À la question : Quoi de neuf ? « Molière ! » répondait Sacha Guitry. Le comédien n'a de fait jamais quitté la scène. Ce 15 janvier 2022, la Comédie-Française en plein émoi a célébré avec plus de ferveur que d'habitude l'anniversaire de son dieu. À Paris, Versailles, Pézenas et ailleurs, Molière est fêté. Exceptionnel destin pour un jeune fils de famille qui avait choisi le métier le plus décrié de son temps, celui de comédien, et par ce biais avait accédé aux plus grands honneurs...
Ne boudons pas notre plaisir. Cette année Molière est l'occasion de découvrir ou redécouvrir l'auteur et ses oeuvres dans toute la France et en premier lieu à Pézenas (Hérault), où le jeune Molière et sa troupe bâtirent leur réputation sous la protection du prince de Conti. « Jean-Baptiste Poquelin naquit à Paris en l’an 1622, mais c’est à Pézenas, en 1650, que Molière est né, » avait plaisir à dire Marcel Pagnol.
À Pézenas, donc, la Poste va présenter un nouveau timbre en l'honneur du quadricentenaire. Au printemps, du 3 au 12 juin, la petite ville offrira un festival avec théâtre, dîner gastronomique, spectacle !... Ensuite est annoncée une reconstitution historique à l'occasion des Journées du Patrimoine, les 16-18 septembre.
Versailles est un autre haut lieu « moliéresque » même si Molière, mort en 1673, n'a jamais connu le palais actuel, dans lequel la Cour s'est installée près de dix ans plus tard, en 1682. Dans le premier château, en 1663, Molière a créé une petite pièce en un acte, L'Impromptu de Versailles, un plaidoyer pro domo sur la force du rire. L'année suivante, il a organisé dans les jardins la fête des Plaisirs de l'Île enchantée. C'est à cette occasion qu'il a produit la pièce qui lui a valu la plus violente cabale qui soit, Le Tartuffe ou l'Hypocrite (la Comédie-Française la reprend dès ce jour dans sa version initiale, avec Denis Podalydès dans le rôle-titre, mais inutile de se presser ; tout est déjà complet).
Le comédien rencontrait le roi ici et là. Mais ni à Versailles ni au Louvre, il n'a dîné avec lui en tête-à-tête, contrairement à une légende illustrée par un célèbre tableau d'Ingres.
Quoi qu'il en soit, Versailles ne pouvait demeurer muette en cette année du bicentenaire. Son maire François de Mazières, qui idolâtre le comédien, a créé il y a un quart de siècle, avec des bénévoles, le Mois Molière, un festival qui, chaque année, en juin, permet à de jeunes troupes de jouer Molière dans la cour des Grandes Écuries, en face du château. Cette année, il a inauguré une exposition autour de Molière, la fabrique d'une gloire nationale (1622-2022).
L'exposition se tient dans la rotonde centrale de l'Espace Richaud, dans l'ancien Hôpital civil (un hôpital conçu pour accueillir les nombreuses victimes d'accidents du travail sur le chantier du palais !). Elle présente sur deux niveaux des costumes de théâtre, différentes éditions des oeuvres, des documents comme le fameux Registre La Grange, dans lequel le collaborateur de Molière avait annoté les faits et gestes de la troupe de 1659 à 1673. Organisée par le professeur d'études théâtrales et dramaturge Martial Poirson, l'exposition met l'accent sur la manière dont l'oeuvre de Molière a été popularisée en France et dans le reste du monde. Elle montre par exemple la popularité dont ont bénéficié ses comédies en Afrique du nord, tant en français qu'en arabe dialectal.
Martial Poirson est l'auteur aussi de deux ouvrages tout à fait remarquables, en librairie à la mi-janvier. Le premier, co-édité par Seuil et Versailles, reprend le titre de l'exposition : La fabrique d'une gloire nationale (1622-2022).
C'est un beau livre de 268 pages sur papier glacé grand format, richement illustré en couleur (35 €). Il raconte la vie de Molière et, comme l'indique le titre, il montre les mutations de sa légende au gré des régimes politiques et la façon dont son oeuvre a traversé les siècles, l'accueil qu'elle a reçu des autres écrivains et dramaturges, à l'époque des Lumières, à l'époque romantique comme au XXe siècle.
Le contenu est remarquablement documenté et la lecture très agréable. Il s'adresse à tous les publics curieux et cultivés. Un compagnon de chevet idéal pour cette année Molière.
Le deuxième livre, Molière, du saltimbanque au favori, se présente comme un roman graphique (Dunographic, 96 pages, 17,90 €). Écrit de façon alerte par Martial Poirson et illustré par Rachid Maraï, il raconte la vie agitée de Molière, loin de la légende et des affabulations. Le récit est précis et détaillé, captivant et romanesque. Le prologue nous fait pénétrer dans une salle de classe de la IIIe République afin de montrer toutes les facettes de l'oeuvre et du personnage. Le livre présente à la fin une galerie de portraits très bien documentés de tous les personnages qu'a pu connaître Molière. Sous une forme moderne, avec des dessins vivants et des bulles qui mettent en situation des dialogues et des citations léguées par les chroniqueurs, le livre s'adresse à tous les publics, y compris aux adolescents, collégiens et lycéens.
Faut-il l'avouer ? Nous nous sommes beaucoup inspirés de ces deux livres très didactique pour la rédaction de notre propre biographie sur le comédien.













Vos réactions à cet article
Jean-Michel Duprat (16-01-2022 19:32:27)
"...comédien, et par ce biais avait accédé aux plus grands honneurs..." pas ceux de l'Église puisque enterré de nuit, en catimini, échappant de peu à la fosse commune . Il n'empêche, sa plus ... Lire la suite