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1914-1918

Les origines de la Grande Guerre


En 1914, après un siècle de paix relative et de très grands progrès, l'Europe rayonne sur le monde entier comme aucun autre empire dans les temps passés.

Avec environ 450 millions d'habitants, elle rassemble le quart de la population mondiale et constitue de très loin le continent le plus moderne et le plus riche. Malgré tous ces motifs de satisfaction, elle apparaît extrêmement nerveuse...

L'Europe à la veille de la Grande Guerre

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L'Europe à la veille de la Première Guerre mondiale - 1914 (cartographie AFDEC) Cette carte montre l'Europe en 1914. On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés : l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir.

Une guerre évitable ?

Première constatation : au début du XXe siècle, l'Europe est plus homogène que jamais. Les très nombreux petits États italiens et allemands ont disparu. Quelques nouveaux États issus de la décomposition de l'empire turc ont fait leur apparition : Serbie, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Albanie, Monténégro.

Mais l'Europe centrale est désormais dominée par trois États majeurs :
1) le royaume d'Italie, unifié depuis peu et qui continue de s'interroger sur lui-même,
2) l'empire austro-hongrois, prospère mais vermoulu, où un vieil empereur, François-Joseph 1er, tente de contenir les revendications nationalistes des populations slaves, roumaines et italiennes,
3) l'empire allemand, prospère et solidement organisé autour de la Prusse, avec un empereur, Guillaume II, qui rêve d'un destin mondial et dont le plus grand désir est de concurrencer les Britanniques sur les mers.

En 1914, ces trois États constituent la Triple-Alliance ouTriplice. C'est une alliance défensive par laquelle ils se promettent assistance en cas d'attaque de l'un ou de l'autre. L'empire ottoman est proche de la Triplice et les conseillers allemands exercent une très forte influence auprès du gouvernement du sultan.

La République française entretient des rapports tendus avec l'Allemagne depuis sa défaite de 1870-1871 et cultive envers l'Autriche une méfiance qui remonte... à la rivalité entre Charles Quint et François 1er. C'est pourquoi elle a constitué avec le Royaume-Uni et le tsar de Russie une autre alliance défensive : la Triple-Entente.

Tensions bellicistes

Ces deux grands systèmes d'alliance européens, Triplice et Triple-Entente, recouvrent des intérêts contradictoires.

– La France :

La France revendique l'Alsace et le nord de la Lorraine, annexées par l'Allemagne en 1871. Toutefois, au début du XXe siècle, ces revendications sur l'Alsace et le nord de la Lorraine passent au second plan et sont supplantées par des rivalités coloniales.

En 1905 puis en 1911, la France et l'Allemagne, qui reluquent l'une et l'autre le Maroc, sont au bord de la guerre. La France rivalise aussi en Afrique noire avec l'Angleterre, dont la sépare une animosité pluriséculaire.

Les républicains français sont par ailleurs quelque peu gênés par leur alliance avec l'autocratie russe, destinée à intimider l'Allemagne et à la prendre en tenaille.

– La Russie :

La Russie du tsar Nicolas II, découragée dans ses tentatives d'expansion en Extrême-Orient par sa défaite face au Japon et minée par les mouvements révolutionnaires, cherche une revanche en Europe. Le tsar rêve de refaire l'unité du pays autour du trône à la faveur d'une guerre de conquête dans les Balkans, au détriment de l'empire ottoman. Il voudrait mettre la main sur Istamboul, l'ancienne Constantinople, métropole religieuse du christianisme orthodoxe.

– L'Autriche-Hongrie :

L'Autriche-Hongrie craint que l'expansionnisme russe n'entraîne un soulèvement de ses minorités slaves, qui lui serait fatal.

Profitant de l'affaiblissement de la Russie, le baron d'Aerenthal, ministre-président d'Autriche-Hongrie, convainc l'empereur François-Joseph 1er d'annexer le 5 octobre 1908 la Bosnie-Herzégovine, une province turque qui lui avait été confiée 30 ans plus tôt, lors de la conférence de Berlin. La veille, à l'instigation de Vienne, Ferdinand de Bulgarie avait proclamé l'indépendance pleine et entière de sa principauté, que la même conférence avait laissée à la Turquie.

Ces violations unilatérales du traité de Berlin provoquent un regain d'agitation dans les Balkans. La Russie soutient la Serbie dans ses revendications et ne consent à s'apaiser que face à la ferme intervention du chancelier allemand, le prince Bernhard von Bülow.

– L'Allemagne :

 

Affiche de propagande allemande (1910)

L'Allemagne cultive une solidarité pangermanique avec l'Autriche de l'empereur François-Joseph 1er. Elle veut surtout éviter son éclatement qui déstabiliserait l'Europe centrale.

Guillaume II, petit-fils de la reine d'Angleterre Victoria, impulsif et quelque peu déséquilibré, aspire par ailleurs à un rôle mondial.

Il accroît tambour battant sa flotte de guerre et entraîne le Royaume-Uni dans une périlleuse course aux armements navals.

– Le Royaume-Uni :

Londres se donne un objectif pour maintenir sa suprématie sur les mers, le «Two powers standard» : la Navy et ses Dreadnoughts (cuirassés) doivent peser autant ou plus que les flottes des deux puissances suivantes ! Aussi longtemps qu'est maintenu cet objectif, Londres se désintéresse des affaires du Continent. C'est encore le cas en 1913 : les Britanniques conservent la suprématie avec 63 bateaux de ligne en mer et 15 en chantier, ainsi que 42 cuirassés et même 70 sous-marins; l'Allemagne n'en dispose respectivement que de 33, 8, 13 et 23.

– L'Italie :

L'Italie prône l'égoïsme sacré. Elle cultive quelques revendications du côté de la France (Nice et la Savoie, la Tunisie...). Mais ses principales revendications concernent des provinces de l'Adriatique et des Alpes qui appartiennent à l'Autriche-Hongrie, de sorte que son engagement au sein de la Triplice manque pour le moins de sincérité.

– L'empire ottoman :

Qualifié d'«homme malade de l'Europe», l'empire ottoman ne pèse pas lourd sur la scène européenne. Mais ses dernières possessions balkaniques font saliver les grandes puissances (l'Autriche-Hongrie et la Russie) ainsi que les jeunes États voisins (Serbie, Bulgarie, Grèce...). En juillet 1908, excédés par les humiliations que supporte le sultan, les «Jeunes-Turcs» prennent le pouvoir à Istamboul mais n'arrivent guère à enrayer le déclin de l'empire.

Mais en 1911, l'Italie enlève à la Turquie la Libye. Le 18 octobre 1912, une première guerre balkanique voit les Bulgares arriver aux portes d'Istamboul et débouche sur la reconnaissance d'une Albanie indépendante. L'année suivante, une seconde guerre balkanique permet aux Turcs de récupérer la ville d'Andrinople. Mais le gouvernement nationaliste des «Jeunes-Turcs» n'en est pas moins discrédité. Il est incapable d'empêcher la déliquescence de l'empire.

Montée des menaces

Jusqu'à la veille de la Grande Guerre, les peuples européens vivent dans une apparente harmonie et savourent la paix. C'est la «Belle époque»... Mais dans les élites et au niveau gouvernemental, chacun soupçonne son voisin de vouloir l'agresser ! Dès les années 1880, les grandes puissances européennes se tiennent les unes les autres en respect, comme des cow-boys prêts à dégainer. La guerre générale menace à plusieurs reprises, du «coup d'Agadir» (1er juillet 1911) à l'annexion unilatérale de la Bosnie-Herzégovine (5 octobre 1908).

En janvier 1913, le Reichstag allemand discute d'une loi qui préconise l'accroissement des effectifs militaires et l'amélioration du matériel. L'état-major français prend prétexte de cette menace nouvelle pour faire passer le service militaire obligatoire de deux à trois ans. La même année, la Belgique elle-même, quoique neutre, instaure le service militaire obligatoire. Il suffit bientôt d'une étincelle pour déclencher l'incendie.

Mise à jour : 2012-10-08 12:49:54