Le 3 avril 1644, le dernier empereur de la dynastie Ming, Tchouang-lie-ti (ou Chongzhen), se pend dans la Cité interdite de Pékin tandis qu'un chef de brigands entre dans la capitale chinoise.
Du nord arrivent alors de farouches barbares appelés Jürchen ou Mandchous. Sous le prétexte de secourir les armées impériales, ils en profitent pour éliminer les Ming et réunifier l'Empire du Milieu sous leur autorité.
L'héritier du dernier khan mandchou devient alors le nouveau « Fils du Ciel » (empereur) sous le nom de Shunzhi. Il fonde une nouvelle dynastie sous le nom de Qing.
Les Qing se maintiendront jusqu'à la fondation de la République chinoise en 1911. Après avoir porté la Chine à sa plus grande extension sous le règne de Kangxi, contemporain de Louis XIV, ils hisseront la société chinoise à son apogée sous celui de Qianlong, au XVIIIe siècle.
Les Mandchous devront ensuite se confronter à de nouveaux « barbares » venus de l'Ouest par la mer : les Anglais puis les Français. Dans le même temps, l'empire à bout de souffle endurera des rébellions d'une extrême violence...
Et les Mandchous s'emparèrent de la Chine
Au début du XVIIe siècle, la dynastie Ming règne sur la Chine mais elle doit résoudre des difficultés croissantes : tandis que les attaques des Mongols nécessitent l’entretien d’une armée nombreuse, la concurrence des Européens remet en cause les circuits commerciaux traditionnels. La nécessité d’augmenter les impôts provoque des jacqueries et, comble de malchance, le pays connaît un « petit âge glaciaire » à l'origine de famines.
Les Mandchous, qui nomadisent au nord de l'empire, profitent de la situation. Dès 1618, leur chef Nurhachi s’empare du Liaodong et fonde la dynastie des Jin Postérieurs. Son successeur Huang Taiji assoit ce premier succès en remportant une éclatante victoire sur les Mongols… qu’il intègre dans son armée.
En 1636, il abandonne le titre de khan et se proclame empereur, fondant ipso facto la dynastie Qing. En 1640, il engage la guerre contre la Chine affaiblie et s’empare de Pékin quatre ans plus tard, entraînant pour de bon la fin des Ming.
Les Mandchous, des barbares de bon aloi
Très vite, la dynastie Qing consolide son assise. L'empereur Kangxi, son plus illustre représentant, va porter la Chine à sa plus grande extension. Contemporain de notre Roi-Soleil, il règne en personne de 1667 à 1722.
Par ses campagnes militaires, il soumet le Tibet et la Mongolie intérieure ; il enlève l'île de Formose (Taiwan) au pirate Koxinga ; il impose à la Mongolie extérieure un serment de fidélité, à défaut d'une complète soumission (c'est pourquoi cette région constitue encore aujourd'hui un État indépendant, sous le nom de Mongolie). Il repousse aussi les cosaques russes au-delà du fleuve Amour.
Après le règne falot de son fils Yongzhen, le trône mandchou est relevé par son petit-fils Qianlong (1735-1796). L'empereur assure la sécurité de la Chine en vassalisant tous les pays voisins, y compris la Birmanie. Il met fin à l'intérieur à l'accaparement des terres par les princes, les courtisans et les fonctionnaires et opère une vaste redistribution de ces terres ainsi que des propriétés impériales aux fermiers qui les exploitent.
Ces mesures, conjuguées à un léger réchauffement climatique et de meilleures récoltes, entraînent une hausse rapide de la population, signe évident de prospérité : d'après les recensements officiels, la population chinoise passe de 60 millions en 1578 à 105 millions en 1661, 182 millions en 1766 et 330 millions en 1872.
Cette croissance démographique est plus forte encore que celle de l'Europe à la même époque. Elle conduit des paysans Han à migrer vers la Mandchourie, où le climat se réchauffe et devient plus propice à l'agriculture. Ils vont siniser peu à peu cette province périphérique au grand dam de la dynastie mandchoue.
L'empereur Qianlong apprécie comme son grand-père la compagnie des jésuites mais, irrité par l'attitude du Saint-Siège relativement à la « Querelle des rites », il n'en interdit pas moins le christianisme par l'édit du 24 avril 1736.
À l'autre extrémité du monde, les Européens des Lumières ne s'y trompent pas. Ils se prennent de passion pour cet empire policé, riche et puissant, qui ne doit rien au christianisme et semble fondé sur la raison et le droit naturel (Jacques Gernet). Ils raffolent aussi des « chinoiseries » : soieries, porcelaines, laques, etc. Les Anglais, quant à eux, découvrent le thé et en deviennent de fervents consommateurs...
Las, le thé est acheté en Chine à prix d'argent sans que les Anglais puissent offrir aux Chinois une contrepartie commerciale attractive ! Jusqu'au jour où certains commerçants peu scrupuleux de la Compagnie des Indes occidentales ont l'idée d'expédier en Chine l'opium cultivé en Inde. C'est un succès. Voilà qui pourrait compenser les achats de thé. Reste à convaincre la Chine d'ouvrir ses ports aux navires anglais. Ce sera l'objet de l'ambassade Macartney en 1793. Du fait de l'arrogance anglaise, elle se soldera sur un énorme malentendu et c'en sera fini de la « sinomania » européenne.
Au siècle suivant, le XIXe, la Chine apparaît comme un État rétrograde et arriéré qu'il importe de « civiliser » et convertir aux vertus du libre-échange. Les successeurs de Qianlong, faute d'armements et d'industries, se montrent incapables de relever l'affront. Il faudra attendre la toute fin du XXe siècle pour que change le regard des Occidentaux et des Chinois eux-mêmes sur le « pays du Milieu ».
Obliger les Chinois à consommer de l’opium !
Les négociants britanniques, s'improvisant dealers, ont converti les Chinois à la drogue en vue de pouvoir écouler l'opium cultivé aux Indes. La consommation d’opium augmente rapidement parmi la population chinoise mais les autorités de Canton s'en inquiètent et tentent d'en empêcher l'importation. Contrariés, les importateurs convainquent le gouvernement de Westminster d'engager une guerre contre l'empire Qing à seule fin d'obtenir le droit d'écouler l'opium !
L’usage de la force révèle la grande faiblesse de la flotte et de l’armée chinoise : en 1842, le traité de Nankin met fin à cette guerre de l'opium et les Britanniques obtiennent la cession de Hong Kong avec la création de 5 nouveaux ports chinois ouverts au commerce international.
Au nord, la fin de la conquête de nouvelles terres agricoles en Mandchourie provoque plusieurs famines et, en 1851, survient une révolte majeure, celle des Taiping, qui tentent d’établir un royaume dissident dans le sud. Les Occidentaux en profitent pour imposer à l’Empire chinois de nouveaux traités commerciaux, ce qui occasionne encore une deuxième guerre de l'opium en 1856. Sans surprise, elle va tourner une fois de plus à l’avantage des Français et des Britanniques.
Quatre ans plus tard, en 1860, ce sont les Russes qui profitent de la faiblesse chinoise en annexant toute la Mandchourie Extérieure, portant le territoire de leur empire jusqu’à la frontière qui sépare actuellement les deux pays.
À contre-cœur, les Qing se voient contraints d’accepter l’aide des Britanniques et des Français pour mater la révolte des Taiping. Ce conflit aura duré 13 ans et sera l’un des plus meurtriers de l’Histoire avec 20 à 30 millions de morts.
La révolte des Boxers, ultime action impériale...
En 1861, la mort de l’empereur Xianfeng entraîne l’avènement d’un conseil de régence, qui tente de rattraper le retard technologique en s’ouvrant aux savoirs occidentaux mais les progrès attendus se font attendre car les entreprises chinoises sont concurrencées par les entreprises européennes qui imposent leurs produits.
Au même moment, le Japon de l’ère Meiji entreprend un rattrapage technologique beaucoup plus efficace puisqu’il échappe à l’interventionnisme européen. Dès 1879, le Japon peut ainsi annexer les îles Ryukyu aux dépens de la Chine, puis Taïwan et Port-Arthur en 1895.
L’empereur Guangxu tente alors de proposer des réformes majeures pour accélérer la modernisation du pays mais il doit faire face à un véritable coup d’état de sa tante l’impératrice Cixi qui prend le contrôle du pouvoir en 1898 et impose un retour au conservatisme.
En choisissant de laisser éclater la révolte des Boxers contre l’influence étrangère, elle provoque l’intervention immédiate de huit pays coalisés. Funeste décision puisque la Chine se trouve alors contrainte de payer un lourd tribut qui ne fait qu’accélérer son affaiblissement.
L’effondrement des Qing apparaît dès lors comme inévitable. Il sera l’événement déclencheur de l'insurrection de 1911 qui va mettre un terme à l’empire avec la proclamation de la République.




• La dynastie Qing (1644-1911)









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Gérard CHANEL (22-04-2025 09:19:22)
Bravo pour ce résumé. On comprend mieux la revanche actuelle de la Chine contre les pays Occidentaux !!
Armand CHANEL (20-04-2025 22:57:04)
Bravo pour un résumé très clair et concis de ces 3 siècles de la dynastie Qing ! ????