Henry David Thoreau (1817 - 1862) - Écrivain, rebelle et écologiste avant l’heure - Herodote.net

Henry David Thoreau (1817 - 1862)

Écrivain, rebelle et écologiste avant l’heure

Henry David Thoreau (Concord, 12 juillet 1817 ; 6 mai 1862) , portrait par Benjamin D. Maxham, daguerréotype de l'écrivain de juin (1856, National Portrait Gallery, Washington)Excentrique, Henry David Thoreau ? C’était du moins ce que pensait sa famille installée du côté de Boston, en ce début du XIX siècle. Qu’il choisisse de consacrer sa vie à la poésie, c’est une chose, mais qu’il décide tout à coup d’aller vivre seul dans une cabane au fond des bois, c’est dépasser les limites !

Ce n’était pourtant pas tout à fait une surprise pour ses parents. Ils avaient bien remarqué que leur enfant préférait herboriser plutôt que se bagarrer avec ses camarades...

Après des études à Harvard, le jeune homme devient maître d’école dans sa ville natale de Concord (Massachusetts). C’est là qu’il va construire une des cabanes les plus célèbres de l’histoire de la littérature.

S’installer dans les bois n’était pas seulement pour Thoreau un moyen de trouver l’inspiration mais tout d’abord de lutter contre la dépression dans laquelle il s’enfonçait depuis la mort de son frère, victime du tétanos.

La démarche fut efficace : « Il ne peut y avoir de mélancolie absolument noire pour celui qui vit dans la nature », témoigna-t-il peu de temps après. Il trouva en effet autour de lui de quoi s’extasier à chaque instant sur la beauté de la vie, restant des heures à admirer une fleur.

Photographie en noir et blanc de la « baie de Thoreau » (« Thoreau's Cove » en anglais), lieu où l'auteur de Walden édifia sa maisonnette, Detroit Publishing DR.

Réduire la vie à sa plus simple expression…

Le résultat de ces deux années et deux mois d’ermitage consenti fut un classique de la littérature américaine, Walden ou la vie dans les bois (1854), plaidoyer de 18 essais en faveur de la simplicité en toute chose : « Je gagnais les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu’elle avait à enseigner, et non pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’avais pas vécu. Je ne voulais pas vivre ce qui n’était pas la vie, la vie est si chère […]. Ce que je voulais, c’était vivre en profondeur, sucer toute la moelle de la vie, mener une vie assez vigoureuse et spartiate pour mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie, couper un large andain et tondre ras, acculer la vie dans un coin, et la réduire à sa plus simple expression. »

Pour Thoreau, la nature est certes une source d’admiration toujours renouvelée mais aussi une amie avec laquelle il a rendez-vous pour discuter tout en cherchant à l’analyser de façon scientifique.

S’appuyant sur les œuvres de Humboldt dont il adopte l’idée que tous les aspects du milieu naturel sont en corrélation les uns avec les autres, il multiplie comme son célèbre devancier les observations et en tire une philosophie de la vie en communion avec la nature, à l’opposé des idées d’une époque où l’on met en avant la productivité.

Rejetant les grandes entreprises et la course au progrès symbolisée par le chemin de fer en construction à côté de son cher étang, il lance un cri d’alerte contre cette société de rapaces et en appelle à considérer autrement la nature. Elle seule peut nous aider à trouver une nouvelle forme de bonheur en harmonie avec un environnement que l’on ne voit plus : « En fait, le travailleur n’a pas le loisir qui lui permettrait de conserver son intégrité quotidienne véritable. Il n’a pas la possibilité de maintenir des relations d’homme à homme avec les autres, son labeur en serait déprécié sur le marché. Il n’a pas le temps d’être autre chose qu’une machine ».

Ces idées, d’une étonnante modernité, montrent une prise de conscience des méfaits de la société de consommation qui cherche l’accumulation et la vitesse mais échoue à nous offrir le bonheur promis : « Travaillerons-nous toujours à nous procurer davantage, et non parfois à nous contenter de moins ? »

L'étang de Walden en octobre

Désobéissons !

À contre-courant de son temps, Thoreau ne s’est pas contenté d’inciter à profiter simplement de la vie. Rebelle dans l’âme, il commence par refuser de s’acquitter d’un impôt destiné à soutenir la guerre contre le Mexique et finit par créer la notion de désobéissance civile qu’il explique dans son livre Résistance au gouvernement civil (1849).

Parti en guerre contre l’esclavage, il décide de ne plus respecter la loi qu’on souhaite lui imposer : « En fait, je déclare tranquillement la guerre à l’Etat à ma manière, bien que je continue à avoir recours autant que possible à tous les avantages qu’il offre, comme il est d’usage en de pareils cas. »

Pour Thoreau, la loi est une forme de violence que l’on doit refuser, tout comme l’autorité d’un gouvernement civil, au nom de la responsabilité individuelle. La révolte reste donc un acte personnel, et il n’est pas question chez lui de lancer un appel pour une émancipation collective.

Et qu’importe si ce principe de résistance passive l’a emmené sous les verrous, puisque « sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison ». Gandhi, qui découvrit ses écrits alors qu’il était lui-même incarcéré en Afrique du Sud pour avoir de la même façon refusé de payer ses impôts, ne pouvait qu’être sensible à ces théories qui serviront de base à son propre combat.

Elles furent des guides pour les mouvements non-violents de Martin Luther King ou Nelson Mandela. Sa pensée libertaire et sa passion pour la Nature ont également bénéficié d'un regain de popularité à travers les mouvements écologistes et la contre-culture des années 1960.

Lorsqu’il meurt à seulement 44 ans, en 1862, Henry Thoreau laisse une œuvre à la fois poétique et théorique qui n’allait pas tarder à s’imposer comme majeure dans l’histoire de la littérature américaine comme dans l’histoire des idées.  

Panorama du mémorial de Thoreau à Walden Pond. Sur la gauche : panneau de bois affichant une citation de Thoreau, tirée de Walden, puis un monceau de pierres blanches déposées par les visiteurs en sa mémoire. Sur la droite et à l'arrière-plan : stèles délimitant l'ancien site où Thoreau édifia sa cabane.


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George Sand
Publié ou mis à jour le : 2018-04-16 18:40:17

 
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