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5 novembre 2012

1944-2014 : la commémoration de trop


Dans les différents pays européens, les gouvernements commencent à songer au centenaire de la Grande Guerre, qui vit en 1914 le suicide de l'Europe...

Il ne s'agit pas de célébrer la «boucherie» mais d'honorer la mémoire des combattants et, plus encore, de nous interroger sur les erreurs politiques qui ont conduit à la guerre afin d'éviter de les renouveler en Europe ou ailleurs.

Mais de nombreux historiens s'inquiètent du projet français d'associer ces commémorations à celles de 1944 et de la Seconde Guerre mondiale.

Herodote.net propose une solution qui distingue les deux mémoires et respecte la chronologie...

[Vos commentaires]   [Notre pétition]

Verdun, cote 304Le gouvernement français envisage de mêler en 2014 les commémorations du Centenaire de 1914 (le début de la Première Guerre mondiale) et le 70e anniversaire du débarquement de Normandie et de la Libération de Paris.

Un décret est en préparation en vue d’installer une «mission des anniversaires des deux guerres mondiales». Présidée par le ministre délégué aux anciens combattants, celle-ci aura pour objet de «concevoir, animer et coordonner les initiatives à caractère international ou national propres à rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont lutté pour la défense de la France pendant la première guerre mondiale et pour sa défense, sa libération et la victoire sur le nazisme pendant la seconde guerre mondial».

Des voix s’élèvent déjà parmi les historiens et les passionnés d’Histoire, y compris dans les rangs de la majorité socialiste, pour critiquer cette confusion entre des événements majeurs sur le plan mondial (ceux de 1914 : suicide de l'Europe) et des péripéties de la Seconde Guerre mondiale dont le principal intérêt est de se dérouler sur le sol français.

Les événements de 1944 ne sont pas évidemment pas sans importance mais ils ne se démarquent pas d'autres événements de la Seconde Guerre mondiale : le débarquement de Normandie est à mettre sur le même plan que Stalingrad (1943), voire El-Alamein, qui vit reculer pour la première fois les armées allemandes (1942).

Quant aux libérations de Paris et de Strasbourg (1944), ce sont de simples étapes dans la contre-offensive alliée et n'ont de signification que dans l'établissement de la légitimité du général de Gaulle et de la France Libre. Elles ne mettent même pas fin à l'occupation de la France, qui ne cessera qu'en 1945 avec la libération de Saint-Nazaire !

On ne peut tout commémorer de la même façon, sauf à lasser l’opinion et surtout enlever toute dimension pédagogique aux commémorations, en mélangeant les événements qui font sens et les autres.

Mettre sur le même plan le débarquement de Normandie (6 juin 1944) et l'attentat de Sarajevo (28 juin 1914), ou encore l'assassinat de Jean Jaurès (31 juillet 1914) et la Libération de Paris (25 août 1944) peut au surplus induire une totale confusion chez la plupart des jeunes Français qui ont déjà beaucoup de mal à maîtriser la chronologie.

Distinguer 1914 et 1945

Au lieu et place de ce ramassis, Herodote.net suggère au gouvernement français la création d'une Mission 1945 formellement distincte de la Mission interministérielle pour le Centenaire de la Grande Guerre.

- Commémorer 1914 :

La Mission de la Grande Guerre, qui a déjà quelques mois d'existence, poursuivra la préparation du Centenaire afin de montrer toute l'importance de l'année 1914 et d'en tirer peut-être des enseignements sur la folie des hommes et la manière dont on pourrait la maîtriser. Son président Joseph Zimet a établi un conseil scientifique présidé par l'historien Antoine Prost. Il a déjà prévu six points forts qui ont l'avantage de la cohérence :

- 28 juin 2014 : rassemblement des chef d'État à Sarajevo,
- 14 juillet 2014 : défilé sur les Champs-Élysées des soldats de différents pays belligérants et parade géante,
- 31 juillet 2014 : commémoration de l'assassinat de Jaurès et de l'échec des espoirs de paix,
- 2 août 2014 : commémoration de la mobilisation,
- 6 septembre 2014 : commémoration de la bataille de la Marne,
- 11 novembre 2014 : entrée au Panthéon de Maurice Genevoix, auteur de Ceux de 14, un hommage aux Poilus.

Notons que la même année, au printemps, les passionnés d'histoire militaire et les amateurs de reconstitutions se retrouveront en Champagne pour évoquer la campagne de France de Napoléon 1er, deux cents ans plus tôt. Autant dire que l'année 2014 sera saturée en commémorations guerrières sans qu'il soit besoin d'en rajouter.

Pour éviter d’encombrer les rubriques histoire et mémoire, il sera donc sage de célébrer le débarquement de Normandie et la Libération de Paris comme à l'accoutumée, en réservant les grandes orgues pour l'année suivante. De multiples raisons objectives plaident en ce sens.

- Commémorer 1945 :

La France est à peu près sortie de la guerre le 23 novembre 1944 avec la libération de Strasbourg, même si Saint-Nazaire est encore occupée par des troupes allemandes. À cette date-là, pourtant, pour beaucoup de peuples, le pire était encore à venir : extermination des Juifs hongrois, destruction de l’Allemagne, bombes atomiques...

À l’heure de l’Europe, il serait donc surréaliste et mesquin que les Français commémorent entre eux, dès 2014, le 70e anniversaire de la chute du nazisme.

C’est pourquoi nous appelons à la création d’une Mission qui concentrerait ses projets sur l’année 1945, en concertation avec les autres pays concernés et en particulier l’Allemagne fédérale.

Plusieurs journées commémoratives sont à retenir, qui donnent du sens à la mémoire :

- 27 janvier 2015 : libération d’Auschwitz ; révélation de la Shoah,
- 7 et 8 mai 2015 : capitulation de l’Allemagne nazie à Reims ; confirmation à Berlin,
- 26 juin 2015 : fondation de l’ONU,
- 6 et 9 août 2015 : bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki,
- 2 septembre 2015 : capitulation du Japon et fin de la Seconde Guerre mondiale.

Notons qu’en 2015, aucun événement de la Grande Guerre n’est susceptible d’interférer avec la Seconde Guerre mondiale, hormis le génocide des Arméniens par les Turcs (24 avril 1915).

Ainsi, les hasards de la chronologie nous permettent de commémorer successivement et distinctement le début et la fin des trois décennies de tourments qui ont souillé le siècle passé.

Nous appelons le gouvernement français à saisir cette occasion de faire œuvre de pédagogie en confiant à deux missions bien distinctes le soin de préparer le Centenaire de 1914 et le 70e anniversaire de 1945.

André Larané
[Vos commentaires]

 

Publié ou mis à jour le : 2012-12-04 15:47:20

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