés concernées beaucoup plus exigeantes à l’égard du mariage. Celui-ci se doit d’être sans tâche et pour échapper aux tentations coupables, les époux s’astreignent à l’austérité dans les vêtements et les mœurs, ainsi qu’à une extrême pudibonderie.

«Je t'aime, moi non plus»

Chapitre 3 : de la Révolution à nos jours

Le XVIIIe siècle ou Siècle des Lumières est aussi le siècle du clair-obscur, mêlant le pire et le meilleur, avec des comportements divergents face au mariage, selon que l'on appartient aux classes supérieures ou aux classes populaires.

Les premières réduisent le mariage à une alliance contractuelle entre familles, avec mise en commun de titres et de fortunes. Les secondes, moins sensibles à ces aspects, montrent davantage de liberté en matière de mœurs et restent attachées au mariage d’inclination.

Ces divergences se retrouvent aux siècles suivants et jusqu'à nos jours avec la concurrence entre mariage arrangé et mariage d'amour, entre pudibonderie et liberté sexuelle, entre soumission de la femme et émancipation.

La parenthèse révolutionnaire se referme bien vite avec l’accession de la bourgeoisie aux commandes. L’Église perd définitivement son monopole sur l’institution matrimoniale mais il faut attendre en France 1884 pour que le divorce soit légalisé.

Le droit au divorce et le libre consentement des époux vont de pair avec l’émancipation des femmes. Ces acquis se retrouvent plus que jamais menacés en ce début du XXIe siècle avec le retour en force des mariages arrangés, des mariages forcés d’adolescentes et également de la polygynie, y compris en Europe sous l'effet de l'immigration.

Bibliographie

Dans cette enquête sur le mariage, nous nous sommes très largement inspirés de l'Histoire du mariage en Occident, un ouvrage de Jean-Claude Bologne (Jean-Claude Lattès, 1995, épuisé) ainsi que d'un beau livre richement illustré de Sandrine Melchior-Bonnet et Catherine Salles : Histoire du mariage (Éditions de la Martinière, 2001). 

Nous avons aussi tiré parti du passionnant livre d'entretiens entre l'historien Michel Rouche et le journaliste Benoît de Sagazan : Petite histoire du couple et de la sexualité (CLD, 2008) ainsi que de la somme d'Emmanuel Todd : L'origine des systèmes familiaux (Gallimard, 2011).

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2014-07-17 19:07:35

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