6 juin 2019 - Le Débarquement, si loin, si proche - Herodote.net

6 juin 2019

Le Débarquement, si loin, si proche

Le 6 juin 1944, il y a 75 ans, les Alliés anglo-saxons débarquaient en Normandie. Onze mois plus tard, le nazisme allait s’effondrer.  Une poignée d'anciens combattants (veterans en anglo-américain) sont encore présents aux cérémonies du souvenir, dans le Kent et en Normandie.

75 ans, c’est une vie humaine mais c’est aussi une éternité en Histoire. C’est le temps qui sépare la mort de Louis XIV (1715) de la Fête de la Fédération (1790), Waterloo (1815) du premier vol en avion de Clément Ader (1890), la chute du tsarisme (1917) de la chute des soviets (1991)...

Regardons nous-mêmes en arrière. Que reste-t-il de 1944 en-dehors d’une poignée d'anciens combattants et, pour certains d’entre nous, de quelques nébuleux souvenirs d’enfance ? Le monde de cette époque nous est au moins aussi étranger que pouvait l’être celui de Louis XIV pour les contemporains de la Révolution ou celui de la Révolution pour les contemporains de Clément Ader et du général Gallieni.

Puissance du mythe

Il n’empêche que la mémoire du Débarquement et de la Seconde Guerre mondiale demeure bien plus vive que celle des guerres napoléoniennes à la Belle Époque… ou du tsarisme à l’ère de Boris Eltsine.

Une première raison tient sans doute à la démographie. Les témoins de la Seconde Guerre mondiale demeurent relativement nombreux, grâce aux bienfaits de l’hygiène et de la médecine. Du fait de la généralisation de l’enseignement secondaire, la plupart des jeunes Européens sont aussi renseignés sur la Seconde Guerre mondiale. Enfin, nous sommes interpellés par le caractère exceptionnellement barbare de cette guerre, avec la Shoah et les bombardements des villes.

Mais l’Histoire est sélective. Si la Shoah est heureusement de mieux en mieux connue et renseignée, il n’en va pas de même d’autres épisodes de la guerre. Stalingrad, reconnue comme la plus grande bataille de toute l’Histoire (deux millions de tués et blessés), demeure dans l’ombre, au moins de ce côté-ci du continent européen. El Alamein, autre tournant de la guerre (Churchill : « Avant El-Alamein, nous n'avons jamais eu de victoire, après El-Alamein, nous n'avons jamais eu de défaite ! »), n’est connue que des passionnés…

Le débarquement de Normandie garde la faveur de l’opinion publique des deux côtés de l’Atlantique. À cela une raison évidente. C’est le seul épisode glorieux de la guerre sur le sol français et occidental. C’est aussi la plus grande opération navale de toute l’Histoire par les moyens engagés et la principale opération sur le front européen dans laquelle se sont impliqués les Américains. Aussi Hollywood en a-t-elle fait son miel avec en premier lieu un film magnifique, Le Jour le plus long (1962, Darryl Zanuck). Ce film se montre historiquement fidèle à la réalité, à cela près qu'il surévalue lourdement la participation américaine au débarquement, au détriment de la participation britannique et de l'action de la Résistance française.

On a oublié que l'organisation du Débarquement, avec ses inventions incroyables (Fortitude, ports artificiels...), doit l'essentiel aux Anglais. Les Britanniques et les Canadiens étaient plus nombreux sur les plages que les Américains. Enfin, si le Débarquement a manqué échouer, c'est à cause des difficultés éprouvées par les Américain sur Omaha Beach.

Aujourd’hui, malgré cela, le débarquement de Normandie fait figure de mythe fondateur de la puissance américaine. Avec une efficacité redoutable. De Michel Sardou (Si les Ricains n'étaient pas là, 1967) à ce jour, chacun réduit le Débarquement à une opération américaine. C'est encore le cas de France Culture et Radio Classique, ce matin du 6 juin 2019. Et pour l'instruction des jeunes, France 3 programme en soirée le film Il faut sauver le soldat Ryan (1998, Steven Spielberg).

La victoire au plus vite

Mais on ne saurait oublier que l’essentiel des opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale s’est déroulé à l’est, en Pologne et dans les Balkans d’abord, puis en URSS. Et c’est là que s’est joué le sort du nazisme. Environ vingt millions de Soviétiques ont payé de leur vie la victoire sur la « bête immonde » (non compris les victimes de la répression stalinienne)... ce qui permet de s'interroger sur l'absence du président russe Vladimir Poutine aux cérémonies commémoratives du Débarquement (il a toutefois participé aux cérémonies du 70e anniversaire, en 2014).

Le débarquement de Normandie est intervenu pour soulager l’Armée rouge qui, dans un effort surhumain, avait réussi à chasser la Wehrmacht de ses terres. En juin 1944, la Wehrmacht reculait partout sur le front de l’Est et l’on voyait venir le moment où l’Allemagne orientale allait à son tour être envahie. Plus au sud, à la suite du débarquement de Sicile, l’Italie de Mussolini avait depuis longtemps déjà capitulé…

La défaite de l’Allemagne nazie ne faisait donc plus de doute pour personne mais les dirigeants du IIIe Reich n’avaient pas pour autant baissé les bras. Au contraire, ils avaient relancé la répression partout dans l’Europe occupée et par exemple, pendant l’été 1944, avaient exterminé un demi-million de Juifs hongrois, jusque là protégés par le régime de l’amiral Horthy. Il importait donc d’en finir au plus vite et c’est à cela qu’a servi le débarquement de Normandie.

Le 6 juin 1944, le débarquement proprement dit, soit l’établissement d’une tête de pont, s’est soldé par la mort de plus de dix mille combattants des deux bords ainsi que d’environ trois mille civils. La bataille de Normandie ou « guerre des haies » qui s’en est suivie a été tout aussi périlleuse. Huit semaines et trente mille vies (dont dix mille civils) ont été perdues  avant que les Alliés arrivent à dégager la route vers le Rhin. Au total, sur le front européen, les Américains ont perdu environ deux cent mille combattants. Ils en ont perdu autant sur le front Pacifique, contre le Japon.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-06-06 20:14:37

 
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