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1914

L'Europe à la veille de la Grande Guerre


Au terme d'un siècle de paix relative et de très grande expansion, l'Europe rayonne sur le monde entier comme aucun autre empire dans les temps passés. Avec environ 450 millions d'habitants, elle rassemble le quart de la population mondiale et constitue de très loin le continent le plus moderne et le plus riche.

Deux empires au centre du continent

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L'Europe à la veille de la Première Guerre mondiale - 1914 (cartographie AFDEC) Cette carte montre l'Europe en 1914. On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés : l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir.

Une guerre évitable ?

L'Europe centrale est dominée par trois États majeurs :
1) le royaume d'Italie, unifié depuis peu et qui continue de s'interroger sur lui-même,
2) l'empire austro-hongrois, prospère mais vermoulu, où un vieil empereur, François-Joseph 1er, tente de contenir les revendications nationalistes des populations slaves, roumaines et italiennes,
3) l' empire allemand, prospère et solidement organisé autour de la Prusse, avec un empereur, Guillaume II, qui rêve d'un destin mondial et dont le plus grand désir est de concurrencer les Britanniques sur les mers.

En 1914, ces trois États constituent la Triple-Alliance ouTriplice. Ils sont liés par une alliance défensive pour des raisons conjoncturelles et se promettent assistance en cas d'attaque de l'un ou de l'autre. L'empire turc est proche de la Triplice et les conseillers allemands exercent une très forte influence auprès du gouvernement.

La République française entretient des rapports tendus avec l'Allemagne depuis sa défaite de 1870-1871 et cultive envers l'Autriche une méfiance qui remonte... à la rivalité entre Charles Quint et François 1er. C'est pourquoi elle a constitué avec le Royaume-Uni et le tsar de Russie une autre alliance défensive : la Triple-Entente.

Tensions bellicistes

Les deux grands systèmes d'alliance européens, Triplice et Triple-Entente, recouvrent des intérêts contradictoires.

– La France :

La France revendique l'Alsace et le nord de la Lorraine, annexées par l'Allemagne en 1871. Au début du XXe siècle, ces revendications sur l'Alsace et le nord de la Lorraine passent au second plan mais elles sont supplantées par des rivalités coloniales. En 1905, puis en 1911, la France et l'Allemagne, qui reluquent l'une et l'autre le Maroc, sont au bord de la guerre. La France rivalise aussi en Afrique noire avec l'Angleterre, dont la sépare une animosité pluriséculaire.

Les républicains français sont par ailleurs quelque peu gênés par leur alliance avec l'autocratie russe, destinée à intimider l'Allemagne. Après l'alerte de 1911, les partisans de l'apaisement semblent l'emporter en dépit du président Raymond Poincaré et de son adversaire Georges Clemenceau qui plaident pour un allongement du service militaire et la préparation d'une possible guerre contre l'Allemagne...

– Le Royaume-Uni :

Le gouvernement britannique se donne un objectif pour maintenir sa suprématie sur les mers. Aussi longtemps qu'est maintenu cet objectif, il se désintéresse des affaires du Continent. En 1914, la grande affaire qui l'occupe est le Home Rule, autrement dit le projet d'autonomie de l'Irlande.

Virtuellement alliée de la France et de la Russie, l'Angleterre n'est pas prête pour autant à les suivre dans le premier conflit venu. Au demeurant, elle a beaucoup plus de motifs de tensions avec la Russie qu'avec l'Allemagne ou l'Autriche-Hongrie.

– La Russie :

La Russie, découragée dans ses tentatives d'expansion en Extrême-Orient par sa défaite face au Japon et minée par les mouvements révolutionnaires, cherche une revanche en Europe.

Le tsar Nicolas II rêve de refaire l'unité du pays autour du trône à la faveur d'une guerre de conquête dans les Balkans, au détriment de l'empire ottoman. Mais il est par ailleurs en bisbille dans les affaires d'Orient et d'Extrême-Orient avec le Royaume-Uni du roi George V (les deux cousins, petits-fils de la reine Victoria, se ressemblent comme deux gouttes d'eau).

En 1914, la Russie fait figure aux yeux de ses contemporains d'«État émergent» et de future superpuissance. Son expansion économique et militaire inquiète au plus haut point le chef de l'état-major allemand Ludwig von Moltke, qui craint de ne bientôt plus être en mesure de résister à une agression russe éventuellement assortie d'une attaque française. Il plaide pour une guerre préventive au plus tôt.

– L'Allemagne :

Devenue de loin la première puissance industrielle européenne, l'Allemagne cultive une solidarité pangermanique avec l'Autriche-Hongrie et, grâce à elle, se sent moins seule au coeur de l'Europe, entre deux pays a priori hostiles, la France et la Russie.

Petit-fils de la reine d'Angleterre Victoria comme Nicolas II et George V, l'empereur Guillaume II est impulsif et quelque peu déséquilibré, sujet à des phases d'excitation extrême qui troublent son entourage. Heureusement, son chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg tient fermement les rênes du gouvernement.

- L'Autriche-Hongrie :

L'Autriche-Hongrie est un empire fédéral et multiculturel prospère et riche d'une grande culture, mais elle craint que l'expansionnisme russe n'entraîne un soulèvement de ses minorités slaves, qui lui serait fatal. 

C'est en vérité une Double-Monarchie avec deux États très autonomes, l'empire autrichien et le royaume de Hongrie, qui ont l'un et l'autre le même souverain, François-Joseph 1er.

– L'Italie :

L'Italie cultive quelques revendications du côté de la France (Nice et la Savoie, la Tunisie...). Mais ses principales revendications concernent des provinces de l'Adriatique et des Alpes qui appartiennent à l'Autriche-Hongrie. Qui plus est, son engagement au sein de la Triplice est limité à l'éventualité d'une attaque par le camp adverse. Elle n'a guère de raisons de suivre l'Autriche-Hongrie dans son différend avec la Serbie. 

– L'empire ottoman :

Qualifié d'«homme malade de l'Europe», l'empire ottoman ne pèse pas lourd sur la scène européenne. Mais ses dernières possessions balkaniques font saliver les grandes puissances (l'Autriche-Hongrie et la Russie) ainsi que les jeunes États voisins (Serbie, Bulgarie, Grèce...).

Très liée à la Grande-Bretagne et désireuse de s'en émanciper, la Turquie développe des liens économiques mais aussi militaires avec l'Allemagne. Ils seront lourds de conséquences en 1914.

Publié ou mis à jour le : 2014-07-02 11:06:47

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