Simone Veil (1927 - 2017) - Une héroïne pour notre temps - Herodote.net

Simone Veil (1927 - 2017)

Une héroïne pour notre temps

Publié ou mis à jour le : 2018-07-01 02:12:54

Simone Veil (13 juillet 1927 - 30 juin 2017) (DR)Ancienne déportée, magistrate, femme politique française et européenne...

Simone Veil, née Simone Jacob, a connu une existence d'une exceptionnelle intensité, trop souvent résumée à la loi du 17 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse (la bien-nommée loi Veil).

Ce dimanche 1er juillet 2018, elle est la quatrième femme à entrer au Panthéon après Marie Curie et les résistantes Geneviève Anthonioz-de Gaulle et Germaine Tillion.

Une enfance juive

Née le 13 juillet 1927 à Nice, Simone Jacob est la benjamine des quatre enfants d’André et de Yvonne Jacob. Son père, architecte, n'a pas souhaité que son épouse travaille en dépit de ses études de chimie.

Simone Jacob naît donc dans une famille bourgeoise, juive mais non-pratiquante et laïque.

Yvonne Jacob à Nice avec ses enfants Denise, Jean, Simone et Madeleine (DR)

Quand la France est envahie en 1940, Nice est abandonnée par Hitler à son allié Mussolini, qui ne se soucie pas de traquer les Juifs. La situation bascule après l'effondrement de l'Italien, en 1943. La ville passe alors aux mains des Allemands qui organisent des rafles très violentes. Les Jacob sont arrêtés sur une imprudence de Simone.

Arrivée à Auschwitz avec sa mère et sa sœur Madeleine, la jeune fille devient un numéro : 78651. Elle voit les Juifs hongrois marcher vers les chambres à gaz. Elle-même a la chance d'être affectée dans une usine Siemens, à Bobrek, toujours avec sa mère et sa sœur.

À l'approche des Soviétiques, en 1945, l'usine est évacuée et, au terme d'une « marche de la mort », les trois femmes arrivent à Bergen-Belsen, près de Hambourg. Cependant qu'Yvonne Jacob succombe aux épreuves et au typhus, ses deux filles sont enfin libérées par les Britanniques le 15 avril 1945...

Se reconstruire

Alors que la France tente de se reconstruire moralement et matériellement, les déportés doivent trouver une place dans la société. Pour Simone Jacob, au sentiment de culpabilité et d’illégitimité (pourquoi est-elle vivante, elle plutôt que sa mère ou tant d’autres ?) s’ajoute le manque d’écoute de ceux qui ne veulent pas savoir.

Accueillie par ses oncles et tantes à Paris, elle apprend qu’elle a obtenu son baccalauréat qu’elle avait passé le jour avant son arrestation. Gardant le souvenir de sa mère qui la poussait à faire des études pour travailler, ce qui était encore relativement rare pour les femmes de ce milieu social, elle décide de suivre des études de droit.

Elle s’inscrit à l’Institut d’études politiques de Paris (aussi appelé « Sciences Po ») et fait sa rentrée à l’automne 1945.

Ce premier pas vers le retour à la vie s’accompagne presque immédiatement d’un second : la rencontre de son futur mari, Antoine Veil, lui aussi juif et étudiant à Sciences Po. Dès 1947, ils ont leur premier enfant, Jean. Suivra Claude-Nicolas en janvier 1949.

Cette embellie est assombrie par la mort de Milou dans un accident de voiture en 1952. Simone, inséparable de sa sœur, est foudroyée. Il faut la naissance de Pierre-François en 1954 pour marquer un nouveau départ.

Antoine et Simone Veil (DR)

Au service de la République

Entre-temps, Antoine Veil a réussi à intégrer l’ENA (École Nationale d’Administration). Il est inspecteur des finances. La famille Veil jouit d’un niveau de vie confortable mais Simone Veil, se souvenant toujours des conseils de sa mère, veut travailler.

En 1957, elle devient la première femme à rejoindre le corps des magistrats. Commence alors pour elle une succession de premières fois qui ouvre la voie aux femmes dans la haute administration publique. En 1957, elle est la première femme à entrer au ministère de la justice où elle travaille avec passion et dévouement dans l’administration pénitentiaire.

En 1968, elle prend la direction des Affaires civiles à l’Assemblée Nationale. Elle lutte pour l’égalité entre hommes et femmes, notamment dans la gestion des biens du couple. En 1969, sous la présidence de Pompidou, elle entre au cabinet du garde des Sceaux René Pleven et s’illustre dans les débats à l’Assemblée sur la famille.

L’année suivante, George Pompidou la nomme secrétaire du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Encore une fois, elle est la première femme à obtenir ce poste !

Un combat pour les femmes

Sa carrière est bouleversée par l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Simone Veil fait son entrée dans le monde masculin de la politique et devient ministre de la Santé.

Elle est la seule femme du gouvernement mené par Jacques Chirac et la première femme ministre de plein exercice sous la Ve république, Simone Veil s’étonne de cette nomination. Elle l'accepte mais pense qu’elle n’y restera pas plus de quelques mois…

C’est à ce poste qu’elle va faire parler d’elle en proposant la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

La proposition de loi légalisant l’avortement suscite d’âpres débats. Simone Veil, encouragée et soutenue par le président Giscard d'Estaing (centre droit), décide d’avancer progressivement.

Dans un premier temps, le 4 décembre 1974, elle promulgue une loi qui vient compléter la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 en généralisant l’autorisation de la pilule contraceptive et en la rendant gratuite.

Les débats continuent donc, non sans violence. La ministre fait preuve de détermination et ne flanche pas. Grâce au soutien de l'opposition de gauche, la loi finit par être votée le 17 janvier 1975 par 284 voix (dont 99 venant de la droite) contre 189. Si importante qu’elle soit, cette victoire ne signe pas pour autant la fin de la carrière politique de Simone Veil.

La victoire au terme de l'épreuve

Usant de sa popularité inédite, Simone Veil participe à la prise de conscience de la Shoah par les Français. Elle fait aussi entendre les témoignages jamais écoutés jusqu’alors, ou seulement très peu, des anciens déportés.

En 1979, une soirée télévisée est consacrée à la série américaine Holocauste sur France 2. Devant vingt millions de téléspectateurs, Simone Veil apporte son témoignage. « Les Français ne voulaient pas savoir, mais face à la situation, ils étaient moins lâches qu’on n’a pu le dire », précise-t-elle.

Elle s'engage dans le même temps dans le projet européen.

Aux premières élections du Parlement européen au suffrage universel, Valéry Giscard d’Estaing lui propose en effet de mener la liste de l’UDF (Union pour la Démocratie Française, centre-droit). L’UDF obtient finalement et de très loin le meilleur résultat national avec 27,5% des voix.

Députée européenne, Simone Veil se présente pour la présidence du Parlement… et l’emporte ! Quel symbole ! Le premier président est une présidente. De surcroît, la réconciliation franco-allemande est incarnée par une ancienne déportée.

Ce succès politique à l’échelle européenne n’entame pas pour autant sa vie de famille. Installée à Strasbourg, elle est absente de Paris presque cinq jours par semaine. Elle revient pour le déjeuner du samedi midi qui est l’occasion de retrouvailles familiales intenses et chaleureuses.

Simone Veil au Parlement européen

Faire vivre la mémoire

Après quelques années dans l’opposition, sans pourtant jamais quitter la politique, elle redevient en 1993 ministre de la Santé et ministre d’État dans le gouvernement d’Édouard Balladur, sous la présidence de François Mitterrand. L’expérience est mitigée. En 1995, Balladur est défait aux élections présidentielles face à Jacques Chirac. Simone Veil se retire.

Simone Veil et Jacques Chirac le 27 janvier 2005 à Auschwitz pour le 60e anniversaire de la libération du camp (DR)Elle se concentre alors sur la mémoire de la Shoah et des déportés. À 77 ans, elle est invitée à présider la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Une reconnaissance nationale

Sur une décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil entre au Panthéon, accompagnée de son mari, tout juste un an après sa mort le 30 juin 2017. Cet hommage rendu à une personne d’aussi grande qualité fait honneur à la France et à toutes les Françaises.

Observons qu’avant elle, une seule personnalité avait été accompagnée au Panthéon par son conjoint : le savant Marcellin Berthelot (*). Après la « femme de », voici donc un « mari de », reflet significatif d'un changement d’époque auquel Simone Veil a grandement participé.


 
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