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Gloires tardives

Ne maudissons pas le sablier qui égrène les jours et les années. La maturité et les cheveux blancs ne sont pas synonymes de mort civile. Et pour vous en apporter la preuve, nous avons collecté au fil de l'Histoire quelques exemples de gloires tardives.

Aventures, arts et lettres

Voici pour commencer, proche de nous, Madeleine Cinquin (1908-2008). Sans doute la connaissez-vous mieux sous son nom de religieuse : Soeur Emmanuelle.

Née à Bruxelles, entrée dans les ordres à 24 ans, elle enseigne à Istanbul, Tunis et Alexandrie, essentiellement dans des établissements huppés pour jeunes filles de bonne famille. Rien de très excitant. En 1971, elle prend sa retraite et décide alors de s'occuper des pauvres parmi les pauvres, à savoir les familles coptes qui vivent sur les décharges d'ordures de la banlieue du Caire. La suite est connue de tous. Rayonnante, elle va juqu'à son dernier souffle plaider la cause de ses protégés et s'attirer une notoriété mondiale.

Comme la précédente, Alexandra David-Néel (1869-1969) a atteint sa centième année. Fugueuse dans l'âme, elle part à 43 ans pour un énième voyage en Asie.

Grande figure de la littérature contemporaine, Albert Cohen (1895-1981), originaire de la communauté juive de Grèce, accède à la notoriété à 73 ans avec son chef d'oeuvre, Belle du Seigneur (1968, Grand Prix du roman de l'Académie française).

Le sculpteur bourguignon François Pompon (1855-1933) affine son style, avec des formes simplifiées à l'extrême et des surfaces polies. Cela lui vaut la célébrité à 67 ans, en 1922, au Salon d'automne, à Paris, où il présente son oeuvre la plus accomplie : L'ours blanc (aujourd'hui au musée d'Orsay).

Peintre officiel de la cour d'Espagne, Francisco de Goya (1746-1828) a connu très tôt une gloire facile.

Mais, comme Pompon, il atteint le sommet de son art à 68 ans, lorsqu'il peint le soulèvement populaire de Madrid du 2 mai 1808 (« Dos de Mayo ») et la répression du lendemain (« Tres de Mayo ») dans des tableaux d'un stupéfiant réalisme qui préfigurent déjà les horreurs du XXe siècle.

Action politique

Faut-il s'en étonner ? L'action politique réserve bien des surprises et tel que l'on croit « fini » peut rebondir quand on ne l'attend plus. François Mitterrand (1916-1996) accomplit un parcours honorable sous la IVe République mais son élan est brisé par l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, ce qui lui vaut une longue, très longue traversée du désert avant de devenir président de la République à 65 ans et se maintenir au pouvoir pendant 14 ans, et ce en dépit d'un cancer.

Un autre exemple de rebond, encore très proche de nous, nous vient de Chine. Deng Xiaoping (1904 - 1997), leader communiste prometteur, est évincé par Mao Zedong pendant la Révolution culturelle, en 1966. Après la mort de Mao et en dépit de multiples avanies, il revient sur le devant de la scène. À plus de 75 ans, il prend en main la direction du Parti et du gouvernement et remet l'immense Chine sur pied, en agissant le plus souvent dans l'ombre. Le pays doit son actuelle prospérité à cet homme discret, surnommé « le petit timonier » en raison de sa taille et en référence à son ancien rival.

Plus brève mais d'une importance sans égale est l'action de Winston Churchill (1874-1965).

Homme politique anglais incontestablement brillant et surdoué, Churchill est promis aux plus hautes destinées. Pourtant, son alternance de succès et de bourdes lui vaut d'être écarté du pouvoir dans les années 1920.

Le 10 mai 1940, au soir, après que la Wehrmacht eut enfoncé le front occidental, le Premier ministre Neville Chamberlain prend conscience qu'il n'est pas homme à mener la guerre et remet sa démission au roi en invitant celui-ci à le remplacer par Churchill (65 ans).

La suite est connue de tous. Cet homme politique qui, s'il avait disparu avant le 10 mai 1940, aurait obtenu dans les livres d'Histoire une ligne tout au plus, va désormais se présenter comme le « tombeur » de Hitler. Avec une énergie farouche, il va mobiliser les Britanniques, lesquels seront seuls, pendant un an, du 22 juin 1940 au 22 juin 1941, à lutter contre la bête immonde.

Même parcours avec le Français Georges Clemenceau (1841-1929), à une guerre d'écart. Redoutable orateur, surnommé « le tombeurs de ministères », le chef du parti radical devient pour la première fois ministre en 1906, à 65 ans. Et il attendra encore quelques mois pour prendre la tête du gouvernement.

La guerre reprend dans les conditions que l'on sait en 1914. En septembre 1917, alors que les énergies fléchissent et que le front est au bord de l'effondrement, le président de la République Raymond Poincaré appelle son rival à la direction du gouvernement. Par quelques formules cinglantes et des déplacements sur le front, le vieil homme galvanise les énergies et mène le pays à la victoire.

La politique compte aussi des hommes de paix. Parmi eux, William Gladstone (1809-1898) un Écossais protestant austère. Chef du parti libéral (whig), il devient à 59 ans Premier ministre du Royaume-Uni et va considérablement moderniser la démocratie et la vie sociale...

Le cardinal de Fleury (1653-1743) mérite un petit détour. Précepteur du jeune roi Louis XV, il est nommé Premier ministre par celui-ci le 11 juin 1726 et va gouverner le pays avec sagesse jusqu'à sa mort, le 29 janvier 1743, à l'âge de 90 ans (cela fait de lui le plus vieux Premier ministre qu'ait eu la France)...


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Le mandat de trop
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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