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Quelle invention est à l'origine de la première révolution industrielle ?

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Victoria (1819 - 1901)

L'apogée de l'Angleterre


Souverain sans réel pouvoir, la reine Victoria figure néanmoins comme la représentation accomplie de l'Angleterre à son apogée. 

Elle a tout juste dix-huit ans quand les hasards de la succession lui valent de succéder à son oncle Guillaume IV sur le trône du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, le 20 juin 1837.

Une monarchie discréditée

Quand la jeune reine entame son règne, la monarchie anglaise est au plus mal.

La dynastie des Hanovre (plus tard Windsor) semble discréditée par la longue folie du roi George III et les frasques de ses deux fils et successeurs, George IV et Guillaume IV, ce dernier affichant pas moins de dix enfants illégitimes.

La société anglaise souffre par ailleurs de douloureuses mutations induites par la Révolution industrielle.

Dans la capitale, on estime qu'un quart des femmes se prostituent. La démocratie est encore des plus imparfaites et le suffrage universel pas encore établi.

Tout va changer pendant les 64 années du règne de Victoria. À la veille de sa mort, la monarchie est à son zénith et la reine, devenue immensément populaire, à la tête de la première puissance mondiale et d'un empire étendu sur le quart de la planète.

Aussi ne faut-il pas s'étonner que le prénom de la discrète jeune fille ait servi à qualifier son époque. Dès 1851, on voit apparaître le qualificatif de «victorien»sous la plume d'un historien.

Difficile succession

Dès son accession au trône, la jeune reine se prend d'affection pour le Premier ministre en exercice, lord William Melbourne (58 ans), homme modéré et sensible. Il a l'honneur d'initier Victoria aux affaires publiques et surtout à la manière de bien tenir son rang. La souveraine montre assez de caractère pour écarter sa mère, l'intrigante duchesse de Kent.

Sur un coup de foudre, la reine décide aussi d'épouser son cousin, le prince allemand Albert de Saxe-Coburg-Gotha, le 10 février 1840. Celui-ci, qui a le même âge que Victoria, n'éprouve pas la même passion amoureuse, du moins au début de leur union. Mais il joue à la perfection son rôle de mari et de prince consort.

Albert, Victoria et leurs neuf enfants vont offrir au peuple britannique l'image idéalisée du bonheur conjugal. Luthérien pieux, Albert importe à la cour des moeurs austères qui donneront à l'ère victorienne une réputation exagérée de pruderie.

La famille royale et la monarchie atteignent le summum de leur popularité lors de l'inauguration de l'Exposition universelle de 1851, sous leCrystal Palace.

L'architecte Joseph Paxton a conçu cette magnifique construction, aujourd'hui disparue, en y intégrant des préoccupations écologiques et environnementales d'avant-garde.

L'Exposition, la première du genre, a été imaginée et conçue par le prince Albert lui-même pour témoigner de la grandeur de l'Angleterre et des espoirs suscités par la Révolution industrielle. Elle débouche sur un magnifique succès.

L'Angleterre victorienne

Il faut dire que Londres est devenue, avec 2,5 millions d'habitants, la principale métropole mondiale. Le pays lui-même compte 22 millions d'habitants en 1851, soit deux fois plus qu'un demi-siècle plus tôt. Il produit la moitié de tout l'acier du monde.

Une législation sociale se met en place dans les années 1850 avec par exemple l'obligation du repos hebdomadaire pour les salariés et des limitations au travail des enfants. Les excès de l'industrialisation et l'enlaidissement du cadre de vie suscitent une réaction intellectuelle et artistique. Dans la peinture s'épanouit le courant préraphaélite.

Les romanciers comme Walter Scott exaltent le Moyen Âge. D'autres, comme Charles Dickens, dénoncent la condition faite aux enfants.

La société reste fortement hiérarchisée mais l'ascension sociale par le mérite et le travail n'en est pas moins encouragée et bien réelle, selon une tradition toute britannique.

La sécularisation de la société anglaise est déjà en marche au milieu du XIXe siècle. Un tiers des Britanniques ne se réclament d'aucune religion... mais tous partagent les mêmes codes sociaux. Les classes populaires et l'aristocratie conservent des moeurs libertines ou dépravées, plus conformes aux traditions de «Merry England», l'Angleterre joyeuse du XVIIIe siècle (voir Barry Lyndon, un chef-d'oeuvre du cinéaste Stanley Kubrick).

Ce sont surtout les classes moyennes engendrées par la Révolution industrielle qui se montrent réceptives à la morale rigide du prince Albert. Ces classes moyennes érigent un système de valeurs qui met l'accent sur la chasteté mais aussi sur le travail et le «self-help», d'après le titre d'un livre à succès de 1859 prônant la responsabilité individuelle et un État minimal.

Premiers nuages

Le bonheur de Victoria prend fin en 1861 avec la mort prématurée d'Albert, victime de la fièvre typhoïde. Prenant définitivement le deuil, la reine s'isole du monde, jusqu'à susciter parfois des rumeurs malveillantes dans l'opinion publique.

La Grande-Bretagne n'en poursuit pas moins sa marche en avant.

Après le gouvernement du libéral Peel, farouche partisan du libre-échange économique, se succédèrent en alternance à la tête du gouvernement deux Premiers ministres de grande valeur mais de tempérament et de politique radicalement opposés: le flamboyant conservateur Disraeli et le rigide libéral Gladstone.

À la fin du XIXe siècle, l'aristocratie anglaise commence à se détourner avec morgue du commerce. Le pays néglige aussi la formation de ses ingénieurs. De sorte que son leadership en vient à être contesté par l'Allemagne puis les États-Unis.

Lord Salibusry, plusieurs fois Premier ministre, doit alors affronter les difficultés économiques, les barrières protectionnistes qui limitent les exportations anglaises et une situation internationale de plus en plus tendue.

La puissance anglaise

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En s'appuyant sur l'État de droit, la démocratie parlementaire et la domination des mers, l'Angleterre a pu dominer la planète comme aucune autre nation avant elle...

Les «petites guerres de la reine Victoria»

Le règne de Victoria est ponctué par de nombreuses guerres coloniales, dans le but de conquérir de nouveaux territoires ou de mettre à la raison les indigènes des colonies existantes.

Ces guerres dans lesquelles les Britanniques bénéficient généralement d'une écrasante supériorité militaire du fait de leur armement ont été qualifiées de «petites guerres de la reine Victoria». Il y a ainsi les guerres de l'opium à la suite desquelles la Chine dût ouvrir ses ports aux commerçants occidentaux. Aux Indes, le gouvernement prend en main l'administration du territoire après la révolte des cipayes en 1857.

Londres place l'Égypte sous sa tutelle après l'ouverture du canal de Suez, pour protéger la route des Indes, et étend son protectorat au Soudan après la bataille d'Omdurman (ou Omdourman), près de Khartoum, où 8.000 Britanniques massacrent à la mitrailleuse 60.000 derviches soudanais.

Toutefois, les Britanniques n'ont pas la partie toujours aussi facile. Ainsi essuient-ils de graves défaites face aux Afghans le 2 novembre 1841 et face aux Zoulous le 22 janvier 1879. La guerre de Crimée révèle aussi leur impréparation à de grandes guerres face à des ennemis bien armés.

Ils n'en arrivent pas moins à dominer le monde selon les vues impérialistes exprimées le 24 juin 1872, à Londres, dans le Crystal Palace, par Benjamin Disraeli. Premier ministre deux ans plus tard, celui-ci, ardent partisan des conquêtes coloniales, offre à Victoria ravie le titre d'impératrice des Indes le 1er janvier 1877.

Menaces sur l'empire

Cette expansion ne va pas sans risque. En 1898, Français et Anglais manquent de se battre pour une sombre histoire de préséance à Fachoda, une bourgade dérisoire du Soudan, après que lord Kitchener a brutalement conquis le pays.

Bientôt, les troupes britanniques sont entraînées dans une guerre difficile contre un petit peuple de rudes paysans calvinistes, les Boers d'Afrique du sud. Pour la première fois, on ouvre des camps de concentration avec des barbelés.

Quand la vieille reine s'éteint le 22 janvier 1901, la plupart des familles royales d'Europe pleurent une aïeule. Il est vrai que sa nombreuse progéniture a essaimé dans toutes les cours du Continent et lui vaut le surnom de «grand-mère de l'Europe».

Son fils et successeur, le populaire Édouard VII (60 ans), amant heureux et bon vivant, va secouer le corset puritain dans lequel se débat Merry England. Le souvenir du prince Albert s'estompe. Bientôt, on s'étripera dans les tranchées.

Bibliographie

On peut lire sur la personnalité troublante de Victoria la passionnante biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de l'Aulnoit : La dernière reine (Robert Laffont, octobre 2000).

Publié ou mis à jour le : 2013-07-21 10:09:43