L'amiral François Darlan est né le 7 août 1881 dans une famille laïque et républicaine de Nérac (Lot-et-Garonne). Sorti de l’École navale en 1901, il connaît une brillante carrière qui lui vaut de devenir amiral en 1937 et commandant en chef de la Marine nationale.
Sous le Front Populaire, ses affinités avec la gauche lui valent d’accéder au grade de chef d’État-major de la marine puis au titre d’Amiral de la Flotte.
Quand la Wehrmacht envahit la France, il soutient le maréchal Pétain dans sa demande d’armistice puis se voit confier le Secrétariat d’État à la Marine dans le premier cabinet du Maréchal, le 12 juillet 1940.
Maître d’œuvre de la Collaboration d’État
Partisan de la Collaboration d’État, hostile autant aux Anglais qu’aux Russes, il organise la rencontre de Pétain avec le Führer à Montoire le 30 octobre 1940.
Le 13 décembre 1940, Pétain congédie sèchement le vice-président du Conseil Pierre Laval, dont il craint qu’il ne le renverse. Après un bref intermède sous la direction de Pierre-Étienne Flandin, Pétain choisit de s'appuyer sur Darlan lui-même, jugé plus accommodant.
Le 9 février 1941, celui-ci ajoute au ministère de la Marine celui des Affaires étrangères et la vice-présidence du Conseil. Il est aussi désigné comme « Dauphin » et remplaçant éventuel du Maréchal !
Darlan présente au chef de l'État un gouvernement essentiellement composé de techniciens apolitiques recrutés dans les milieux bancaires.
Il crée le 29 mars 1941 un Commissariat général aux questions juives (CGQJ). Il est d’abord confié à Xavier Vallat, ancien député de la Fédération républicaine (droite), puis à Louis Darquier de Pellepoix (mai 1942-février 1944), enfin Charles Mercier du Paty de Clam (février-mai 1944).
Le 28 mai 1942, par les protocoles de Paris, il obtient de l’occupant allemand la libération d’officiers français. En échange, il se montre disposé à autoriser les Allemands à utiliser les aéroports syriens, le port de Bizerte et une base sous-marine Dakar.
Cela reviendrait pour la France à entrer en cobelligérance aux côtés du IIIe Reich. En définitive, devant l’opposition du général Weygand, qui commande l’armée de terre, et du maréchal Pétain lui-même, le gouvernement renoncera à ratifier les protocoles. Les Allemands obtiendront seulement des facilités aériennes en Syrie pour combattre les Britanniques établis en Irak.
Darlan ne renonce pas pour autant à étendre la Collaboration d’État avec le IIIe Reich, y compris dans le domaine militaire.
Il organise le 1er décembre 1941 une rencontre entre Pétain et le Reichsmarschall Hermann Göring. La rencontre n’aboutit à rien… et donne aux Allemands le sentiment que Darlan est plus encombrant qu’autre chose.
Otto Abetz, ambassadeur du IIIe Reich en France, exige en définitive le retour de Pierre Laval aux commandes du gouvernement. C’est chose faite le 18 avril 1942.
François Darlan se console en conservant le commandement en chef des forces militaires.
Un assassinat bienvenu… et mal récompensé
Au moment du débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, Darlan se trouve à Alger, au chevet de son fils malade.
Il devient alors presque malgré lui l'interlocuteur des Américains. Ces derniers ne prennent pas au sérieux la France Libre du général de Gaulle, malgré l’exploit de Bir Hakeim. Ils souhaitent négocier avec Darlan le ralliement des colonies françaises à la guerre contre Hitler… ainsi que le ralliement de la flotte française de Toulon.
Nonobstant ses graves compromissions avec les Allemands, l'amiral reçoit le titre de « haut-commissaire pour l'Afrique du Nord » à l'initiative du président américain Franklin Roosevelt. Il est vrai que ce dernier s'est laissé convaincre que le régime de Vichy était prêt à basculer du côté allié par l'ambassadeur de Vichy à Washington, Alexis Léger (celui-ci est connu en littérature sous le nom de Saint John Perse).
Cette décision suscite beaucoup de remous dans les cercles gaullistes, en Angleterre, ainsi que dans les maquis de France.
Mais là-dessus, Darlan est assassiné à Alger le 24 décembre 1942 par un jeune activiste, Fernand Bonnier de la Chapelle (20 ans).
Le général Henri Giraud, arrivé à Alger après une évasion rocambolesque, ordonne aussitôt un procès expéditif du tueur sans pouvoir obtenir d’aveu de sa part sur un éventuel commanditaire. Pourquoi pas Henri d’Astier de la Vigerie, un résistant royaliste de l’Action française ? On n’en saura jamais rien. Tout indique au contraire que le jeune tueur est un fervent auditeur de Radio Londres et qu’il a agi seul. Il est très vite passé par les armes...
La fonction de haut-commissaire est reprise par l'intègre et naïf Giraud, rival du général de Gaulle, en lequel le président américain persiste à ne voir qu'un intrigant.




François Darlan










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