Options de lecture

Reims

La « ville des sacres »

Reims est l'antique capitale d'un peuple gaulois qui lui a laissé son nom : les Rèmes. Mais son prestige tient en un mot : le « sacre ». La plupart des rois de France ont choisi en effet de se faire couronner à Reims, la ville du baptême de Clovis. Son patrimoine architectural s'étale sur deux millénaires avec pour joyau est la cathédrale Notre-Dame, l'une des plus belles de la grande époque du gothique.

Pourtant, elle manqua de disparaître dans les affres de la Première Guerre mondiale. Située à mi-chemin entre Paris et le Rhin, Reims s'est retrouvée sur le front en 1914, ce qui lui a valu d'être en grande partie détruite. Elle prit sa revanche dans la guerre suivante puisque c'est à Reims que fut signée le 7 mai 1945 la capitulation des troupes allemandes. 

Reims est aujourd'hui une ville plaisante et agréable de 200 000 habitants, au bord d'une rivière sans prétention, la Vesle. Son nom est associé au vin le plus célèbre du monde...

André Larané

La place du Forum et le cryptoportique, Reims (© J. Guillard - CDT Marne)

Sans rancune

Depuis la fin de l'empire romain, Reims n'a jamais bénéficié d'un quelconque statut de capitale, voire de chef-lieu. À l'époque médiévale déjà, les comtes de Champagne, ses suzerains, lui préféraient Provins ou Troyes. Et lors de la Révolution, les députés de la Constituante dédaignèrent la « ville des rois » et choisirent de fixer la préfecture de la Marne à Châlons-en-Champagne (rebaptisée temporairement Châlons-sur-Marne).

De Durocorter à Reims

La porte de Mars, détail (Reims)Les Rèmes ont fondé à l'emplacement de l'actuelle cité, en 80 avant notre ère, un oppidum du nom de Durocorter (la «forteresse ronde» en celte). Ils allaint s'allier à Jules César, dans son entreprise de conquête des Gaules.

Les Romains rebaptisent la cité Durocortorum et l'agrémentent de quelques somptueux monuments de pierre à leur manière.

Il nous en reste un somptueux vestige, la porte de Mars, à l'entrée occidentale de la ville. C'est l'un des arc de triomphe les mieux conservés de France.

Long de 33 mètres et pourvu de trois grandes arches, avec un riche décor mythologique, il a été érigé au IIe siècle de notre ère.

Le cryptoportique (Reims, place du Forum)Les archéologues ont par ailleurs mis à jours les traces de l'ancien forum et d'un cryptoportique (galerie semi-enterrée) devant l'actuel musée Le Vergeur.

Sous le Bas-Empire, comme beaucoup d'autres cités des Gaules, Reims changea son nom romain pour celui de l'ancien peuple gaulois qui l'habitait.

Devenue chrétienne, elle souffrit du passage des Vandales en 407, après que ceux-ci eurent traversé le Rhin avec beaucoup d'autres Germains. Sur le parvis de la cathédrale primitive, les barbares massacrèrent l'évêque Nicaise. Un demi-siècle plus tard, en sens inverse, voilà que passèrent Attila et ses Huns. La ville fut une nouvelle fois mise à sac.

Un baptême et divers sacres

Le baptême de Clovis à Reims (tapisserie du XVIe siècle, musée Saint-Remi, Reims)Dans les périodes sombres qui suivirent la paix romaine, l'autorité municipale revint aux évêques. Élus par les fidèles parmi les hommes sages et  pieux de la communauté, ils protègeaient celle-ci contre les malheurs du temps et n'en étaient que plus estimés.

C'est le cas de l'évêque Remi (prononcer Remi, sans accent). Très influent, il gagne l'amitié d'un jeune chef barbare des confins rhénans, le Franc Clovis, lequel en vient à solliciter le baptême pour lui et ses guerriers.

Reims s'éleva du coup au-dessus du lot commun avec cet événement dans lequel les historiens du futur et le général de Gaulle lui-même virent la gestation de la France !

Sous les Carolingiens, la ville acquit un rôle d'autant plus important qu'elle se tenait à la jonction entre la partie occidentale et la partie orientale du royaume des Francs.

En ce lieu, le pape Léon III rencontra l'empereur Charlemagne en 804. Un autre pape, Étienne IV, couronna Louis le Pieux (ou Louis le Débonnaire), fils de Charlemagne, en ce même lieu.

L'archevêque Hincmar (806-882) fit la fortune de la ville. Il construisit une deuxième cathédrale pour remplacer celle de saint Nicaise et la dota d'une ampoule de chrême (huile sainte) qui aurait été envoyée du ciel par une colombe pour le baptême de Clovis.

Conseiller écouté des descendants de Charlemagne, Hincmar convainquit ceux-ci de recevoir le saint chrême à leur avènement. Dès lors, c'est à Reims que de plus en plus de souverains choisirent de se faire couronner ou sacrer, selon le rituel inauguré par Pépin le Bref (à Saint-Denis).

En 893, l'un des derniers carolingiens, Charles III le Simple, se fit couronner par l'archevêque Foulques dans la basilique Saint-Remi de Reims, où repose la dépouille de l'illustre évêque. Son rival Robert Ier fut de même sacré à Saint-Remi par l'archevêque Gautier en 922, ainsi que le dernier des Carolingiens, Lothaire, par l'archevêque Artaud en 954.

La tradition fut reprise par Hugues Capet qui fit sacrer son fils Robert II le Pieux à Saint-Remi de Reims le 25 décembre 987.

La basilique Saint-Remi, élevée sur le modèle gothique de Saint-Denis dès 1180, a été profondément remaniée au XVIIIe siècle dans le style classique, de même que les bâtiments conventuels qui l'entourent, aujourd'hui transformés en musée. De l'époque gothique, il reste essentiellement la salle capitulaire.

Louis VI le Gros dérogea à la tradition en se faisant sacrer à Orléans le 3 août 1108. La dynastie capétienne étant encore mal assise et son père étant mort à Fleury-sur-Loire avant que les barons aient pu avaliser la succession, le nouveau souverain n'avait pas voulu prendre le risque de voir se lever un usurpateur. Il s'était fait sacrer au plus près.

La basilique Saint-Remi, à Reims (© G. Fleury - CDT Marne)Après lui, tous les rois se firent sacrer dans la ville de saint Remi, d'abord dans la basilique puis dans la cathédrale Notre-Dame. Trois seulement firent exception à la règle : Henri IV, sacré à Chartres, en raison de l'occupation de Reims par ses ennemis de la Ligue, Louis XVIII, mort avant qu'ait pu être organisée la cérémonie, et Louis-Philippe.

Le plus épique des sacres royaux fut bien sûr celui de Charles VII, qui entra dans la ville au grand dam des Anglais et avec le secours de Jeanne d'Arc.

À chaque fois, la cérémonie religieuse était régulièrement suivie d'un festin public, le « grand couvert », qui réunissait le roi et ses douze principaux barons dans le palais épiscopal qui jouxte la cathédrale.

Dénommé palais du Tau, en raison de son plan en forme de T, ce palais a été reconstruit comme la cathédrale après l'incendie de 1210 puis remanié à la fin du Moyen Âge par le cardinal Guillaume Briçonnet dans le style gothique flamboyant.

Il renferme les objets du sacre, du moins ceux du sacre de Charles X, postérieurs à la Révolution et à ses profanations. Cela inclut la « Sainte ampoule » qui est réputée contenir le saint chrême.

Le palais, aujourd'hui converti en musée, expose également des statues et des tapisseries retirées de la cathédrale à la suite des destructions de la Grande Guerre.

Une prospérité parfois troublée par la guerre

En 1138, comme beaucoup d'autres cités marchandes, Reims se vit accorder des franchises communales par Louis VII le Jeune.

L'hôtel Le Vergeur (Reims)Dépourvue des foires qui ont fait la prospérité des autres villes de Champagne, Reims bénéficia toutefois des sacres. Ils génèrent dans la ville une activité effrénée pendant plusieurs jours d'affilée et sont à l'origine de divers artisanats.

Témoin de cette activité commerçante, l'hôtel Le Vergeur, érigé au XIIIe siècle près de la place des Marchés, a été acquis par un riche grainetier qui lui a laissé son nom, puis beaucoup plus tard, en 1910, par un négociant en champagne, Hugues Krafft. Cet esthète le transforma en musée du vieux Reims et le releva de ses ruines après les destructions de la Grande Guerre.

Si la Champagne et le département de la Marne évoquent irrésistiblement le meilleur vin pétillant qui soit, ce n'est pas à Reims que s'établit au XIXe siècle le centre de son négoce mais à Épernay, à quelques kilomètres au sud. Il n'empêche que les grandes maisons de négoce ont aussi enrichi Reims. On doit à Louise Pommery, héritière de l'une de ces maisons, la Villa Demoiselle. Érigé de 1904 à 1908 sur les plans de Louis Sorel, ce joyau de l'Art nouveau et de l'Art Déco est depuis 2004 ouvert au public. 

Le vin du bonheur de vivre

La Champagne a dès le Moyen Âge été réputée pour son vin, le vin d'Aÿ, un vin tranquille avec une légère tendance à pétiller. Il était utilisé comme vin de messe et apprécié des rois, tels François 1er et Henri IV, sans atteindre toutefois la réputation des bourgognes. D'ordinaire rouge, ce vin de champagne était jugé plus excitant en gris par Louis XIV et sa cour... d'où l'expression « grisant ».
Un contemporain du grand roi, Pierre Pérignon (1638-1715) allait changer son destin. Moine en charge des vignobles dans la modeste abbaye d'Hautvillers, près d'Épernay, il a d'abord l'idée d'assembler les cépages et les années pour obtenir une qualité de vin optimale et plus régulière. Il développe aussi l'usage des bouchons en liège.
Puis, après la découverte d'un vin naturellement pétillant, la blanquette de Limoux, il a l'idée d'une seconde fermentation du vin de champagne, par adjonction de sucre, pour permettre au gaz carbonique d'être retenu dans le liquide.
Dom Pérignon produit son premier cru pétillant en 1698. Il connaît immédiatement un succès phénoménal dans la haute société. Pour la marquise de Pompadour, « c'est le seul vin qui laisse la femme belle après boire ». Voltaire écrit quant à lui :
« De ce vin si fin l'écume pétillante
De nos Français est l'image brillante »
.Mais c'est seulement après la Grande Guerre que le champagne devint un produit de luxe accessible à toutes les classes sociales. La région d'appellation champagne en produit plus de 300 millions de bouteilles par an (1 hectare donne environ 8000 bouteilles par an).

D'une guerre à l'autre

La ville connaît des tourments à la fin du Premier Empire. Elle est en 1814 au coeur de la campagne de France, qui voit Napoléon Ier, aux abois, tenter de résister à l'avance des alliés. Ainsi est-elle occupée par les Russes le 16 février 1814 et reprise par Napoléon le 13 mars suivant.

Le fort de la Pompelle, près de Reims, en 1915Cent ans plus tard, dans un contexte beaucoup plus tragique, Reims subit de plein fouet l'assaut allemand.

Le 4 septembre 1914, l'envahisseur entre sans combat dans le fort de la Pompelle, érigé à l'orée de la ville dans les années 1880 et... désarmé en 1913. De cette position, les canons bombardent la ville.

Le 19 septembre 1914, la cathédrale elle-même est touchée. Sa charpente prend feu et le plomb de la toiture entre en fusion. L'édifice manque de disparaître.

Détail de la Bibliothèque Carnegie, Reims (© J. Guillard - CDT Marne)La contre-offensive de la Marne permit aux Français de reprendre le fort dès le 24 septembre 1914 mais jusqu'à la fin de la guerre, quatre ans plus tard, la ville et sa cathédrale n'en finirent pas d'être touchées par des obus.

La reconstruction de la ville fut menée tambour battant dans les années 1920, grâce à des dons privés, en particulier américains.

John Rockefeller finança la restauration de la cathédrale par Henri Deneux, qui conçut une ingénieuse charpente en ciment armé. Andrew Carnegie, de son côté, finança la bibliothèque de la ville, superbe témoin de l'Art Déco par Max Sainsaulieu.

La Villa Demoiselle (© CDT Marne)

Fort heureusement, Reims n'eut pas trop à souffrir de la Seconde Guerre mondiale.

Adenauer et de Gaulle dans la cathédrale de Reims le 8 juillet 1962 (photo : archives Affaires étrangères)Après le débarquement de Normandie, le général Eisenhower installa son quartier général dans un lycée de la ville, à proximité de la gare. Et c'est là que fut signée le 7 mai 1945 la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie. La salle est aujourd'hui ouverte au public et l'on peut la voir telle qu'en ce jour mémorable.

En mémoire de ce passé, c'est à Reims que le chancelier allemand Konrad Adenauer conclut le 8 juillet 1962 un voyage officiel en France. Aux côtés du président français Charles de Gaulle, il assista à un Te Deum dans la cathédrale. C'était une façon pour les deux hommes de manifester leur volonté de rapprochement.

Ainsi la ville est-elle devenue symbole de paix entre les deux anciennes moitiés du Regnum Francorum (le royaume des Francs de Clovis et Charlemagne).


Épisode suivant Voir la suite
Histoire de cités
Publié ou mis à jour le : 2026-06-15 11:08:00

Aucune réaction disponible

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages