La Suède - De l’ère des libertés à Bernadotte III (1720-1844) - Herodote.net

La Suède

De l’ère des libertés à Bernadotte III (1720-1844)

Entre 1720 et 1844, la Suède a connu une série de bouleversements politiques comme jamais au cours de son Histoire, passant sans transition du parlementarisme à l’absolutisme. Durant cette période, le royaume va traverser une série de soubresauts tels que des coups d’État et même un régicide.

Ironie du sort, c’est l’arrivée sur le trône d’un maréchal étranger qui assurera la mise en place d’un régime équilibré, à l’origine de la démocratie suédoise.

Enfin, la configuration géographique du pays sera elle-même profondément bouleversée par les guerres napoléoniennes, puisqu’après avoir colonisé durant des siècles la Finlande, la Suède sera unie à la Norvège, changeant complètement le centre de gravité du pays.

Julien colliat

Couronnement de Bernadotte qui devient roi de Suède et de Norvège le 7 septembre 1818, Jacob Edward Munch, 1822,, Collection royale d'Oslo, Norvège.

« Chapeaux » contre « Bonnets »

Après la mort de Charles XII, le régime parlementaire mis en place est rapidement dominé par Arvid Horn, un ancien général finlandais. Occupant le poste de chancelier de 1720 à 1738, il réorganise l’administration et reconstruit le pays, ruiné par un siècle de guerres.

Arvid Horn, par Georg Engelhard Schröder et Lorens Pasch the Elder, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.Très prudent, Horn s’évertue à tenir la Suède à l'écart des conflits européens. Il freine ainsi les partisans de Charles-Frédéric de Holstein-Gottorp, neveu de Charles XII et gendre de Pierre le Grand, qui veulent placer le prince sur le trône de Suède et souhaitent entraîner le pays dans les querelles de la cour de Russie.

De la même manière, il n'intervient pas dans la guerre de succession de Pologne, où Stanislas Leszczynski, beau-père de Louis XV et ancien allié des Suédois, tente de reprendre son trône. La politique étrangère timorée de Horn ne tarde pas à se heurter à l’opposition d’un parti « patriote » qui veut à tout prix prendre sa revanche sur la Russie.

Composé de jeunes officiers nostalgiques de Charles XII, ce nouveau parti se fait appeler les « Chapeaux » par opposition à leurs adversaires qu'ils surnomment les « Bonnets », en référence aux bonnets de nuit ! Soutenus par la France, les « Chapeaux » prennent le contrôle du Parlement en 1738 et obtiennent la démission de Horn.

Adolphe-Frédéric de Suède, Gustaf Lundberg, XVIIIe siècle, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg Russie.En 1741, appelée en renfort par Élisabeth Ière dans un conflit de succession, la Suède déclare la guerre à la Russie. Mal préparée, l’armée suédoise est vaincue et doit évacuer la Finlande. Deux ans plus tard, 12 000 soldats russes débarquent près de Stockholm et défilent dans les rues de la capitale. Le royaume est contraint à de très lourdes concessions pour récupérer une partie de la Finlande.

Peu intéressé par les affaires publiques, le roi Frédéric Ier n’a pas d’enfant et la question de sa succession ne tarde pas à se poser. Sous la pression de la Russie, le Parlement choisit comme prince-héritier Adolphe-Frédéric de Holstein-Gottorp, prince-évêque de Lübeck et époux de la sœur de Frédéric II de Prusse.

Devenu roi en 1751, celui-ci essaie de reprendre en main le gouvernement et tente même un coup d’État en 1756. À la suite de cet échec, il ne reviendra jamais sur le devant de la scène et laisse les clés du royaume aux parlementaires.

Ses finances publiques étant régulièrement renflouées par la France, la Suède participe à ses côtés à la guerre de Sept Ans. La campagne de Poméranie s’avère être un fiasco pour les Scandinaves. Heureusement, l’habile Frédéric Axel de Fersen, leader des « Chapeaux », parvient à obtenir du roi de Prusse la préservation de l’intégralité de la Poméranie suédoise lors du traité de Hambourg en mai 1762.

Académie royale des sciences de Stockholm.

L’essor intellectuel et scientifique

Si le XVIIIe siècle marque le déclin politique et militaire de la Suède, le royaume connaît en revanche une véritable effervescence intellectuelle. En 1739 est fondée par exemple l'Académie royale des sciences de Suède, qui joue aujourd’hui le rôle de comité de sélection pour les prix Nobel de physique et de chimie.

C’est dans le domaine des sciences de la nature et des sciences exactes que les Suédois s’illustrent particulièrement, tels le botaniste Carl von Linné qui établit une classification systématique de l’ensemble des espèces vivantes, le physicien Anders Celsius, inventeur du thermomètre centigrade, ou encore Carl Wilhelm Scheele, créateur de la chimie organique et découvreur de l’oxygène et du chlore.

En 1764, les « Chapeaux » sont évincés du gouvernement par les « Bonnets ». L’alliance avec la France est rompue au profit de l’Angleterre. Les « Bonnets » mettent en œuvre une politique favorable aux libertés publiques et aux échanges et font de la liberté de la presse une loi fondamentale du royaume. Mais les sempiternels et insolubles conflits opposant « Chapeaux » et « Bonnets », paralysent l’action du gouvernement, d’autant plus que chacun des partis est financé par des puissances étrangères antagonistes.

Le 12 février 1771, le roi Adolphe-Frédéric meurt. Son fils, Gustave III, est un homme intelligent, cultivé et passionné par les affaires publiques. Appuyé par la France, le nouveau souverain souhaite remodeler la Constitution dans un esprit plus monarchique, afin de pouvoir réformer efficacement l’État selon les principes du despotisme éclairé dont il se revendique.

Gustave III (à droite) prépare la révolution de 1772, Pehr Hilleström, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

Le coup d’État de Gustave III

Soutenu par une partie de la noblesse qui préfère l’absolutisme à la dictature du Parlement, le jeune souverain se heurte aussitôt à l'opposition des « Bonnets », très présents dans la bourgeoisie, ainsi que du parti pro-russe.

Gustave III de Suède, Lorenz Pasch le Jeune, 1777, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.Avec l’aval de la France, Gustave III procède en août 1772 à un véritable coup d’État. Tandis que des garnisons se soulèvent en Finlande et en Scanie contre le parlementarisme, le roi harangue les troupes de la capitale et les entraîne avec lui. Les membres du gouvernement et les parlementaires les plus influents sont arrêtés.

Le 21 août 1772, le Parlement adopte sans débat la nouvelle Constitution qui réaffirme le rôle central du roi et réduit considérablement le pouvoir du Parlement, lequel perd toute capacité de contrôle sur le gouvernement et ne sera réuni que sur convocation du souverain. Les « Bonnets » et « Chapeaux » sont dissous. C’est la fin de ce que l’on a surnommé « l’ère de la Liberté ».

Gustave III met en place une série de réformes inspirées des Lumières. Il étend la liberté religieuse aux catholiques et aux juifs, interdit la torture et ne réserve plus la peine de mort qu’à certains crimes. Mettant en pratique les théories des physiocrates, il dérégule le commerce des grains et poursuit le remembrement rural.

Gustave III (uniforme rouge) visite l'Académie des Arts, Elias Martin, 1782,  Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

À l’instar de son oncle Frédéric II, le roi de Suède est également un artiste dans l’âme et co-écrit un opéra consacré à Gustave Vasa, mis en musique par Johann Gottlieb Naumann. À partir de 1780, lassé des réformes intérieures, Gustave III va se focaliser sur les affaires extérieures en s’immisçant dans la guerre d'indépendance américaine.

Souffrant de l'embargo imposé par l’Angleterre à sa colonie insurgée, la Suède rejoint la Russie et le Danemark au sein de la « Ligue de neutralité armée », ayant pour mission de faire respecter la liberté de circulation de leurs navires marchands, quitte à utiliser la force.

Le jeu, Pehr Hilleström, 1779, Nationalmuseum, Stockholm, Suède. Scène de la cour de Gustave III en costume national suédois.De nombreux officiers suédois combattent aux côtés des indépendantistes américains et en 1783 la Suède est le premier État neutre à reconnaître les États-Unis avec lesquels elle conclut sans tarder un traité d'amitié et de commerce.

L’année suivante, la Suède signe un traité d’alliance avec la France et se voit céder l’île antillaise de Saint-Barthélemy en échange d’avantages économiques dans le port de Göteborg. L’île restera suédoise jusqu’en 1878.

En Suède, le pouvoir de plus en plus personnel de Gustave III et le luxe tapageur de sa cour révulsent une partie de ses sujets.

Ce fort mécontentement apparaît au grand jour lors des états généraux de 1786 où la noblesse, qu’il avait jusque là favorisée, prend la tête de l’opposition et refuse de voter sa réforme militaire. Dorénavant, le souverain choisira de s’appuyer sur les ordres roturiers.

Victoire navale de Gustave III à Hogland (Finlande) en 1788, Louis Jean Desprez, 1794, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

La conjuration d’Anjala

Le grand objectif de Gustave III est de reconquérir les territoires finlandais perdus en 1743, d’autant que la Russie intervient dans les affaires suédoises en soutenant l'opposition aristocratique.

Profitant que Catherine II soit enlisée en Crimée contre la Turquie, le roi constitue une force armée et fabrique de toute pièce un incident frontalier (des soldats suédois déguisés en Cosaques attaquent un poste de frontière en Finlande !) pour déclarer la guerre à la Russie, en juin 1788 (Hitler emploiera le même stratagème pour attaquer la Pologne le Ier septembre 1939).

La flotte suédoise éprouve sérieusement son homologue russe dans le golfe de Finlande, mais les forces tsaristes parviennent à se replier à Kronstadt. L’offensive terrestre lancée en direction de Fredrikshamn n'a guère plus de succès. Cet échec provoque des remous au sein même de l’armée.

Le 8 août 1788, un groupe d’officiers rassemblés à Anjala transmet à Catherine II une proposition de paix et publie un communiqué qui dénonce le caractère inconstitutionnel de la guerre et réclame la restauration des libertés. Les mutins seront arrêtés et emprisonnés mais un seul sera condamné à mort.

Gustave III de Suède lors de la bataille d'Uttismlam (Russie) le 28 juin 1789, Pehr Hilleström, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

De son côté, le Danemark, lié par un traité d’alliance avec la Russie, attaque la Scanie et menace Göteborg. L'invasion danoise offre l’occasion à Gustave III de susciter un sursaut patriotique. Tel Gustave Vasa, il se rend en Dalécarlie pour haranguer les foules et y rassembler une armée de volontaires afin de secourir Göteborg. Sous la pression de l’Angleterre et de la Prusse, le Danemark est finalement contraint d’évacuer la Suède, au grand dam de la Russie.

Acclamé comme le sauveur de la nation, Gustave III voit son prestige renforcé et s’empresse de convoquer les états généraux. Après avoir fait arrêter les leaders de l’opposition aristocratique, il promulgue, le 21 février 1789, un « Acte d'union et de sécurité » qui lui donne les pleins pouvoirs.

Le gouvernement est dissous et les privilèges de la noblesse abolis au profit de la bourgeoisie et de la paysannerie. La Suède fait sa révolution mais, contrairement à la France, au profit d'un souverain absolutiste !

La bataille de Svensksund, Johan Tietrich Schoultz, 1792, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

Le régicide

Débarrassé de ses opposants, Gustave III reprend les opérations militaires contre la Russie. Le 10 juillet 1790, les Suédois remportent une importante victoire navale à Svensksund, dans le golfe de Finlande où la flotte du tsar perd plus de 50 bateaux. Ce succès permet au royaume d’obtenir un mois plus tard une paix de compromis à Varela. Les coûts de cette guerre laissent cependant le pays dans une situation économique catastrophique.

Hanté par la propagation des idées de la Révolution française, le roi se rend à Aix-la-Chapelle en 1791 d'où il s’efforce d'inspirer une croisade antirévolutionnaire. Il ignore que ce sont les nobles humiliés qui vont provoquer sa chute.

Assassinat de Gustave III, British Museum, Londres. L'agrandissement présente le masque et la tenue de Gustav III lors du bal masqué de 1792 conservés au musée de l'armurerie royale, palais royal de Stockholm.En effet, à Stockholm, conseillers déchus et officiers limogés se coalisent dans l’ombre pour mettre un terme à la tyrannie du souverain et les plus radicaux sont même prêts à utiliser la manière forte pour se débarrasser de lui.

Le roi a vent des menaces qui pèsent sur lui mais ne juge pas opportun de renforcer sa protection. Bien mal lui en prendra.

Le 16 mars 1792, alors qu’il assiste à un bal masqué à l'Opéra de Stockholm, il est abattu par le capitaine Anckarström, un jeune officier appartenant à la petite noblesse et proche des conjurés d'Anjala.

Grièvement blessé, Gustave III mourra treize jours plus tard. Bien qu’une centaine d’aristocrates et d’officiers aient pris part à la conspiration, seul Anckarström est condamné à mort.

L'assassinat de Gustave III, gravure d'Abraham Küffner, Gallica, BnF, Paris.

Gustave IV et la perte de la Finlande

Le fils du défunt roi, Gustave IV, étant mineur, c’est son oncle, le duc Charles, qui préside le conseil de régence. Celui-ci est dirigé de facto par Gustave-Adolphe Reuterholm, un homme acquis aux idées des Lumières mais qui, effrayé par la Terreur sévissant en France, va freiner la libéralisation du régime, au point de se révéler aussi autoritaire que Gustave III !

Gustave-Adolphe Reuterholm ouvre des lettres au château de Stockholm en 1794, Pehr Hörberg Nationalmuseum, Stockholm, Suède.Tous les proches du monarque assassiné sont écartés du pouvoir sans ménagement, certains même contraints à l’exil. La presse est censurée. Même la consommation de café est rigoureusement interdite !

Reuterholm parvient toutefois à maintenir la Suède à l’écart des guerres révolutionnaires qui ravagent l’Europe et une nouvelle Ligue des neutres est mise en place avec le Danemark pour protéger l’économie scandinave du conflit opposant la France à l'Angleterre.

Gustave IV reprend les choses en main en 1796. Son règne sera malheureusement désastreux. Profondément réactionnaire, le jeune souverain voue une haine viscérale à Napoléon, qu'il compare à l'Antéchrist, et l’assassinat du duc d'Enghien provoque la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Gustave IV Adolphe, jeune homme, Johann Baptist von Lampi, Nationalmuseum, Stockholm, Suède. L'agrandissemnt est un portrait de Gustave IV Adolphe, âgé de 30 ans, réalisé en 1809 par Per Krafft le Jeune, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.En octobre 1805, pressé par la Russie, l’Angleterre et l’Autriche, Gustave IV abandonne sa neutralité et rejoint la coalition contre la France. Durant les campagnes de Prusse et de Pologne, les Français font quelques opérations en Poméranie suédoise, assiégeant par exemple la ville de Stralsund.

L’alliance franco-russe conclue à Tilsit en juillet 1807 prend la Suède au dépourvu et place le royaume dans une situation extrêmement vulnérable, forçant l’armée suédoise à évacuer la Poméranie. Contraint par Napoléon de fermer ses ports aux navires britanniques, Gustave IV refuse le blocus continental et se lie de manière précipitée avec l’Angleterre par une convention qui lui promet des subsides et un appui militaire.

La Russie en profite alors pour envahir la Finlande en février 1808, tandis que le Danemark, allié aux Français, déclare la guerre à la Suède. Mais Gustave IV a surestimé l'aide militaire promise par les Anglais et les Suédois se voient rapidement chassés de Finlande.

Fin de l’autocratie

Gustave IV, décidé à reprendre l’offensive coûte que coûte, ordonne de lever, contre l’avis de ses conseillers, une contribution de guerre particulièrement impopulaire et pour obtenir un appui plus important des Britanniques, il va jusqu’à les menacer de leur fermer ses ports.

De plus en plus despotique, le roi entretient un véritable climat de suspicion au sein de son entourage. Excédés par son autoritarisme et son incompétence alors que courent les bruits d’un futur partage du pays entre Russes et Danois, un petit groupe d'officiers conduit par le général Carl Johan Adlercreutz fomente un coup d'État.

Le 13 mars 1809, Gustave IV est arrêté dans la cour du château royal et transféré à Drottningholm. Il est contraint à l’abdication et s'exile en Allemagne. Ses descendants sont déchus de la couronne.

Le roi Charles XIII, Per Krafft le jeune, 1813, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

Charles XIII à la recherche d’un héritier

Tandis que le duc Charles est proclamé roi sous le nom de Charles XIII, une nouvelle Constitution est adoptée par les états généraux le 6 juin 1809 qui met un terme à l’autocratie des deux précédents souverains. Basée sur la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu, elle restera en vigueur, avec quelques retouches jusqu’en 1975.

Pour le nouveau gouvernement, la priorité est de mettre un terme à la guerre avec la Russie et le 17 septembre 1809, une paix est signée à Fredrikshamn. C’est un véritable désastre pour la Suède qui doit céder la Finlande, avec laquelle elle était unie depuis des siècles, ainsi que l'archipel d'Åland, qui verrouille l'accès du royaume à la Baltique.

Le royaume est amputé d’un tiers de son territoire et de près d’un million d’habitants. Cette perte constituera longtemps un traumatisme pour le peuple suédois, comparable à celui de l’Alsace-Lorraine pour les Français. Durant l’hiver, la paix est signée avec le Danemark et la France. La Suède se voit restituer la Poméranie et entre dans le blocus continental.

Charles-Auguste de Suède, Per Krafft le Jeune, 1809, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.Comme Charles XIII a près de soixante ans et n'a pas de descendance, la question de sa succession doit être rapidement réglée et le pays se met en quête d’un prince-héritier. Pour compenser la perte de la Finlande, le royaume aimerait faire main basse sur la Norvège dont l’union avec le Danemark est jugée obsolète.

En conséquence, les états généraux élisent comme prince-héritier le Danois Christian-Auguste d'Augustenborg, parent du roi du Danemark, et gouverneur général de Norvège.

Celui-ci arrive à Stockholm en janvier 1810 et est adopté par Charles XIII. Mais à peine cinq mois plus tard, le prince-héritier meurt accidentellement d’une chute de cheval.

Cette disparition aussi tragique qu’inopportune met le feu aux poudres à Stockholm où les anciens proches du roi Gustave IV sont suspectés d’avoir fait assassiner le prince-héritier. 

Le 20 juin 1810, le comte Axel de Fersen, grand maréchal du royaume et qui avait participé en 1791 à la fuite de Louis XVI à Varennes, meurt lynché par la foule stockholmoise alors qu’il escorte le corps du prince défunt.

Couronnement de Bernadotte qui devient Charles XIV de suède le 11 mai 1818, Per Krafft le Jeune, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

Bernadotte, prince de Suède

Les Suédois sont donc contraints de chercher un nouvel héritier. Envoyé à Paris pour sonder les desseins de Napoléon, un jeune lieutenant, Carl Otto Mörner a l’idée de proposer le trône au maréchal Jean-Baptiste Bernadotte, qui durant la campagne de 1806 en Poméranie, s’était illustré en traitant avec une rare bienveillance les prisonniers suédois.

Charles XIV Jean, comme prince héritier, entrant à Leipzig en 1813, Fredric Westin, chateau de Skokloster, Suède.Pour les Scandinaves, le but de l’opération est surtout de pouvoir disposer d’un souverain capable de diriger avec efficacité l’armée suédoise et bénéficiant du soutien de Napoléon. Faute de meilleur candidat, le 21 août 1810, les états généraux réunis à Örebro élisent à l’unanimité le maréchal comme prince-héritier.

Deux mois plus tard, le Français débarque en Suède. Après s’être converti au luthérianisme, il entre solennellement à Stockholm le 2 novembre et est adopté par Charles XIII. Le nouveau prince royal prend le nom de Charles-Jean. La santé de Charles XIII se dégradant, Bernadotte est nommé régent en mars 1811.

Dans un premier temps, l’ancien maréchal exécute les ordres de l’empereur et applique le blocus continental. Mais les relations franco-suédoises vont vite se dégrader. Convaincu de l’échec annoncé d’une invasion de la Russie, le régent tente de se rapprocher du tsar afin que celui-ci ne mette pas son véto au rattachement de la Norvège à la Suède, lui offrant en échange son renoncement définitif à la Finlande.

Lithographie du 18 Brumaire, McGill University, Canada.Reprochant à Bernadotte son manque de zèle dans l'application du blocus, Napoléon fait occuper la Poméranie suédoise en janvier 1812. La rupture est alors consommée entre les deux pays.

Le 5 avril 1812, le tsar conclut une alliance avec la Suède et accepte l’annexion de la Norvège. Peu après l’invasion française, Bernadotte rencontre Alexandre Ier à Abo, en Finlande.

Le 3 mars 1813, la Suède signe un traité d’alliance avec l’Angleterre et rejoint la 6ème coalition. Une armée est constituée et Bernadotte rejoint la Poméranie. Le 9 juillet 1813, il a une entrevue en Silésie avec le tsar et Frédéric-Guillaume III de Prusse.

Le régent de Suède se voit confier le commandement de l’armée du Nord, forte de 150 000 hommes, prussiens, russes et suédois. Le 23 août, les Suédois participent à la bataille de Gross-Beeren qui brise la marche française sur Berlin. Deux mois plus tard, ils prennent part à celle de Leipzig.

La Guadeloupe suédoise

Lors du traité d’alliance anglo-suédois de mars 1813, le Royaume-Uni, qui avait arraché la Guadeloupe aux Français trois ans plus tôt, cède l’île à la Suède, en compensation à sa contribution à l'effort de guerre pour vaincre Napoléon et en dédommagement des titres impériaux auxquels Bernadotte avait dû renoncer. Les Suédois n’auront cependant pas le temps d’occuper l’île, l’article 9 du traité de Paris de mai 1814 ayant rétrocédé la Guadeloupe à la France.

La bataille de Bornhöved, Per Krafft le Jeune, musée de Malmö, Suède.

Le royaume de Suède-Norvège

Une fois les Français chassés d'Allemagne, Bernadotte remonte vers le nord et attaque le Danemark. Le 7 décembre 1813, la Suède triomphe à la bataille de Bornhöved. Isolés par la déroute de leur allié français, les Danois sont contraints de signer, le 14 janvier 1814, le traité de paix de Kiel. Le Danemark cède la Norvège à la Suède mais conserve les îles Féroé, l’Islande et le Groenland. En compensation, il reçoit la Poméranie suédoise.

Mais en Norvège, passer de l’assujettissement danois à la domination suédoise ne génère guère d’enthousiasme. Une insurrection éclate même, avec la bénédiction du gouverneur, le prince Christian-Frédéric. Le 17 mai 1814, une Assemblée de notables proclame l'indépendance du pays et confère la couronne à Christian-Frédéric. Celui-ci exhorte ses sujets à « mourir une épée à la main plutôt qu'esclave des Suédois ». Mais dès juillet 1814, l’armée suédoise envahit la Norvège. La démonstration de force met rapidement fin à l’insurrection, tandis que Christian-Frédéric s’enfuit au Danemark.

Le 14 août est signée la convention de Moss. Christian-Frédéric renonce à la couronne tandis que la Suède reconnaît la Constitution norvégienne. Charles XIII est proclamé roi de Norvège le 4 novembre 1814 et l’acte d’Union est officiellement adopté l’année suivante. Uni par un même souverain, chacun des deux royaumes dispose de son Parlement, de son gouvernement et de son système de lois.

Le roi Charles XIV visitant les écluses du canal à Berg en 1819, Alexander Wetterling, 1856, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

À la mort de Charles XIII en 1818, Bernadotte monte sur le trône sous le nom de Charles XIV. Craignant à la fois une restauration de Gustave IV, toujours en exil sur le continent, ainsi que la montée des aspirations libérales, de plus en plus dominantes dans la bourgeoisie, Charles XIV mène une politique de juste milieu, tantôt conservatrice, tantôt libérale, s’évertuant à maintenir un strict équilibre entre le pouvoir royal et l'Assemblée législative.

Le grand chantier de son règne reste le percement du canal Göta, inauguré en 1832 et qui permet de relier Göteborg à la Baltique via les lacs Vänern et Vättern. Paradoxalement, l’ancien maréchal de Napoléon sera le premier roi de Suède dont le règne fut totalement pacifique, la Suède affirmant continuellement sa neutralité.

Bien que n’ayant jamais réussi à parler le suédois, Charles XIV est parvenu à conquérir le cœur de ses sujets et meurt en 1844 au sommet de sa popularité. Son règne inaugure une ère de stabilité qui va permettre à la Suède de devenir en moins d’un siècle l’un des pays les plus prospères d’Europe.

Bibliographie

Jean-Pierre Mousson-Lestang, Histoire de la Suède, Hatier, 1995,
Nicolas Kessler, Scandinavie, PUF, 2009.


Publié ou mis à jour le : 2018-08-13 15:53:43

 
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